Jugé pour avoir étranglé Sara, 17 ans, à Yverdon

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VaudJugé pour avoir étranglé Sara, 17 ans, à Yverdon

La jeune Afghane voulait rompre définitivement avec le prévenu. C’est ce qui lui aurait coûté la vie il y a trois ans. Le procès s’ouvre le 5 décembre.

par
Evelyne Emeri
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Vendredi 27 décembre 2019 – Sara a perdu la vie ici, à l’embouchure du Bey à Yverdon (VD), piégée par son petit ami qui n’aurait pas supporté la rupture.

Vendredi 27 décembre 2019 – Sara a perdu la vie ici, à l’embouchure du Bey à Yverdon (VD), piégée par son petit ami qui n’aurait pas supporté la rupture.

lematin.ch/Evelyne Emeri
La jeune fille n’avait plus donné signe de vie dès le 27 décembre 2019 en début d’après-midi. Un avis de disparition avait été diffusé rapidement.

La jeune fille n’avait plus donné signe de vie dès le 27 décembre 2019 en début d’après-midi. Un avis de disparition avait été diffusé rapidement.

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Jeudi 9 janvier 2020 – Trois jours après la découverte du corps sans vie de Sara, la scène de crime est devenue un lieu de recueillement.

Jeudi 9 janvier 2020 – Trois jours après la découverte du corps sans vie de Sara, la scène de crime est devenue un lieu de recueillement.

lematin.ch/Evelyne Emeri

Fin décembre 2019 restera à jamais gravé dans les mémoires de sa maman et de ses trois frères et sœurs installés dans le village de Baulmes (VD). Sara, 17 ans, sa fille, leur sœur, la seconde de la fratrie, n’avait plus donné signe de vie depuis le vendredi 27 décembre dans l’après-midi. La jeune Afghane avait rapidement fait l’objet d’un avis de disparition. Le lundi 6 janvier 2020 au matin, son corps sans vie était retrouvé près des rives du lac de Neuchâtel, à Yverdon. Sous les verrous depuis la veille, son ex-petit ami avait avoué son crime. Fazal*, 22 ans aujourd’hui, également ressortissant afghan, répondra d’assassinat, subsidiairement de meurtre, devant la Cour criminelle de la Broye et du Nord vaudois du 5 au 7 décembre prochains.

Acte prémédité

Même si le présumé coupable est passé aux aveux, les circonstances se font jour au travers de l’accusation que viendra soutenir la procureure Claudia Correia. La préméditation transpire aussi, glaçante. Ce vendredi noir, Sara a quitté la maison, direction Yverdon. Elle laisse ses deux cadettes au Jump Park vers 13 h 20. La jeune élève, scolarisée à Sainte-Croix, a rendez-vous avec Fazal, 19 ans, avec lequel elle souhaite rompre définitivement. Depuis 2016, elle entretenait avec lui une relation amoureuse que sa famille n’approuvait pas. Une relation compliquée, cachée et ponctuée de nombreuses ruptures, retient le ministère public.

Des lacets comme arme

Dans la nuit du 26 au 27 décembre 2019, par téléphone, Sara n’aurait pas dissimulé ses intentions à son petit ami et, malgré tout, a accepté un ultime rendez-vous alors qu’ils ne s’étaient plus parlé depuis trois semaines. Fazal aurait prétexté vouloir lui remettre un cadeau. La malheureuse ne sait pas encore que cette rencontre lui sera fatale. Peu avant de la voir à Yverdon, le jeune homme, qui vivait dans la banlieue lausannoise, aurait ainsi noué solidement deux lacets avant de la rejoindre. Selon l’acte d’accusation du parquet vaudois, le mobile du prévenu est clair: punir la maman de Sara que Fazal tiendrait pour responsable de cette rupture imminente en étranglant sa fille.

Après avoir tué Sara, Fazal* a dissimulé son corps dans la zone marécageuse qui jouxte l’embouchure du canal du Bey et l’a recouverte de roseaux. Sa dépouille sera retrouvée dix jours plus tard au terme de vastes recherches et d’une battue.

Après avoir tué Sara, Fazal* a dissimulé son corps dans la zone marécageuse qui jouxte l’embouchure du canal du Bey et l’a recouverte de roseaux. Sa dépouille sera retrouvée dix jours plus tard au terme de vastes recherches et d’une battue.

lematin.ch/Evelyne Emeri

Cruel «collier»

Lorsqu’ils se retrouvent, la future victime et son bourreau partent se promener en direction de la rive, longent le canal du Bey et rejoignent son embouchure. Un banc s’y trouve pour admirer une vue imprenable. Ils se tiennent à proximité dudit banc, affirme l’acte d’accusation, lorsqu’une de ses sœurs et sa mère l’appellent. Sara aurait indiqué qu’elle allait bientôt rentrer. C’est a priori le déclencheur. Craignant que son aimée ne file, Fazal aurait alors prétexté vouloir lui passer un collier en forme de S: le fameux cadeau. Le «collier» ne serait autre que les lacets noués dont il se serait servi pour serrer jusqu’à faire perdre connaissance à sa proie. Il aurait ensuite continué à l’étrangler, fait plusieurs tours de lacet autour de son cou avant de faire un double nœud.

Cachée dans le marais

Au moment des faits, vers 14 h – soit seulement 40 minutes après leur rendez-vous en ville –, sa sœur aurait rappelé, inquiète, jusqu’à 43 fois. L’accusé a visiblement décroché à une reprise puisque celle-ci prétend avoir entendu des bruits et le son de la voix de son aînée en détresse. Une fois son forfait commis, Fazal a caché le corps dans la zone marécageuse, ainsi qu’il l’avait expliqué à la police le mardi 7 janvier 2020 au terme d’une audition de plusieurs heures, et plié des roseaux sur son cadavre. Il aurait ensuite quitté les lieux pour rejoindre la région de Lausanne sans omettre de se débarrasser du sac et du portable de Sara. Très vite soupçonné par les enquêteurs, il sera arrêté le 5 janvier 2020, la veille de la découverte de la dépouille de la jeune fille, portée disparue dix jours plus tôt.

Autopsie sans appel

Réalisée par le Centre universitaire romand de médecine légale (CURML), l’autopsie conclut à une asphyxie mécanique par strangulation au lien. En outre, les circonstances de la découverte du cadavre et les investigations des médecins légistes confirment qu’il s’agit bien d’une «hétéro-agression» (ndlr, une agression sur autrui). Fazal est détenu depuis le 24 mars 2020 à la prison de La Croisée à Orbe (VD). Il a passé ses trois premiers mois de détention provisoire à Curabilis (Genève), établissement pénitentiaire spécialisé dans les traitements psychiatriques. On ne lui connaît aucun antécédent judiciaire.

Si la qualification d’assassinat devait être retenue, il risque la réclusion à vie ou une peine ferme de 10 ans au moins.

*Prénom d’emprunt

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