08.09.2020 à 04:46

InterviewJulien Doré: «Faire semblant d’être le gars parfait ne m’intéresse pas»

Le chanteur revient avec «Aimée», un album pop et engagé dans lequel il parle notamment de réchauffement climatique. Il nous raconte ce disque teinté d’humour et de réflexions et se livre sur l’absence de son ami Christophe.

par
Fabio Dell'Anna
Julien Doré a sorti son cinquième album «Aimée» le 4 septembre 2020.

Julien Doré a sorti son cinquième album «Aimée» le 4 septembre 2020.

© Goledzinowski

«Tout l’monde a quelque chose à dire sur mes cheveux ou le climat. Bien que les deux aillent vers le pire, personne ne se battra pour ça», chante Julien Doré dans son dernier titre «Barracuda II». Il s’agit d’un parfait résumé de son cinquième album, «Aimée», sorti le 4 septembre. Un disque engagé, teinté d’humour et d’intelligence. On y retrouve des thèmes importants comme le réchauffement climatique, les migrants ou le sexisme. «Attention, je ne donne pas de leçons. Ce n’est absolument pas mon rôle», souligne-t-il au téléphone.

Celui qui sera en concert le 2 décembre 2021 à l’Arena de Genève est revenu sur ses trois années d’absence médiatique après la fin de sa dernière tournée. Entre prise de conscience, un déménagement dans le Sud et la mort de son ami Christophe, Julien Doré se livre avec émotion.

On ne vous a plus vu ni entendu pendant trois ans. Que s’est-il passé durant ce temps?

Quelque chose dont je rêvais depuis longtemps: pouvoir rejoindre mes terres natales. J’ai quitté Paris et je me suis installé à nouveau à Alès (ndlr.: en Occitanie), où je suis né. Cela a été le changement le plus important et il a occupé le plus d’espace durant ce silence médiatique. Il y avait aussi une volonté de disparaître. J’avais besoin de me taire pour observer suffisamment afin d’écrire et de créer de nouveaux morceaux.

Il y a quelques mois, vous avez vécu aussi le confinement. Comment s’est déroulée cette période?

C’était très étrange, car mes nouvelles chansons étaient finies depuis plus d’un mois et demi et elles étaient en train d’être mixées. J’avais remarqué que j’avais des titres qui s’appelaient «La fièvre», «La bise». J’avais des fragments de textes qui chaque jour du confinement avaient encore plus de sens. Les informations qui me parvenaient sur l’état du monde nourrissaient encore plus les morceaux. C’était quelque chose de très surprenant. Un peu comme mes plantations de tomates et d’aubergines que j’ai dans le studio et qui continuaient de grandir alors qu’elles étaient terminées.

Qui est Aimée, le titre de votre album?

C’est ma grand-mère de 99 ans. Au moment où je terminais l’album – c’est-à-dire bien avant qu’il y ait des cas de coronavirus en France – je n’avais pas de titre. C’était particulier, car normalement je les trouve toujours avant même de commencer l’enregistrement du disque. Ce confinement a changé des choses, car je ne pouvais pas voir ma grand-mère. Son prénom, qui est magnifique est symbolique, a commencé à cogiter dans ma tête. Quelque temps plus tard c’était une révélation: j’avais mon titre. C’est à la fois son prénom, mais aussi ce participe passé au féminin qui indique tout ce qui peut être aimé dans ce monde.

Comment décririez-vous votre grand-mère?

C’est très étonnant pour moi de mener des interviews où je dévoile des choses que je n’aurais jamais pensé dire un jour. Je suis plutôt très pudique. Et globalement, d’où je viens on est plutôt des taiseux. Mais, aujourd’hui, j’ai envie de dire que je suis plutôt fier du combat de ma grand-mère. Mon grand-père était mineur à Alès. À sa mort, elle a manifesté avec ses camarades de la Confédération Générale du Travail pour obtenir des droits concernant les pensions des veuves des mineurs. Elle menait ce combat à la perfection. Je suis très heureux de pouvoir en parler, car grâce à ce titre je vais pouvoir transmettre un petit quelque chose de tout ce qu’elle m’a appris. C’est un hommage en quelque sorte et j’avais envie de montrer le profond respect que j’ai pour cette femme.

C’est quelqu’un d’engagé, tout comme l’est votre album. Vous abordez le réchauffement climatique avec votre single «La Fièvre» ou encore les migrants dans «Lampedusa», mais sans donner de leçon.

