Chronique: Julien Wanders: «Farniente», je te hais!
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ChroniqueJulien Wanders: «Farniente», je te hais!

Retrouvez la chronique que le coureur à pied genevois tient dans «Le Matin Dimanche».

par
Julien Wanders
Freshfocus

À l’heure où vous lirez ces quelques lignes, je serai perdu quelque part dans la réserve nationale du «Maasai Mara» à l’ouest du Kenya. J’ai dû m’organiser un peu pour écrire cette nouvelle chronique avant de faire mes bagages pour partir en vacances. C’est le rêve de la plupart des gens. Mais moi, je n’aime pas ça. En tout cas, je hais le «farniente».

Ma maman est venue me rendre visite pendant deux semaines en Afrique. Le timing était idéal parce que j’avais justement prévu de souffler (un peu) après le semi-marathon de Ras al-Khaimah. Malheureusement, la pandémie mondiale a (aussi) eu raison de cette course aux Émirats arabes unis qui me convient d’habitude très bien. L’annonce de l’annulation est tombée trop tard pour que ma maman puisse changer ses billets d’avion. J’ai chamboulé mon programme d’entraînement pour partir quelques jours en safari avec elle.

Depuis le début de ma carrière, j’ai de la peine à m’accorder des vacances. Cela va un peu mieux avec les années. Beaucoup d’athlètes de haut niveau, surtout les coureurs de fond, sont aussi comme ça. Ça doit être inscrit quelque part dans notre personnalité. Je veux toujours en faire plus, enchaîner les entraînements. Dans ce rythme effréné, ça me paraît bizarre de prendre une pause. Il n’y a que par le travail, la sueur, qu’on progresse.

Avant, j’avais même l’impression que les vacances, c’était du temps perdu. L’expérience aidant, j’ai aussi compris que j’en avais besoin, que c’était bon pour mon corps et mon esprit. Les quelques blessures que j’ai pu avoir m’ont aussi appris quelques leçons. Avec les années, je prends aussi conscience que la carrière est longue. Il s’agit donc de durer. Quand je m’accorde une pause, ce n’est pas facile de voir les autres sportifs publier des vidéos d’entraînement ou des photos de course. Il faut donc que je ferme les réseaux sociaux pour ne pas trop culpabiliser.

En secret, je me suis quand même renseigné pour savoir si je pourrais m’entraîner au «Maasai Mara». Mes chaussures trouveront donc une place dans mes bagages. Pas facile de sevrer mon corps. Je suis vite en manque. Si je ne cours pas le matin, je manque d’énergie. Je ne me sens pas bien.

Ma copine doit presque me cacher mes affaires pour que je lève le pied. Parfois, elle arrive aussi à me raisonner, à me faire comprendre que c’est pour mon mieux. J’essaie alors de me reposer. Ce n’est pas toujours facile de bien récupérer quand on se lève à 5h30 tous les jours et qu’on s’impose deux séances d’entraînement. Cela peut paraître étrange de ne pas aimer les vacances. Mais je suis certain que de nombreux passionnés de sport me comprennent.

Bon, je vous laisse. Ma maman m’attend et il faut que je profite de la voir pendant son séjour au Kenya. Dans ma prochaine chronique, je vous raconterai peut-être ce fameux safari. À bientôt!

Cette chronique est assurée en alternance par Julien Wanders, Théo Gmür, Alan Roura, Stefan Küng et Jolanda Neff.

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