Chronique: Julien Wanders: «Tourner en rond»
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ChroniqueJulien Wanders: «Tourner en rond»

Voici la chronique que l’athlète genevois Julien Wanders a publié dans la dernière édition du «Matin Dimanche»

par
Julien Wanders
Julien Wanders, le regard tourné vers l’été et les Jeux olympiques de Tokyo.

Julien Wanders, le regard tourné vers l’été et les Jeux olympiques de Tokyo.

Instagram (@julien_wanders)

Le 18 mars dernier, j’ai fêté mon 25e anniversaire. On a marqué le coup avec quelques amis et mon coéquipier Brian Kiprop qui est aussi né au mois de mars. C’était un beau moment mais j’étais déjà de retour à l’entraînement le lendemain. Comme la plupart des coureurs, mon regard est tourné vers l’été et les Jeux olympiques de Tokyo où j’espère m’aligner sur 5000 et 10’000 mètres. L’intensité de la préparation a augmenté ces derniers temps. Environ une fois par semaine, mon nouvel entraîneur - l’Italien Renato Canova - me prépare une séance intense sur piste.

Belle ambiance lors de la fête d’anniversaire de Julien Wanders.

Belle ambiance lors de la fête d’anniversaire de Julien Wanders.

Instagram (@julien_wanders)

J’ai publié sur les réseaux sociaux l’un des derniers menus et c’était vraiment intense. On a répété à dix reprises des séries 200, 1000 et 200 mètres avec de courtes pauses entre chaque séquence. Notre objectif est de tenir le même rythme tout au long de la séance qui a duré près de deux heures: 29 secondes, 2 minutes 45 et 26 secondes.

‹‹Souffrir, je sais faire››

Julien Wanders

En se levant le matin, on sait que la journée va être dure. On ne panique pas mais on est quand même stressé. Un peu comme avant un examen. Souffrir, je sais faire mais j’espère surtout être à la hauteur, réussir à tenir le tempo, à répondre aux exigences du coach et à mes attentes.

Au fur et à mesure des séries, c’est un véritable combat intérieur qui commence. Entre ce que le corps demande et ce que la tête veut. On lutte contre soi-même, contre les signaux de douleur envoyés. Mes jambes brûlent, se crispent. Elles me demandent de ralentir, d’arrêter. Il faut tenir bon, aller au-delà. Les alarmes ne s’estompent jamais, mais on s’y habitue. On gère.

Le plus dur, c’est de rester relâché, de réussir à garder la même foulée. Je ne fais pas partie de ces coureurs qui s’échappent dans leur tête, qui pensent à autre chose, s’imaginent sur une plage de sable blanc ou dans un jacuzzi pour se sentir bien. J’ai besoin de me concentrer sur mes sensations, sur l’effort, d’affronter cette douleur frontalement.

Julien Wanders et la lutte contre lui-même.

Julien Wanders et la lutte contre lui-même.

Instagram (@julien_wanders)

Quand tu es au milieu des autres coureurs, il y a quelque chose de musical, un métronome presque dicté par le bruit des pas sur la piste. Dans mon groupe d’entraînement, j’ai exactement le même rythme que mes coéquipiers. On va s’accorder, être dans un tempo commun. Quand les gens d’ici me voient courir, ils disent maintenant que j’ai une foulée de Kényan. Ce n’était pas le cas avant. Ma démarche est plus relâchée, plus naturelle, plus élastique on pourrait dire. La foulée, c’est quelque chose d’inné, qui peut aussi être travaillé.

En course, on fait 25 tours de piste sur un 10’000 mètres. Tourner en rond. Tout le monde (ou presque) veut éviter cela. C’est pourtant mon métier. À l’entraînement comme en compétition, c’est un exercice, un apprentissage à la dure de patience et de discipline. C’est le seul moyen de se forger le mental, et le corps aussi, pour réussir à courir avec les meilleurs athlètes du monde.

Cette chronique est assurée en alternance par Alan Roura, Stefan Küng, Théo Gmür et Julien Wanders.

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