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BoxeKinigamazi: «Il est temps pour moi de raccrocher les gants»

À 37 ans, bousculé par la jeunesse de son adversaire, le boxeur du CP Carouge n’a pas remporté le titre mondial de ses rêves. Il se confie, entre déception, frustration et fierté. Et se retire, dignement.

par
Pascal Bornand
Patrick Kinigamazi, un visage sans ecchymoses, mais un homme avec des bleus à l’âme.

Patrick Kinigamazi, un visage sans ecchymoses, mais un homme avec des bleus à l’âme.

Pascal Bornand

En guise d’apothéose, il rêvait de débarquer à Cointrin avec la ceinture mondiale IBO des superplumes. Sous son masque, Patrick Kinigamazi (37 ans) est triste. Le trophée est resté en Italie, il est l’apanage de Michael Magnesi (25 ans), vainqueur vendredi soir à Fondi d’un combat intense, conclu par un k.-o. technique au 5e round.

Puissant et foudroyant, le crochet du droit du boxeur romain a anéanti les illusions du Genevois, déjà parti au tapis deux rounds plus tôt.

«La décision de l’arbitre est précipitée et injuste. Patrick s’est relevé tout de suite et il était prêt à reprendre le combat. Il a été bousculé en début de match mais là, même secoué, je sentais qu’il prenait l’ascendant sur son adversaire. Magnesi commençait à caler, à baisser les bras», se désole Giorgio Costantino, l’entraîneur du CP Carouge.

Le verdict est cruel, même si les deux hommes, unis dans la défaite comme dans la victoire, reconnaissent la valeur et les mérites de Michael Magnesi. Masque tombé, Patrick Kinigamazi, champion du monde en titre WBF, esquisse un pâle sourire. «Il est temps pour moi de raccrocher les gants, confie-t-il. Mais j’aurais préféré ne pas finir comme ça, sur un sentiment d’inachevé.»

Comment analysez-vous votre combat?

Comme prévu, il n’y a pas eu de round d’observation. Magnesi frappe fort et sans relâche, il m’est rentré dedans sans attendre. Il a fait son match, moi je n’ai pas pu faire ma boxe, monter en puissance comme j’en ai l’habitude. Mon adversaire avançait sur moi et j’avais la menace des trois juges italiens sur le dos. J’ai été obligé d’accepter la bagarre, de prendre des risques.

La décision de l’arbitre suédois est-elle vraiment discutable?

Pour moi, il n’y avait pas de raison d’arrêter le combat. C’était un championnat du monde. Je lui ai montré que, physiquement, j’étais apte à le reprendre, mais il n’a entendu que les exhortations du clan italien. C’est dommage, j’avais atteint le bon rythme, j’avais encore toutes mes chances, même si j’avais conscience d’être largement mené aux points.

Avant le match, au moment des hymnes nationaux, on vous a senti un peu figé, mal à l’aise. Fausse impression?

Il est vrai que je n’étais pas à 100%. J’ai 37 ans, cela fait un an que je n’étais plus monté sur un ring. Puis il y a eu le forfait de plusieurs sparring-partners, mon test positif au Covid, dix jours de confinement et une rallonge de préparation délicate à organiser. Un contexte inédit et pas vraiment favorable.

On sent chez vous de la frustration…

Non, je ressens surtout de la déception. Je suis déçu pour Giorgio, plus que tout autre, il méritait ce titre. Je voulais le lui donner, on a tant bossé ensemble. Si j’avais eu 30 ans, ce combat, reporté de trois semaines, je ne l’aurais pas fait. J’aurais attendu deux mois. Mais là, je ne pouvais pas, ils auraient pris quelqu’un d’autre. C’était une chance que je n’avais pas le droit de laisser passer. Personne ne m’a forcé à monter sur le ring, j’ai accepté le combat, je n’avais pas le choix.

Cette défaite, que signifie-t-elle?

Comme je l’avais annoncé, c’est le gong final, la fin de ma carrière. Il est temps pour moi de raccrocher les gants. À quoi bon espérer une vaine revanche ou défendre une cinquième fois mon titre WBF. J’ai 37 ans, je ne veux pas aller au casse-pipe. Mais, c’est sûr, j’aurais préféré ne pas finir comme ça, sur un sentiment d’inachevé, sans avoir pu démontrer ma vraie valeur.

C’est une carrière bien remplie. Comment la jugez-vous?

Avec peu de moyens, je crois qu’on a fait de belles choses. Je dois aussi remercier mes fidèles sponsors, sans eux, je ne serai pas monté aussi haut.

Patrick Kinigamazi et Giorgio Costantino à leur arrivée à Cointrin.

Patrick Kinigamazi et Giorgio Costantino à leur arrivée à Cointrin.

Pascal Bornand

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