Contenu: «Justice League» ressurgit totalement transformé
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Contenu«Justice League» ressurgit totalement transformé

Quatre ans après la sortie du film qui réunissait les superhéros DC, une version revue et corrigée, cette fois portée à bout de bras par son réalisateur Zack Snyder va voir le jour.

par
Christophe Pinol
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Surprise en fin de la dernière bande-annonce en date, Jared Leto, dans le rôle du Joker, fait une courte apparition susurrant un «We live in a society» («Nous vivons en société») qui a fait la joie des amateurs de petites phrases cryptées.

Surprise en fin de la dernière bande-annonce en date, Jared Leto, dans le rôle du Joker, fait une courte apparition susurrant un «We live in a society» («Nous vivons en société») qui a fait la joie des amateurs de petites phrases cryptées.

HBO Max
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«Je détruirais le film, je le brûlerais plutôt que d’utiliser une seule image que je n’ai pas tournée. C’est la putain de réalité!» Voilà ce que déclarait le réalisateur Zack Snyder en juillet dernier à propos de sa propre version de «Justice League», le film réunissant entre autres Batman, Wonder Woman, Superman et Aquaman, dont on connaît le montage sortit en 2017. Pour rappel, le cinéaste avait dû abandonner la production suite à un drame familial, laissant son remplaçant retourner quantité de scènes et modifier considérablement le ton du film, avec le résultat que l’on connaît: une superproduction aujourd’hui considérée comme l’un des gros ratages du genre, marquée par des punchlines navrantes, un empilage grossier de superhéros et une bouillabaisse d’effets visuels.

Interdit aux moins de 17 ans

Mais dimanche dernier, Warner Bros. a enfin dévoilé la première vraie bande-annonce de cette version remontée et rallongée (durée prévue: 4 heures!), baptisée «Zack Snyder’s Justice League», dont la diffusion est prévue le 18 mars sur la plateforme de streaming HBO Max.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que celle-ci n’est pas avare en révélations. D’abord, adieu les bons mots du montage original. Place à un ton plus sombre (qui a d’ailleurs valu au film une interdiction aux moins de 17 ans aux États-Unis). On y découvre aussi Superman dans son fameux costume noir, celui arboré dans les comics au moment de sa résurrection. Darkseid, qui devait à l’origine être le grand méchant du film, un extraterrestre aux pouvoirs cosmiques d’ailleurs responsable – dans les BD – de la mort du justicier capé, et supprimé de la version sortie en salles, revient également sur le devant de la scène. Et puis, le Joker, lui aussi absent de la première mouture du film, pointe même le bout de son nez dans les derniers plans du trailer. Un personnage à qui Jared Leto prête à nouveau ses traits, après l’avoir déjà campé dans «Suicide Squad», mais ici dans un look plus proche de Heath Ledger dans «The Dark Knight: Le chevalier noir».

Ce qui frappe surtout, c’est le format quasi carré (1,33:1) de ces images, alors que ce type de superproduction adopte généralement un gabarit étiré en largeur, plus apte à retranscrire l’ampleur visuelle d’un univers. Un choix étrange mais qui est bien celui du réalisateur, tombé amoureux de ce format particulier, et qui avait dès le départ entrepris de tourner son film de cette manière.

Records de vues pour le trailer

Bref, voilà un aperçu de ce que nous réserve cette version fantasmée depuis maintenant près de 4 ans par bon nombre d’aficionados. Avec près de 25 millions de vues en 24 h, le trailer est d’ailleurs devenu le deuxième le plus vu de l’histoire pour un film Warner, juste derrière celui de «Godzilla Vs Kong», dévoilé quelques semaines plus tôt.

Mais replongeons un instant dans les origines de ce cas finalement unique dans l’histoire du cinéma… Avril 2016: Zack Snyder (réalisateur de «L’armée des morts», «300», «Batman v Superman»), entame le tournage de «Justice League Part I and II» qui devait être l’«Avenger» du DC Universe, en rassemblant dans un formidable diptyque tous les superhéros emblématiques de la maison d’édition concurrente de Marvel. Mais 11 mois plus tard, alors qu’il vient de présenter au studio une version brute de près de 4 heures, le cinéaste doit faire face à un terrible drame familial: le suicide de sa fille, Autumn, à 20 ans.

«J’ai d’abord cru qu’il serait cathartique de me plonger dans le travail pour finir le film, déclarera-t-il quelques mois plus tard au Hollywood Reporter. Et puis j’ai compris que je me devais d’être avec ma famille, mes autres enfants, qui avaient vraiment besoin de moi». Ce qu’il ne dit pas, c’est qu’il est en conflit depuis de nombreuses semaines avec le studio qui souhaite ramener le diptyque à un seul long-métrage et dorénavant orienter ses films de superhéros maison vers un ton plus léger. Et avec le drame qu’il traverse, le cinéaste n’a probablement pas la force d’entamer un gigantesque bras de fer avec Warner Bros. Ainsi, lorsque Joss Whedon, le scénariste de «Justice League», est appelé pour le remplacer et superviser la postproduction, le studio en profite pour lui demander de couper des pans entiers de l’histoire et de retourner des séquences afin d’alléger l’ambiance du film.

