Xénophobie: L'Allemagne se mobilise contre les actes racistes
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XénophobieL'Allemagne se mobilise contre les actes racistes

Angela Merkel est montée au créneau pour dénoncer les manifestations d'extrême droite suite à la destruction d'un foyer pour réfugiés.

A Heidenau, des réfugiés assis autour d'un symbole de paix.

A Heidenau, des réfugiés assis autour d'un symbole de paix.

Keystone

De la chancelière Angela Merkel aux autorités régionales, le mot d'ordre était à la mobilisation mardi 25 août face à la multiplication des actes de xénophobie, sur fond d'afflux record de migrants en Allemagne et après la destruction d'un futur foyer pour réfugiés par un incendie suspect.

A l'issue des violences qui ont opposé pendant le week-end policiers et militants d'extrême droite protestant contre un foyer de réfugiés à Heidenau (Saxe, est), Angela Merkel est montée au créneau, comme nombre de médias la pressaient de le faire.

Elle doit se rendre sur place mercredi, a annoncé son porte-parole. Ce sera sa première visite dans un foyer de réfugiés depuis le début de la crise migratoire européenne dans laquelle l'Allemagne est en première ligne.

La chancelière avait condamné lundi les violences «abjectes» des militants d'extrême droite, considérant «tout aussi honteux que (...) même des familles avec enfants les soutiennent».

Mme Merkel était critiquée dans la presse pour son manque d'empressement à se saisir de ce dossier, alors que son pays s'attend à recevoir 800.000 demandes d'asile en 2015, soit quatre fois plus que l'an dernier.

Mardi, à l'occasion d'un «dialogue avec des citoyens» dans la Ruhr industrielle (ouest), elle a de nouveau plaidé pour que les demandeurs d'asile soient «répartis de manière équitable en Europe» tout en estimant que l'Allemagne, «plus forte économiquement que d'autres pays», devait prendre une «plus large part» dans cet accueil.

Berlin a dans le même temps annoncé avoir cessé de renvoyer les demandeurs d'asile syriens vers leur point d'entrée dans l'UE, suspendant l'application du règlement de Dublin, un «acte de solidarité européenne» salué par la Commission.

Les manifestants d'extrême droite n'ont «pas leur place dans la rue mais devant les tribunaux», a martelé mardi matin le ministre de la Justice Heiko Maas, sur la chaîne de télévision publique ARD, excluant par ailleurs l'établissement de périmètres de sécurité autour des centres d'accueil de réfugiés.

Le parti social-démocrate (SPD), formation du vice-chancelier Sigmar Gabriel, a de son côté assuré qu'il ne dévierait «pas d'un millimètre» de sa ligne sur les réfugiés, malgré l'afflux de messages xénophobes. Le siège berlinois du parti a dû être brièvement évacué après une alerte à la bombe, jugée «pas sérieuse» par la police.

Le ministre de l'Intérieur Thomas de Maizière, en visite dans un centre de réfugiés à Friedland (centre), a quant à lui salué le travail effectué sur place, affirmant, selon l'agence allemande de presse DPA vouloir montrer à «l'opinion allemande que malgré l'ampleur du défi, il y a de nombreuses situations dans lesquelles les choses marchent bien».

Parallèlement à la visite de Mme Merkel, le président allemand Joachim Gauck se rendra mercredi en début de matinée dans un foyer à Berlin, pour «s'informer de la situation des réfugiés et du travail des services d'aide».

Cette mobilisation des autorités intervient après la destruction par un incendie suspect, dans la nuit de lundi à mardi, d'un gymnase qui devait accueillir quelques 130 réfugiés à Nauen (nord-est), à environ 20 km de la capitale. Personne n'a été blessé.

«Ils (les extrémistes) ne nous empêcheront pas d'accueillir des gens dans l'adversité», a déclaré à l'AFP le ministre brandebourgeois de l'Intérieur Karl-Heinz Schröter, relevant que des indices laissaient penser à «un incendie volontaire». En début de soirée, environ 300 habitants de la ville ont manifesté pour plus de tolérance, d'après DPA.

Par ailleurs, la police a indiqué lundi soir avoir interpellé à Berlin pendant le week-end deux militants néonazis âgés de 32 et 37 ans, l'un des deux ayant été accusé d'avoir uriné sur deux enfants parce qu'ils étaient étrangers.

«Racaille de demandeurs d'asile», ont notamment déclaré les deux hommes, salut nazi à l'appui, selon le journal Bild qui lançait par ailleurs en une l'appel suivant à ses lecteurs : «Aidons les réfugiés !».

Dans le nord, la maison de Til Schweiger, star du cinéma en Allemagne et ayant joué pour Quentin Tarantino, a été placée sous surveillance, après l'incendie de sa clôture et l'intrusion d'inconnus dans son jardin. Le comédien s'est publiquement engagé en faveur de l'accueil des réfugiés ce qui lui a valu de recevoir de nombreux commentaires racistes sur sa page Facebook.

elr-cfe/bds

(AFP)

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