Actualisé 22.08.2020 à 08:56

ChroniqueJulien Wanders: «Suivez ma foulée»

Retrouvez la chronique que le coureur à pied genevois tient dans «Le Matin Dimanche».

von
Julien Wanders
Yvain Genevay

Se retrouver sur la ligne de départ, prendre ses marques derrière la peinture blanche et bondir après le signal. Cela faisait si longtemps que j’attendais cela. Des mois de patience qui ont pris fin cette semaine. Et plutôt deux fois qu’une. Vendredi passé, j’ai couru au Stade Louis II de Monaco. Pour la première fois depuis le début de la pandémie, les meilleurs athlètes du monde ont pu s’affronter en direct lors d’un meeting de Diamond League, notre Ligue des champions.

Cela ne s’est pas passé comme prévu pour moi. J’ai terminé dixième du 5000 mètres. Je n’avais plus de jambes après deux kilomètres. Forcément, c’est frustrant, d’autant plus que dans la même course, l’Ougandais Joshua Cheptegei a battu le record du monde. Comme il l’avait annoncé. C’est l’un de mes coéquipiers et j’espère pouvoir continuer à m’inspirer de ses performances pour continuer à progresser.

Le deuxième grand départ de ma semaine se trouve dans ces quelques lignes. Je fais partie des six nouveaux chroniqueurs du «Matin Dimanche». Une première pour moi. Ce rendez-vous sera l’occasion de vous faire découvrir mon quotidien d’athlète et ma façon de voir mon sport. Je le fais déjà sur les réseaux sociaux, dans un autre style. J’essaie de montrer comment je m’entraîne, comment je vis. Je suis quelqu’un d’ordinaire, même si j’ai une vie qui est extraordinaire pour bien des gens.

Depuis plusieurs années, je suis installé à Iten, dans l’ouest du Kenya. Une ville qui est surnommée «House of Champions», la maison des champions. Il y a des milliers d’athlètes qui y vivent pour leur sport. C’est justement ce que je cherchais. C’est une région pauvre où les habitants n’ont pas beaucoup de moyens. Pour la plupart des coureurs kényans, cette vie est un choix par défaut. La course à pied est un moyen de réussir, de monter tout en haut de l’échelle sociale. Cela explique aussi leurs succès. Ils ont cette faim, cette motivation de dingue. Une grande victoire pourrait changer leur vie.

Je n’ai pas les mêmes enjeux financiers mais j’ai adopté ce mode de vie humble, où tu ne possèdes que le nécessaire pour ne te concentrer que sur ton entraînement et tes performances. Iten est devenu ma nouvelle maison. Dans la rue, quand je rencontre des habitants qui ne me connaissent pas, je suis encore un «Mzungu», un Blanc. Mais parmi les coureurs, je suis intégré. Je pense qu’ils me considèrent comme l’un des leurs désormais. Je dois encore faire un effort pour apprendre la langue. À Iten, on parle surtout le kalenjin, un dialecte local. Je le comprends pas mal, j’arrive à me débrouiller mais je dois l’apprendre désormais. Dans une prochaine chronique, je pourrai peut-être vous expliquer plus en détail en quoi consiste concrètement ma vie sur place.

Je vais rester en Suisse jusqu’à la fin du mois d’août. Avant de retourner au Kenya pour préparer mon prochain objectif: les championnats du monde de semi-marathon, qui auront lieu mi-octobre en Pologne. D’ici là, j’espère que vous arriverez à suivre ma foulée. Tout le monde peut courir. On n’a même pas besoin de chaussures pour cela. L’athlétisme, et la course à pied en particulier, c’est le sport le plus accessible et le plus universel au monde. Peut-être que mon parcours, que ces récits de mon quotidien, pourront toucher des gens qui ne suivent pas forcément le sport avec assiduité. À ma manière, j’espère prouver que tout est possible, si on se donne les moyens de réussir. Peu importe le domaine dans lequel on évolue.

Cette chronique est assurée en alternance par Julien Wanders, Théo Gmür, Alan Roura, Ana-Maria Crnogorcevic, Stefan Küng et Jolanda Neff.

LM

LM

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1 commentaire
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1.59

22.08.2020 à 02:20

Grand respect pour ce jeune et grand champion trop peu mediatise