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sportL'Agence mondiale antidopage traverse sa crise d'adolescence (PAPIER D'ANGLE)

Par Stéphanie PERTUISET BUENOS AIRES, 12 sept 2013 (AFP) - L'Agence mondiale antidopage (AMA), qui fêtera ses 14 ans en novembre, traverse sa crise d'adolescence, prise entre les opinions divergentes sur son avenir de ses deux parents, le mouvement sportif et les gouvernements qui la financent à parts égales.

Prestataire de service ou instance de régulation chargée de vérifier la bonne application du Code mondial antidopage, la question de l'orientation à donner à cette Agence a suscité un vif débat lors de la réunion de son comité exécutif mercredi à Buenos Aires, de source proche du dossier. Fondée par les Etats et le Comité international olympique en 1999, quelques mois à peine après le triste Tour de France 1998 et l'affaire Festina, elle a contribué sans conteste à mettre du sérieux dans la chasse aux tricheurs en harmonisant les règles, procédures et sanctions qui jusque-là donnaient lieu à des différences aberrantes de traitements des cas selon les pays ou les sports. Mais elle n'échappe pas aujourd'hui à un grand examen de conscience face à la piètre efficacité de la lutte antidopage: des millions de dollars dépensés dans environ 250.000 contrôles chaque année, pour n'arriver qu'à 1% de cas positifs, et moins encore en enlevant le cannabis et autres substances dont l'usage n'est interdit qu'en compétition. Défiance Isolée à Montréal, l'Agence mondiale antidopage a vu poindre depuis plusieurs mois la défiance du mouvement sportif qui, depuis son bastion suisse, lui reproche de préférer jouer les maîtres d'école pointant les cancres du doigt plutôt que d'être l'instigatrice des programmes antidopage. En vertu du Code mondial antidopage, les fédérations internationales sportives sont tenues de contrôler leurs champions, mais toutes n'ont pas les moyens financiers dont dispose le football (Fifa) ou le cyclisme (UCI) qui, à lui seul, dépense 7,5 millions d'euros par an dans son combat antidopage. Cette défiance a pris la forme d'une lettre envoyée mi-août à l'AMA par le CIO, dans laquelle le Comité international olympique fixe clairement ses attentes, telles que le mouvement sportif les a formulées lors d'une réunion spéciale en mai dans la maison olympique des bords du Lac Léman. "L'AMA doit être à la fois une organisation de contrôle de la conformité et un fournisseur de services pour ses composantes", lui rappelle d'entrée le CIO dans ce document dont l'AFP a obtenu copie. "L'AMA devrait être le centre de compétences et de connaissances de la lutte contre le dopage, qui coordonne et gère de manière efficace un système antidopage intégré et fournit soutien et assistance à toutes les parties prenantes dans ce contexte", poursuit-il. Entre les lignes, le mouvement sportif invite la direction de l'AMA à changer d'attitude: plutôt que menacer d'une exclusion en cas de non conformité au Code mondial antidopage, l'AMA devrait considérer cette non conformité comme "le résultat indésiré d'un manque de soutien" de l'Agence aux fédérations. Un nouveau président Et le mouvement sportif de rappeler à l'Agence l'impact que peuvent avoir ses décisions sur les ressources des fédérations, l'invitant à "garder à l'esprit que tous les fonds passés dans l'antidopage réduisent d'autant ceux disponibles pour le développement du sport". Pour les gouvernements par contre, il n'est pas question que l'AMA soit amené à suppléer les déficiences du mouvement sportif et le dédouane ainsi de ses responsabilités en matière de lutte antidopage. Aussi penchent-ils plutôt pour que l'Agence soit avant tout une autorité de régulation et de contrôle, chargée de vérifier que les différents acteurs, à tous les niveaux, soient bien en conformité avec les principes du Code mondial antidopage. Un changement de cap est d'autant plus attendu que l'Agence s'apprête à changer de président en novembre. Selon le principe de l'alternance dans le duo exécutif entre ses deux composantes, le Britannique Craig Reedie, le candidat proposé par le CIO, doit succéder à l'ancien ministre australien John Fahey, qui était le candidat représentant les gouvernements il y a 6 ans. Son élection aura lieu lors de la Conférence mondiale sur le dopage dans le sport à Johannesbourg du 12 au 15 novembre, où la question du rôle de l'Agence reviendra forcément sur la table. stp/ol/chc

(AFP)

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