Ski alpin – Jusqu’où Camille Rast peut-elle se hisser?
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Ski alpinJusqu’où Camille Rast peut-elle se hisser?

La Valaisanne, 4e du slalom de Schladming mardi, suscite passablement d’admiration sur le Cirque blanc. Des techniciens et des consultants pensent qu’elle peut faire de grandes choses, en Coupe du monde et aux Jeux.

par
Christian Maillard
Depuis le 21 décembre et son 9e rang à Courchevel, Camille Rast impressionne.

Depuis le 21 décembre et son 9e rang à Courchevel, Camille Rast impressionne.

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L’échelle est haute, mais elle grimpe, Camille Rast! Neuvième et douzième en géant à Courchevel, deux fois septième dans cette même discipline à Lienz et, mardi soir à Schladming, quatrième du slalom derrière Mikaela Shiffrin, Petra Vlhova et Lena Duerr: depuis le 21 décembre et son top 10 en Savoie, la Valaisanne de 22 ans, qui s’est également imposée en Coupe d’Europe le 12 décembre à Andalo, n’en finit pas d’étonner et de monter en puissance dans les disciplines techniques. Avec, à chaque fois, une impression de légèreté et de sérénité dans son ski de qualité. De quoi susciter l’admiration dans le milieu qui la regarde de plus en plus avec des yeux remplis d’admiration.

À Schladming, la Valaisanne était très proche du podium…

À Schladming, la Valaisanne était très proche du podium…

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Mais jusqu’où la skieuse de Vétroz peut-elle aller? On a posé la question à des techniciens helvétiques qui la connaissent bien, des anciens entraîneurs, une championne olympique, un skieur devenu psychologue et son préparateur physique. Tous ont le même sentiment: son potentiel est si grand qu’elle peut viser ce qu’il y a de plus beau, que ce soit en Coupe du monde ou lors des prochains Jeux de Pékin…

«Mardi à Schladming, elle était si précise, autant que les premières devant elle»

Hugues Ansermoz, ancien entraîneur de Swiss Ski

Hugues Ansermoz: «C’est beau de la voir skier à ce niveau-là»

Hugues Ansermoz: «Elle est tellement précise…»

Hugues Ansermoz: «Elle est tellement précise…»

LMS/Sébastien Anex

Hugues Ansermoz (ex-entraîneur à Swiss-Ski, consultant à la RTS): «On a vraiment l’impression qu’elle n’a pas encore atteint ses limites. Elle est incroyable. Très tôt championne du monde junior, alors qu’elle n’avait pas encore 18 ans, Camille était déjà prête à tout casser au plus haut niveau. Mais malheureusement elle a subi un sacré coup de frein avec sa mononucléose, avant d’être stoppée par de graves blessures au niveau des genoux. Aujourd’hui, après un début de saison compliqué à Sölden puis à Levi, où elle ne s’est pas qualifiée pour la seconde manche, on la sent presque métamorphosée. Il suffit parfois dun déclic. Cest beau de la voir skier à ce niveau-là. Comme mardi à Schladming, elle était si précise, autant que les premières devant elle. Cette progression va maintenant lui permettre d’améliorer ses numéros de dossard et de s’élancer parmi les 15 meilleures. C’est important, surtout en prévision des JO de Pékin où, avec une telle confiance, elle pourra aller chercher un gros résultat.»

«Si elle reste en bonne santé et qu’elle progresse normalement, je ne vois pas tellement de limites»

Patrice Morisod, ancien entraîneur notamment de Didier Cuche et de Didier Défago

Patrice Morisod: «Elle peut aussi aller vite en descente»

Patrice Morisod: «Quand tu te classes trois fois dans le top 7, c’est que tu as vraiment les capacités d’aller chercher une médaille!»

Patrice Morisod: «Quand tu te classes trois fois dans le top 7, c’est que tu as vraiment les capacités d’aller chercher une médaille

CMA

Patrice Morisod (ex-entraîneur de Swiss-Ski, consultant RTS): «Avant sa mononucléose et ses blessures où elle a eu deux fois les croisés, on savait depuis qu’elle était toute petite que c’était une skieuse super prometteuse. Cela fait deux ans maintenant qu’elle peut s’entraîner normalement et on la voit parmi les toutes meilleures en slalom et en géant. Je pense même qu’elle peut devenir polyvalente et aller tout aussi vite en super-G et en descente. Si elle reste en bonne santé et qu’elle progresse normalement, je ne vois pas tellement de limites chez elle. Mardi à Schladming, elle était déjà toute proche du podium. Camille a cette stabilité qui fait que c’est une fille sur laquelle on peut vraiment compter pour l’avenir. Je pense qu’elle peut actuellement profiter énormément de Wendy Holdener, de Lara Gut-Behrami et de Michelle Gisin pour encore progresser. C’est une femme qui va très vite quand elle se sent bien à l’intérieur d’un groupe et c’est vraiment le cas actuellement. À Pékin, Camille n’aura rien à perdre. Ce ne sera pas elle la favorite, mais elle fera partie des outsiders. Quand tu te classes trois fois dans le top 7, c’est que tu as vraiment les capacités d’aller chercher une médaille. Malgré une quarantaine de dix jours après son test positif au Covid, elle est revenue très forte. Il faut qu’elle continue de se faire plaisir comme ça et aux JO, il y a toujours des surprises. Alors pourquoi pas elle?»

«Aux Jeux, elle peut être une belle surprise, surtout en géant où cela me semble un peu plus ouvert qu’en slalom»

Dominique Gisin, championne olympique de descente à Sotchi

Dominique Gisin: «Elle le mérite tellement»

Dominique Gisin: «Avec toutes ses blessures qu’elle a eues, elle m’a touchée.»