C’est ça. Je trouve qu’il n’y a rien de pire que des chansons qui donnent des leçons. C’est dramatique. À la limite quelqu’un qui voue sa vie au quotidien pour une cause peut nous donner des conseils. Mais un chanteur qui a le privilège de vivre de sa passion, non. Bien sûr, ce n’est pas le cas dans tous les domaines. Dans le cinéma ou dans l’art plastique, on peut éveiller une conscience sur certains sujets de manière plus cash. Par contre, ces chansons revendicatives dans une époque où la plupart des décideurs du monde entier nous disent comment vivre… cela ne me donne absolument pas envie de les écouter.

Est-ce pour cela que l’on retrouve beaucoup d’humour dans chacun de vos textes?

Exactement. Je suis un garçon plein de paradoxes. Je préfère les accepter au lieu de les cacher et faire semblant d’être le gars parfait. Cela n’a m’intéresse pas trop. Ce que je montre avec ce disque c’est une grande absurdité de notre monde, mais aussi une absurdité qui est la mienne. Je pense que parfois c’est important de ne pas se prendre pour un grand scientifique lorsqu’on aborde ce genre de sujets. L’humour aide dans beaucoup de situations.

Qui sont Simone et Jean-Marc, vos invités sur le titre «Waf»?

Ce sont mes chiens. (Rires.) J’ai deux bergers blancs suisses. Ils ont un an et demi. Comme j’ai eu une grande liberté à faire ce disque, j’ai eu l’idée de les intégrer sur ce morceau. À côté des thèmes assez graves, je voulais que mon album soit tout de même ludique avec quelques clins d’œil. La présence de Simone est Jean-Marc, c’est exactement ça. J’ai retrouvé dans mon téléphone des aboiements et des cris de loup qu’ils font matin et soir pour communiquer avec les chiens de la vallée d’en face. Dans mon studio, je cherchais des sons pour la rythmique et j’ai voulu faire des tests.

Le chanteur en compagnie de ses deux chiens Simone et Jean-Marc. Les trois chantent sur le titre «Waf»

Le chanteur en compagnie de ses deux chiens Simone et Jean-Marc. Les trois chantent sur le titre «Waf»

© Goledzinowski

Il y a aussi un featuring de Clara Luciani sur le titre «L’île au lendemain». Vos voix se marient à merveille. Comment est née cette collaboration?

Nous nous sommes rencontrés il y a quelque temps. Clara est venue me voir dans les Cévennes, on a parlé de plein de choses… À l’époque, je n’avais pas du tout écrit et composé le morceau. C’est quelqu’un d’extraordinaire et extrêmement talentueux. Dès que j’ai fini la chanson, je lui ai dit qu’il fallait absolument qu’elle l’interprète avec moi. Je lui ai envoyé la maquette, elle a posé sa voix et c’était juste magnifique. D’un coup, le titre est devenu bien meilleur.

En parlant d’artiste talentueux, votre morceau «Ami» parle de «la présence des absents» qui vous blesse. On pense automatiquement au chanteur Christophe, disparu cette année et dont vous étiez très proches.

C’était une belle amitié. Nous nous sommes rencontrés grâce à ma grande copine Virginie Efira. Quelques mois après l’émission «Nouvelle Star» (ndlr: qu’il a gagnée en 2007), elle m’a dit: «Ce soir je suis invité chez Christophe et j’aimerais bien que tu m’y accompagnes, car je pense que vous avez beaucoup de choses à vous dire.» Cela a été le point de départ d’un lien, d’une amitié très très importante et décisive jusqu’à… (il prend une pause) ce départ totalement inattendu. La mort d’un être qu’on aime est toujours compliquée. C’est encore très frais et très présent pour ma part. Il m’a aidé dans plein de domaines, comme mes choix artistiques, sans le savoir. C’était un immense conseiller. Il me disait de suivre mon instinct, de toujours me remettre en question, de ne pas sombrer dans la mollesse des répétitions comme certains artistes peuvent le faire. Il me rappelait la chance de vivre de ma passion.

Malgré les thématiques lourdes, on retrouve toujours de l’espoir dans vos textes. Qu’espérez-vous pour le futur?

On est tous un peu pareils. On essaie de faire de notre mieux. Je pense vraiment que le monde de demain sera meilleur. J’ai le sourire en répondant à cette question car j’ai beaucoup d’espoir.

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4 commentaires
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moipascomprendre

09.09.2020 à 06:54

Si c'est du même niveau que la chanson "sur la plage", il y a de quoi s'inquiéter. Lisez une fois ces paroles et vous vous demanderez ce qu'il voulait dire. Incroyable que de telles chansons aient du succès.

CC7

08.09.2020 à 05:39

En voilà un qui se la pete! Même pas une star!