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FootballKöbi Kuhn: «J'aurais pu être comptable ou... prêtre»

Tout (ou presque) ce que vous auriez voulu savoir sur l'ex-sélectionneur national, qui s'était confié en 2001 dans la rubrique «Hors-jeu» du «Matin».

On le connaissait côté cour. Mais il y avait aussi le côté jardin de Köbi Kuhn. En 2001, juste avant un match capital contre la Yougoslavie (que la Suisse allait perdre 1-2), le sélectionneur national nous avait tout dit. Ou presque.

Si vous n'aviez pas été footballeur ou entraîneur?

Peut-être aurais-je été comptable. Ou prêtre. C'est à peu près identique à entraîneur de foot, où, avant chaque match, le sermon est toujours le même.

Qu'est-ce que vous ne supportez-vous pas dans votre milieu?

Les questions des journalistes ayant trait à la composition de l'équipe avant une rencontre!

Quelle est la recette que vous aimez préparer à vos amis?

Le rôti de veau avec un risotto aux champignons.

Au restaurant, sur quoi flashez-vous sur la carte?

Sur ce que je ne sais pas cuisiner. Du poisson, un bon filet de sole ou des fruits de mer, par exemple.

Quelle est votre principale qualité?

Je suis quelqu'un d'honnête, de tranquille qui dégage de la sérénité.

Avez-vous des défauts?

J'en ai comme tout le monde. Je sais dire non et ce n'est pas facile à dire.

Quelle a été jusqu'à aujourd'hui votre plus grande bêtise?

Je peux chanter «Rien de rien, je ne regrette rien». J'ai 58 ans, et bien sûr, j'ai commis des bêtises dans ma vie pour avoir souvent accordé ma confiance à des gens malhonnêtes. Je ne suis pas assez méfiant.

Si un de vos joueurs faisait le mur comme vous à Sheffield, quelle serait votre réaction?

Je ne punirais pas le joueur au détriment de l'équipe. Mais je lui tirerais les oreilles...

Qu'est-ce qui vous fait rire?

J'ai énormément de plaisir à me retrouver à table avec des amis qui partagent le même objectif que moi, comme ici avec l'équipe de Suisse, où, entre deux séances de travail, on rigole beaucoup.

Si un génie vous propose trois vœux?

Je lui demanderais de gagner contre la Yougoslavie et en Russie, parce qu'on n'a pas besoin d'un coup de pouce pour battre le Luxembourg. Le troisième vœu? Se qualifier dans le match de barrage pour aller au Mondial.

Avec quelle actrice aimeriez-vous tourner une scène d'amour?

Il faut demander quelle actrice voudrait tourner une scène d'amour avec moi!

Entre votre épouse (Alice) et vous, qui a fait le premier pas?

Il y a tellement longtemps, 36 ans déjà, que je ne me souviens plus. C'est moi, je crois...

Vous lui offrez toujours des fleurs?

Oui, mais pas assez souvent!

Quel trait de votre caractère aimeriez-vous changer?

Aucun, je suis bien comme je suis.

A l'école, vous étiez plutôt devant ou derrière près du radiateur?

Au début, je m'installais derrière, mais le maître me remettait rapidement devant, pour pouvoir mieux me surveiller...

Qu'est-ce que vous n'aimez pas qu'on dise de vous?

Que je suis malhonnête.

Quand vous étiez gamin, quel était votre héros?

J'habitais à 200 mètres de Hugo Koblet, le pédaleur de charme. Chaque fois qu'il était là, j'allais lui faire signer un autographe. J'avais 8 ans quand il a gagné le Tour de France. Il y avait aussi beaucoup de footballeurs dans le quartier et j'étais fier de leur porter leur bagage jusqu'au Letzigrund.

Seriez-vous prêt à payer pour gagner un match?

Oui, un verre à mes joueurs, mais pas à l'adversaire!

Qu'est-ce qui vous fait le plus peur?

D'être un jour gravement malade ou handicapé.

Avez-vous un objet fétiche, un grigri?

Je suis un peu superstitieux. Un vieil homme m'a donné il y a quelques années une pierre précieuse que je prends désormais avec moi avant les matches...

Vous arrive-t-il de douter?

Quand j'ai décidé quelque chose, je vais toujours au bout de ma conviction. Mais on a toujours des doutes. Le doute fait progresser.

Si vous étiez un match?

Ce serait un match amical que j'ai disputé à Zurich, face au Santos. On avait gagné 5 à 4 un match incroyable. J'ai joué contre Pelé, mon idole, le plus grand joueur de tous les temps. Il avait inscrit deux ou trois buts. Moi aussi j'avais marqué. Une soirée inoubliable.

Un livre?

En ce moment, je décortique un condensé des oeuvres d'Aristote. Il a des phrases superbes. Je lis aussi des ouvrages d'Isaac Singer, un Prix Nobel. J'apprécie l'humour des écrivains juifs.

Un autre joueur?

Zidane, Pelé, Maradona, des joueurs d'exceptions, des génies.

Si on vous dit Yougoslavie?

Si mes vœux se réalisent... on va gagner!

Avez-vous menti au cours de cet entretien?

Non, certainement pas...

Propos recueillis en 2001 par Christian Maillard

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