Actualisé 26.01.2018 à 14:33

L'adolescence à rallonge: impubère jusqu'à 25 ans?

Evolution

Doit-on être considéré comme impubère jusqu’à 25 ans? C’est ce que préconisent des scientifiques australiens. Infantilisant, pour les experts suisses.

par
Pascale Bieri

Vidéo: Laura Juliano

Votre ado est un «Tanguy» qui, à 24 ans, est bien enraciné chez vous, et pas décidé à en déloger? Rien d’étonnant aujourd’hui. Une étude réalisée en France en 2014 – que l’on peut facilement calquer sur la Suisse – montre en effet qu’un jeune sur trois vit encore chez ses parents trois ans après la fin de ses études. Bref, un changement sociétal qui mène à cette grande question: à quel âge est-on enfin adulte, de nos jours?

Vingt-cinq ans!, clame une équipe de chercheurs australiens qui vient de publier une étude sur l’adolescence dans le Lancet Adolescent Health Journal. Pour les scientifiques, il faut en effet impérativement repousser les barrières de cette tranche de vie charnière. Autrement dit, on ne serait plus ado de 14 à 18 ans, mais bien de 10 à 24 ans…

Car si, d’un côté, la puberté arrive plus tôt (l’âge moyen des premières règles chez les filles a diminué de quatre ans au cours des 150 dernières années), de l’autre, le temps de la responsabilisation (premier emploi, âge moyen du mariage, premier enfant) arrive, lui, nettement plus tard. De plus, soulignent les chercheurs, le cerveau continue à se développer jusqu’à 25 ans.

Toutefois, si les scientifiques ont tenu à remodeler cette catégorie, ce n’est pas juste pour une affaire d’étiquette. «Une définition élargie, et plus inclusive de l’adolescence, est essentielle pour des lois, des politiques sociales et des services appropriés», explique Susan Sawyer, auteure principale de l’étude.

Qu’en pensent les spécialistes en Suisse? Serait-il judicieux de considérer officiellement les jeunes comme des ados jusqu’à 25 ans? Clairement non, pour Jacques Laurent, président de Ciao.ch, plate-forme d’information et de prévention destinée à la base aux 13-20 ans.

Pas un service à leur rendre

«Dans les faits, on voit bien que l’adolescence se prolonge, ce qui s’explique notamment par le fait que les études sont, elles aussi, à rallonge. Sur notre site, nous sommes fréquemment sollicités par des jeunes qui ont plus de 21 ans… Il est confortable de s’appuyer sur les autres pour prendre des décisions. Mais il arrive un moment où il faut prendre ses responsabilités. Et conforter ces jeunes gens dans l’idée qu’ils sont des ados jusqu’à 24 ans n’est pas un service à leur rendre.» Au numéro 147, de Pro Juventute, les appels à l’aide des plus de 18 ans sont également nombreux.

Toutefois, pour Monique Rys, responsable régionale Suisse romande de la fondation, on ne peut pas les qualifier d’ado. «Ce terme définit une période précise de la vie, en lien avec la puberté, où tout est remis en question. Cela n’a pas de sens de vouloir élargir cette catégorie. À partir de 18-19 ans, et jusqu’à 25 ans, on peut parler de jeunes adultes, avec d’autres problématiques.»

Avis partagé par la doctoresse Anne-Emmanuelle Ambresin, médecin cheffe au sein de la Division interdisciplinaire de santé des adolescents au CHUV, et qui a travaillé durant deux ans avec l’équipe australienne. «Je me distancie d’eux, sur le fait qu’on ne doit pas repousser l’âge de l’adolescence. En revanche, entre 18 et 25 ans, on entre dans une autre phase transitoire de la vie, qui devrait effectivement être prise en considération. Son objectif est d’apprendre à devenir fonctionnel et indépendant, mais il faudrait que cela puisse se faire de manière progressive. Alors qu’aujourd’hui, il y a une réelle cassure. Au niveau médical, ces jeunes sont confrontés à des problématiques spécifiques, mais ils ne vont plus chez le pédiatre et n’ont pas d’autre médecin. Ce sont donc de grands clients des services d’urgence, qui ne sont souvent pas le lieu adéquat pour répondre à leur problématique. Il en va de même au niveau de la Protection de la Jeunesse. Après 18 ans, il y a très peu d’options pour accompagner ces jeunes. On se bat pour faire changer les choses! Il faut les aider à grandir, qu’ils ne restent pas d’éternels adolescents, même si on vit dans une société où tout le monde à tendance à se comporter ainsi.»

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