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Grand entretienKucholl et Veillon: «On s'est inspirés de Steve Jobs»

Après le carton de leur chronique «120 secondes», les stars Vincent Kucholl et Vincent Veillon décortiqueront la Suisse sur scène! Ils en parlent pour la première fois.

par
Fred Valet et Laurent Flückiger
Kucholl et Veillon, les deux célèbres Vincent, se sont emparés du «Matin» avant de grimper sur scène en 2013.

Kucholl et Veillon, les deux célèbres Vincent, se sont emparés du «Matin» avant de grimper sur scène en 2013.

Sabine Papilloud

Ils nous l'avaient annoncé au printemps, ils ont tenu parole! Dès le 7 mai 2013, les deux Vincent les plus en vogue de Suisse romande vont porter leur célèbre chronique «120 secondes» sur les planches. Loin d'être une banale adaptation du format qui a fait leur renommée à la matinale de Couleur 3 , Vincent Kucholl et Vincent Veillon lâchent l'actualité le temps d'un spectacle qui s'attaquera à la Suisse et écumera toute la Romandie. Un gros morceau qui fera assurément salles combles. En exclusivité pour «Le Matin», le duo dévoile le contenu de «120 secondes présente la Suisse».

– Vous montez sur scène. Enfin! Vincent Kucholl. – Pourquoi enfin? Non, on n'aurait pas pu le faire avant, même si on y pense depuis toujours.

Vincent Veillon. – (Il s'adresse à son acolyte.) On t'a souvent dit: «Kucholl, quand est-ce que tu fais ton one-man-show?» On nous a aussi souvent invités à porter «120 secondes» sur scène, mais ça ne nous intéressait pas vraiment.

V. K. – Il nous manquait un format original et un grand coup de pied au cul.

– Un coup de pied au cul?

V. K. – Celui de Vincent Sager d'Opus One et du metteur en scène Denis Maillefer. Que deux professionnels crédibles, sérieux et pour qui on a de l'admiration nous expliquent que le projet est réalisable, c'est fantastique. Bien sûr, il y a Avracavabrac (ndlr: troupe d'improvisation dans laquelle tous deux évoluent) et j'ai déjà monté des pièces, mais c'était toujours en équipe. Lancer un spectacle à deux, c'est gonflé.

V. V. – Exact. Franchement, je crois qu'on ne l'aurait jamais fait seuls. On aurait très vite été dépassés, déprimés et en burnout!

– A quoi ça va ressembler?

V. V. – A une conférence sur la Suisse, proche de ce qu'Apple organise pour le lancement de ses produits. Un conférencier et des intervenants qui réagiront sur scène, dans le public et sur un écran géant. Une sorte de Keynote revisitée, dans laquelle notre pays remplacerait l'iPhone. Avec des accidents et des perturbateurs qui seront les personnages récurrents de la chronique «120 secondes». Mais rien à voir avec ce que faisait François Silvant, hein!

V. K. – La base est très sérieuse. On présentera la Suisse sous tous ses aspects, économique, culturel, géographique, politique, sportif, social, historique. Des informations basées sur les bouquins des Editions LEP (ndlr: une collection sur les institutions suisses qu'il dirige, illustrée par Mix & Remix.)

V. V. – Et s'il ne rit pas, le public apprendra au moins quelque chose!

– Justement, prendre la Suisse comme thème central, c'est un peu austère, non?

V. K. – On prend un risque, c'est vrai. Comme avec les chroniques quotidiennes qui se nourrissent d'une actualité pas toujours très sexy. Délirer par exemple sur la politique monétaire de la Banque nationale, ça peut paraître très chiant au départ. Bon, le sketch en question a été diffusé dans une classe de 1re année d'HEC. (Rires.)

