16.02.2015 à 21:42

TerorrismeL'Afrique planche sur «l'éradication» de Boko Haram

Réunis au Cameroun, les chefs d'Etat d'Afrique centrale tentent d'élaborer une stratégie commune destinée à «éradiquer» le groupe islamiste.

Une capture d'écran d'une vidéo de menaces mise en ligne par le groupe islamiste Boko Haram.

Une capture d'écran d'une vidéo de menaces mise en ligne par le groupe islamiste Boko Haram.

AFP

Les chefs d'Etat d'Afrique centrale se sont réunis lundi 16 février à Yaoundé pour élaborer une stratégie commune destinée à «éradiquer» le groupe islamiste Boko Haram, qui sévit dans le nord-est du Nigeria et les régions frontalières des pays voisins.

A la clôture des travaux, les pays de la Communauté économique des Etats d'Afrique centrale (CEEAC) se sont engagés à «apporter dans l'immédiat un soutien actif (...) au Cameroun, au Tchad et à tout autre Etat membre de la Communauté qui serait affecté par les actions du groupe terroriste Boko Haram, notamment l'assistance militaire, financière, logistique et humanitaire», selon le communiqué final.

Le Nigeria très critiqué

Ils ont également encouragé «particulièrement» le Nigeria, très critiqué pour son incapacité à venir à bout du groupe armé, «à accroître les synergies avec les autres pays du bassin du Lac Tchad».

Le Nigeria, le plus touché par l'insurrection de Boko Haram qui en est originaire, n'était pas présent, car il n'appartient pas à la CEEAC.

L'armée nigériane évoque des victoires

Son armée a annoncé lundi avoir récupéré la ville-garnison stratégique de Monguno, dans l'Etat de Borno (nord-est), qui était tombée le 25 janvier aux mains de Boko Haram.

«Lors d'une opération militaire menée avec des frappes aériennes très bien coordonnées, nos troupes ont accompli ce (lundi) matin la mission de déloger les terroristes de Monguno et de ses environs», selon un communiqué.

L'armée nigériane a souvent évoqué des victoires sur Boko Haram, démenties ensuite sur le terrain. Mais si ses déclarations concernant Monguno se confirmaient, cela représenterait un nouveau recul des islamistes, désormais combattus sur le sol nigérian et aux frontières par les soldats de quatre pays: Nigeria, Cameroun, Niger et Tchad. Quelques militaires français sont également présents dans la région.

L'opposant de Goodluck accueilli en héros

L'incurie de l'administration du président nigérian Goodluck Jonathan face aux islamistes, régulièrement dénoncée par les observateurs, est du pain béni pour son principal opposant à l'élection présidentielle, l'ex-général Muhammadu Buhari, un musulman de 72 ans ayant déjà dirigé le Nigeria 20 mois entre fin 1983 et août 1985, du temps des dictatures militaires.

Celui-ci a été accueilli en héros lundi par une marée humaine à Maiduguri, grande ville du nord-est du Nigeria où était né en 2002 le mouvement Boko Haram. Il s'agissait alors d'une secte qui s'est transformée en 2009 en groupe islamiste armé, après l'exécution de son chef par les forces nigérianes.

Une population excédée par les tueries

Il a promis des mesures énergiques contre les insurgés, sans donner de détails, à une population excédée par les tueries, l'effondrement de l'économie, les restrictions de déplacements et autres conséquences du conflit.

MM. Jonathan et Buhari s'affronteront lors d'une élection présidentielle le 28 mars, qui s'annonce la plus serrée depuis la fin des dictatures militaires.

Aucun compromis possible avec Boko Haram

«Il nous faut éradiquer Boko Haram», avait lancé lundi matin le président camerounais Paul Biya à l'ouverture des travaux de la CEEAC, soulignant «une totale impossibilité de compromis avec les islamistes, »partisans d'une société obscurantiste et tyrannique«.

Autour de lui étaient présents Idriss Deby Itno (Tchad), Ali Bongo Ondimba (Gabon), Denis Sassou Nguesso (Congo), Teodoro Obiang Nguema (Guinée Equatoriale) et Catherine Samba Panza (Centrafrique), ainsi que des délégations venues de République démocratique du Congo, de Sao Tome et Principe, du Burundi et de l'Angola.

Le 7 février, les pays de la région, déjà réunis à Yaoundé, s'étaient engagés à mobiliser 8700 hommes dans une force militaire multinationale.

Peur de l'infiltration des islamistes

Le Tchadien Idriss Deby, également président en exercice de la CEEAC, a assuré que »Boko Haram n'aura pas droit de cité en Afrique centrale«. Son armée intervient depuis début février contre Boko Haram au Nigeria, au Cameroun et au Niger, touchés récemment par des attaques sanglantes du groupe islamiste.

Au Niger, les tueries ont fait fuir des milliers de personnes de la frontière, qui affluent à Zinder, la deuxième ville du pays, où plane la peur de l'infiltration d'islamistes. Les autorités nigériennes y ont arrêté plusieurs dizaines de personnes.

Le président tchadien a exhorté les Etats de la CEEAC »qui ne sont pas encore touchés« par les attaques des islamistes »à manifester leur solidarité agissante« et invité »la communauté internationale à apporter tout son soutien, matériel, diplomatique, financier, logistique et humanitaire aux efforts de la CEEAC«.

(AFP)

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