Actualisé 03.03.2018 à 16:51

CinémaJulie Gayet et Marthe Keller: un duo de charme à Genève

Les comédiennes participaient au tournage d’un film jeudi à l’Uni Mail. Rencontre.

par
Fabio dell'Anna
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Cela n'arrive pas tous les jours de croiser Marthe Keller et Julie Gayet à l'Uni Mail de Genève.

Cela n'arrive pas tous les jours de croiser Marthe Keller et Julie Gayet à l'Uni Mail de Genève.

Lionel Flusin
«Je suis devenue actrice parce que je me suis tellement emmerdée à Bâle», Marthe Keller, comédienne

«Je suis devenue actrice parce que je me suis tellement emmerdée à Bâle», Marthe Keller, comédienne

Lionel Flusin
L'actrice Lola Créton, 24?ans, fait aussi partie du?casting. Ici, lors d'une scène dans une?salle de l'Université de Genève.

L'actrice Lola Créton, 24?ans, fait aussi partie du?casting. Ici, lors d'une scène dans une?salle de l'Université de Genève.

Lionel Flusin

Cela n’arrive pas tous les jours de croiser Marthe Keller et Julie Gayet à l’Uni Mail de Genève. Jeudi après-midi, alors que la neige paralysait la Cité de Calvin, «Le Matin» a assisté au tournage du film «Dévoilées», de Jacob Berger. Un long-métrage, coproduit par la RTS, mettant en scène trois générations dont les parcours enchevêtrés sont jalonnés par le terrorisme, des années 1970 au djihadisme actuel.

Sur place, une trentaine de personnes courent dans tous les sens. Le régisseur perd patience car il y a du retard sur le programme. «On a eu un changement de scène. On devait jouer à l’extérieur, mais le temps nous en empêche. J’ai tout de même tourné une scène en pyjama dans un jardin alors qu’il faisait -10 degrés», explique Marthe Keller, avec un léger accent suisse alémanique.

Deux personnalités différentes

Les températures froides et les variantes de dernière minute ne dérangent pas la Bâloise de 73 ans. «C’est le manque de gentillesse qui m’exaspère. J’ai eu des metteurs en scène terriblement durs qui vous poussent à bout, mais ici tout va bien. Et sinon, de manière générale, c’est plutôt le manque de concentration qui me stresse. Quand je sens que les gens ne sont pas là à 100%.»

D’ailleurs, personne n’ose la déranger. Pendant les pauses, elle nous fuit et s’isole pour être sûre de rester dans son personnage. «Je suis un peu sauvage, c’est vrai», sourit-elle. Tout le contraire de Julie Gayet. Alors qu’elle doit tourner plusieurs scènes, elle s’approche même lorsqu’elle a 30 secondes à disposition pour répondre à la moitié d’une question: «J’ai toujours voulu jouer avec Marthe, que je connais depuis l’âge de 15 ans. Et, évidemment, le texte, la thématique me touchent énormément.» La chérie de François Hollande coupe court à la conversation lorsqu’il s’agit de parler de sa vie privée ou de politique.

À la fin des scènes à l’université, nous ne lui avons parlé que deux minutes. Les comédiennes se dirigent vers la loge de maquillage, au sous-sol de l’établissement de la RTS. La Française de 45 ans disparaît rapidement, mais nous promet un coup de fil pour se rattraper. Plus relaxe, Marthe Keller s’assied sur un canapé rouge et s’exclame: «C’est affreux, aujourd’hui je n’arrive plus à m’ennuyer. Et je trouve l’ennui très positif, surtout pour créer. Je suis devenue actrice parce que je me suis tellement emmerdée à Bâle.» Elle raconte que sa mère lui donnait un oreiller pour regarder les gens par la fenêtre pour se divertir.

«En réalité, je ne voulais même pas devenir comédienne. J’espérais être danseuse, mais j’ai eu un accident de ski à 16 ans.» Elle s’est alors tournée vers le cinéma, tout en étudiant la philosophie et en posant pour des magazines, comme Vogue. «J’ai la chance de parler plusieurs langues et d’avoir travaillé à l’opéra ou d’avoir créé des mises en scène. J’ai l’impression que certains jeunes aujourd’hui font ce métier juste pour devenir connus. C’est bien plus que ça: il faut savoir durer», conclut la star qui a plus de 50 ans de carrière.

Coupe de fil à... Julie Gayet

Vous êtes productrice depuis dix ans. Deux de vos films sont nommés cette année aux Oscars et un aux Césars. Comment avez-vous réagi?

Peut-être c’est ce qu’on appelle l’âge de la maturité? Ces nominations m’ont évidemment touchée et me confortent dans ce combat qui est de produire des films différents.

Si vous deviez choisir entre être productrice ou actrice?

J’aime être les deux. C’est ce qui me plaît. Pourquoi choisir? C’est même primordial de dire aux jeunes filles que l’on peut faire plusieurs choses à la fois. Il n’y a pas de limites, l’important est d’être libre. On a trop tendance à s’excuser lorsqu’on est une femme.

Pouvez-vous me parler du mouvement #Maintenant-OnAgit, que vous avez créé avec plusieurs comédiennes?

On lance un appel aux dons pour que les gens donnent de l’argent aux associations qui sur le terrain font un travail formidable auprès des femmes victimes de violences. On a beaucoup polémiqué ces derniers mois, aujourd’hui on veut passer à l’action. Comme en portant un ruban blanc pour les Césars en solidarité.

Que faut-il encore changer?

C’est fou, lorsqu’on est une femme, on fait toujours attention à tout. Il ne faut pas se mettre forcément en jupe, il faut regarder si un homme est derrière nous lorsqu’on compose le code de la porte, il faut vérifier de ne pas être suivie… Les femmes, on a cette conscience aiguë. Le harcèlement, c’est toujours une histoire de la loi du plus fort. Il faut changer cette domination masculine. L’égalité homme-femme n’existe pas encore complètement et c’est à nous, notre génération, de faire changer les choses.

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