Un hashtag pour sauver «Justice League»

Celui-ci sort aux États-Unis le 17 novembre 2017 et face à la déception des fans, une pétition voit aussitôt le jour – #ReleaseTheSnyderCut («Sortez la version de Snyder») – rassemblant 100 000 signatures en à peine 5 jours.

À l’époque, l’existence de cette «version» tient plus de la légende qu’autre chose. En dehors des fans irréductibles, personne ne croît d’ailleurs trop à son existence. Un témoin qui avait assisté à la projection du montage de Zack Snyder, avant qu’il ne quitte le film, le compare pour Variety à «une voiture sans carrosserie, à peine équipée de la partie transmission et de quelques sièges». Pour rendre cette version exploitable, il faudrait repartir en salle de montage, finaliser des centaines de plans d’effets visuels et sonores, demander aux acteurs de réenregistrer des dialogues, refaire la musique…

Zack Snyder lui-même n’imagine pas un seul instant que le studio finance une telle opération: «J’ai toujours pensé que dans vingt ans peut-être, quelqu’un réaliserait un documentaire sur la conception du film et que ça me donnerait l’occasion de ressortir des séquences inédites, déclare-t-il à l’époque à Variety. Mais je n’imaginais rien de plus». Pourtant, visiblement ravi par l’ampleur du mouvement #ReleaseTheSnyderCut, le cinéaste twitte régulièrement des images inédites de sa version, galvanisant même tellement les fans que ceux-ci vont jusqu’à acheter un panneau publicitaire géant sur Time Square en 2019, puis affrètent un avion pour traîner une bannière au-dessus du Comic-Con, le plus grand rendez-vous mondial de la pop culture. Petit à petit, le mouvement enfle, voyant même les stars Ben Affleck, Gal Gadot et Jason Momoa, les interprètes de Batman, Wonder Woman et Aquaman, se joindre à la fête. Deux ans après la sortie du film honnis, le hashtag devient même le plus populaire d’une production Warner. Pour un film qui n’existe pas, l’exploit est de taille.

Merci, la guerre du streaming!

Pourtant, malgré ce battage, tout aurait très bien pu en rester là. Mais voilà, la guerre des plateformes de streaming bat son plein et tandis que Netflix, Disney+ et Apple TV+ annoncent quantité de projets tous plus ambitieux les uns que les autres, Warner Bros., qui vient de lancer HBO Max, y voit soudain l’opportunité d’ajouter à son catalogue un vrai produit d’appel: une superproduction aussi inédite qu’exclusive. Et lorsque le feu vert est finalement donné en mai de l’an passé, les fans exultent. «Attendez-vous à une toute nouvelle expérience, leur rétorque le cinéaste dans le Hollywood Reporter. Avec la version sortie en salles, vous n’avez vu qu’un quart de mon travail».

À ce moment-là, les coûts du rafistolage sont censés avoisiner les 20 ou 30 millions de dollars. Déjà conséquents, pour une simple postproduction. Mais très vite, le projet prend une ampleur démesurée: Zack Snyder promet non seulement de réinsérer les arcs narratifs originels mais souhaite retravailler l’intégration de certains personnages clefs et Ben Affleck (Batman), Henry Cavill (Superman), ainsi que Gal Gadot (Wonder Woman), sont rappelés devant les caméras pour tourner de nouvelles scènes, tandis que le compositeur original, Tom Holkenborg, remplacé par Danny Elfman dans la version Joss Whedon, est chargé de livrer un nouveau score. Même le Joker, à l’origine absent du film, est soudainement réintégré, avec un Jared Leto tout content de tourner quelques scènes.

Une injection de 70 millions de dollars

Au total, l’enveloppe atteindra finalement 70 millions de dollars, soit le budget d’un gros film d’action. En parallèle, le réalisateur travaille même sur une version noir/blanc, façon «Mad Max: Fury Road» et «Logan». «La version idéale du film», selon l’intéressé. Reste à savoir comment celle-ci sera un jour exploitée. Probablement dans une future édition DVD.

En attendant, «Zack Snyder’s Justice League» sera donc disponible aux États-Unis dans un mois sur HBO Max. En Suisse? Il se pourrait que le film débarque sur la plateforme Sky, à l’instar de «Wonder Woman 1984», qui doit y être disponible d’ici quelques semaines. À moins qu’on la retrouve dès le 22 avril, sur une plateforme de streaming qui reste encore à annoncer, comme il est prévu pour la France.

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