Dominique Gisin: «Avec toutes ses blessures qu’elle a eues, elle m’a touchée.»

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Dominique Gisin (ancienne skieuse, championne olympique de descente à Sotchi): «On s’est un peu croisées en équipe de Suisse, car elle était blessée lors de mes dernières années de compétition. Mais je savais, quand elle est arrivée, que c’était une skieuse prometteuse qui allait vite, comme Mélanie Meillard ou Aline Danioth. Avec ses opérations des ligaments et sa maladie, cela m’a un peu plus touchée que d’autres, dans la mesure où j’étais aussi souvent passée par là dans ma carrière. On a pu en parler plus tard quand j’accompagnais ma sœur Michelle sur la Coupe du monde. Elle m’impressionne, car après tous ses pépins physiques, il y a toujours cette légèreté dans sa manière de skier qu’elle avait déjà toute jeune, alors que ce n’est jamais facile de la retrouver après un coup d’arrêt. Je pense qu’elle est toujours jeune dans sa tête, avec l’avantage d’avoir vécu avant ce que d’autres découvrent plus tard. Elle skie comme avant, avec beaucoup de cœur et de stabilité. Ce qui lui arrive maintenant, elle le mérite amplement. Aux Jeux, elle a les moyens d’être une belle surprise, surtout en géant où cela me semble un peu plus ouvert qu’en slalom. Pour Camille, ce sera surtout une belle expérience à vivre dans un contexte bien particulier. Je pense qu’un top 10 serait déjà magnifique pour elle.»

«Intelligente, mature, bien entourée, stable, cette fille a toutes les qualités pour y arriver. C’est un plaisir. En plus c’est une Valaisanne!»

Didier Plaschy, ancien slalomeur, Ski Valais

Didier Plaschy: «Pour moi c’est une exploratrice»

Didier Plaschy: «Grâce à son père, qui lui a fait découvrir le VTT de descente, elle n’a peur de rien, c’est une grande qualité.»

Didier Plaschy: «Grâce à son père, qui lui a fait découvrir le VTT de descente, elle n’a peur de rien, c’est une grande qualité.»

DR

Didier Plaschy (ancien slalomeur, CEO à Ski-Valais): «Étant psychologue de formation, il est intéressant de voir la progression de cette fille. Dans son attitude, comme toutes les personnes qui gagnent ou qui jouent toujours la victoire, Camille a, par son vécu, une particularité. Pour moi, c’est une exploratrice. Elle découvre le monde avec de grands yeux remplis de curiosité. Déjà comme enfant, elle avait ça en elle. Entre le VTT et le ski alpin, elle a trouvé une sorte de tranquillité, son destin et un terrain à exploiter. Quand on voit aujourd’hui comment elle skie, elle dévale la pente avec le même plaisir qu’elle avait matin et soir gamine. Comme Loïc Meillard, ce sont des fous de ski et de locomotion. Grâce à son père, qui lui a fait découvrir le VTT de descente, elle n’a peur de rien, c’est une grande qualité. Ce sport lui permet de prendre de bonnes trajectoires et d’apprivoiser la vitesse, de savoir quand freiner ou accélérer, et de prendre des risques. La seule chose qui l’a stoppée dans son ascension, ce sont ses blessures et cette mononucléose. À 18-19 ans, elle aurait pu être déjà au stade où elle se trouve maintenant. Avec ça, Camille a pris un peu de retard mais comme je l’ai dit c’est une exploratrice qui veut être curieuse dans tous les domaines. Quand on l’écoute parler, c’est quelqu’un, à 22 ans, de très posée qui ne dit jamais n’importe quoi. Elle dispose aussi d’un matériel très compétitif et cette niaque qui lui autorise de belles promesses durant des années encore. C’est, comme Ester Ledecka, championne olympique de snowboard et de super-G à PyeongChang, une athlète rare qui peut briller dans plusieurs disciplines. Intelligente, mature, bien entourée, stable, cette fille a toutes les qualités pour y arriver. C’est un plaisir. En plus c’est une Valaisanne!»

«Comme tous les athlètes de haut niveau, c’est une grande bosseuse capable de mettre en pratique ce qu’on a décidé»

Florian Lorimier, préparateur physique

Florian Lorimier: «Il a fallu qu’elle se reconstruise»

Florian Lorimier: «Même si elle avait le talent, les blessures et sa maladie sont tombées au mauvais moment avec deux saisons blanches.»

Florian Lorimier: «Même si elle avait le talent, les blessures et sa maladie sont tombées au mauvais moment avec deux saisons blanches.»

DR

Florian Lorimier (préparateur physique): «Je dirais que Camille a beaucoup travaillé depuis son retour de blessure. Là, elle met gentiment les éléments en place, aux niveaux technique, physique et psychique. Et voilà le résultat. Cela lui donne la constance qu’elle a depuis quelques semaines. Même si elle avait déjà le talent, les blessures et sa maladie sont tombées au mauvais moment, avec deux saisons blanches. Il a fallu qu’elle se reconstruise. Physiquement, elle était déjà bien la saison passée, mais après, il a fallu travailler également l’aspect mental, qu’elle se fasse davantage confiance, qu’elle ose plus. C’est ce qu’on a réussi à faire progressivement, notamment après Sölden et Levi où lors des premières courses elle ne s’était pas qualifiée pour la 2e manche. Comme tous les athlètes de haut niveau, c’est une grande bosseuse capable de mettre en pratique ce qu’on a décidé sur un plan ou après discussions. À Schladming, elle revenait en plus de quarantaine, où elle a été bien malade durant cinq jours. Ce n’était pas idéal ensuite de remettre cette intensité en compétition. Mais on a vu que, physiquement, elle avait une base sur laquelle elle était capable de faire face, et cela s’est avéré payant.»

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