01.05.2013 à 11:48

TortureL'alimentation forcée à Guantanamo jugée inacceptable

Le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme s'insurge contre l'alimentation forcée de détenus, une pratique actuellement en cours dans la prison américaine de Guantanamo.

Un nombre croissant de détenus de Guantanamo sont en grève de la faim.

Un nombre croissant de détenus de Guantanamo sont en grève de la faim.

Keystone

«Si c'est perçu comme un acte de torture ou un traitement dégradant - et c'est le cas, c'est douloureux -, alors c'est interdit par la loi internationale», a déclaré un porte-parole du Haut Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme, Rupert Colville.

L'ONU a sévèrement jugé mercredi l'alimentation forcée des détenus en cours à Guantanamo, où un nombre croissant de détenus sont en grève de la faim. Pour lui, cette pratique n'est «jamais acceptable».

Il faisait référence notamment à la convention contre la torture et autres peine ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.

Sur la question de l'alimentation forcée, l'ONU suit les directives de l'Association médicale mondiale (AMM), organisation internationale de médecins fondée en 1947 pour assurer les plus hautes normes possibles en matière d'éthique et de soins et qui compte les Etats-Unis parmi sa centaine de membres.

«Traitement inhumain»

Dans sa Déclaration de Malte, l'AMM écrit que «même dans un but charitable, l'alimentation accompagnée de menaces, de coercition et avec recours à la force ou à l'immobilisation physique est une forme de traitement inhumain et dégradant», rappelle Rupert Colville.

«Tout autant inacceptable est l'alimentation forcée de certains détenus afin d'intimider ou de contraindre les autres grévistes de la faim à cesser de jeûner», ajoute le document, cité par le porte-parole de l'ONU.

L'AMM précise que «l'alimentation artificielle peut se justifier sur le plan éthique si les grévistes de la faim l'acceptent. On peut aussi l'accepter si des personnes privées de leurs capacités n'ont pas laissé d'instructions préalables basées sur leur libre arbitre».

Jugement conscient

Les directives de l'AMM pour la prise en charge des grévistes de la faim prévoient que lorsqu'un prisonnier refuse toute nourriture et que le médecin estime que celui-ci est en état de formuler un «jugement conscient et rationnel» quant aux conséquences qu'entraînerait son refus de se nourrir, il ne doit pas être alimenté artificiellement.

En outre, la décision en ce qui concerne la capacité du prisonnier à exprimer un tel jugement doit être confirmée par au moins un deuxième médecin indépendant. Le médecin doit par ailleurs expliquer au prisonnier les conséquences que sa décision de ne pas se nourrir pourrait avoir sur sa santé.

En Suisse, dans le cas de Bernard Rappaz, l'Académie suisse des sciences médicales (ASSM), les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) et plusieurs organisations avaient vivement critiqué en septembre 2010 la décision du Tribunal fédéral (TF) d'autoriser l'alimentation forcée du prisonnier si sa vie était en danger.

(ats)

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