– Et il y a le risque de perdre cette énergie de l'immédiateté…

V. V. – Tout à fait et c'est ce qui est passionnant: empoigner d'une autre manière un concept qui a fait ses preuves dans un rythme quotidien. Le principe reste le même finalement. Si la forme se fige effectivement dans le temps, on n'y pense pas au moment d'écrire.

– Tout est déjà écrit?

V. V. (Il éclate de rire.) – Si vous saviez! Non, pas du tout. Certaines scènes qui seront projetées sur l'écran ont déjà été tournées, comme le concert du groupe Black Lion Genocide sur la grande scène du Paléo en juillet dernier.

V. K. – On a l'intro, les grandes étapes et on sait plus ou moins comment le spectacle va se terminer. Le reste, c'est du tissage. Le muscle qui travaillera pour créer les textes finaux est le même que pour les chroniques.

– Et le public pourra enfin voir les personnages en chair et en os!

V. K. – Oui! Et les stars seront là. De Serge Jacquet («Sé», le toxicomane de la Riponne) à Gilles Surchat (le Jurassien bernois licencié par Schaffter Pives SA), en passant par Stève Berclaz (le chanteur valaisan de Black Lion Genocide) et le lieutenant-colonel Karl-Heinz Inäbnit.

– Le plus grand défi quand on passe du micro aux planches?

V. K. – Ne pas décevoir les gens, passer en trois dimensions et étendre le projet sur une heure et demie.

V. V. – Si l'idée de départ est peut-être bonne, le public peut ne pas être convaincu. Ne pas décevoir et surprendre, c'est un grand écart difficile à réaliser.

– En même temps, porter des chroniques sur scène, ce n'est pas vraiment nouveau…

V. V. – C'est vrai, mais dans ce cas-là, on peut dire que les Inconnus ont tout fait! Sketches, radio, TV, groupes de musique parodique, théâtre, ciné. C'est logique quelque part. La radio fait office de laboratoire.

– Que va-t-on voir sur l'écran?

V. V. – Des plans en immersion. Par exemple, quand on évoquera le sport, on diffusera des images tournées à la Fête fédérale de lutte.

V. K. – Et j'ai récemment été invité à faire un sketch durant le rapport du commandant de corps des forces terrestres, Dominique Andrey. Et en uniforme, s'il vous plaît! En y réfléchissant, c'est fou de pouvoir filmer une grosse blague dans un vivier de militaires bien réels.

– Vous semblez ne pas vous rendre compte de votre influence…

V. K. – Non, pas vraiment. Etape par étape, on remarque qu'il se passe quelque chose d'incroyable. Quand j'ai reçu l'e-mail pour le sketch avec le commandant Andrey, j'ai d'abord cru à une plaisanterie. (Il prend l'accent suisse allemand.) «Monsieur Kucholl, on aime bien ce que vous faites et les militaires, ils trouvent ça très drôle parce que vous dites la vérité!» C'est surréaliste vu ce qu'on balance dans les chroniques. (Rires.)

– A propos, personne n'a encore essayé de vous museler?

V. K. – Personne! Et la direction ne demande pas à relire nos textes avant diffusion. On a même pu critiquer les nouveaux visuels de la RTS sans se faire engueuler.

– A quoi devez-vous cette indépendance selon vous?

V. K. – Je crois qu'on nous fait confiance. Il y a beaucoup d'autodérision et on n'attaque jamais personne de front comme des Guillon ou Proust le font en France.

– Qu'est-ce qui vous fait rire?

V. K. – Je ne supporte pas l'humour racoleur et vulgaire. Je reste un grand fan des Monty Python. J'aime bien Fred Recrosio aussi.

V. V. – Gaspard Proust, c'est pas mal, même s'il est peut-être déjà coincé dans son propre rôle. Et, dans notre manière de travailler, on se sent très proches de l'école Canal+.

– On raconte que les Black Lion Genocide vont sortir un album?

V. V. – Oui, en février. Une version «deluxe» de l'album «Destroying Vertigo». Quatre titres dont un slow!

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