20.04.2017 à 10:55

UDCL'amabilité d'Albert Rösti passe de plus en plus mal

Le président de l'UDC est gentil. Trop gentil. Ce qui commence à poser un problème à son parti à l'opposé de son style.

par
Christine Talos
Le président de l'UDC Albert Rösti fêtera ses 50 ans en août.

Le président de l'UDC Albert Rösti fêtera ses 50 ans en août.

Keystone

Le 23 avril 2016 exactement, Albert Rösti prenait les rênes de l'UDC. Il succédait à la présidence du parti à Toni Brunner. Un an plus tard, le Bernois suscite de nombreuses critiques. En cause, sa trop grande gentillesse, rapportent jeudi le Tages-Anzeiger et le Bund, au point que l'UDC se prend à regretter la fougue et le mordant du Saint-Gallois.

Le front est plissé, une petite veine bat sur sa tempe, ses yeux se rétrécissent et la voix qui s'emballe un peu: tel est Albert Rösti quand il est colère, décrit ainsi le quotidien alémanique. Mais cette colère est très rare chez lui. Elle n'est même apparue qu'une seule et unique fois en public, se souvient le journal. C'était lorsqu'il avait pris la parole au Conseil national lors du débat sur la non-application de l'initiative contre l'immigration de masse l'automne dernier.

«Ce terme est devenu une insulte»

Cette placidité vaut au Bernois d'être taxé de «gentil» au sein de l'UDC. Ce qui énerve justement l'intéressé. «Ce terme est presque devenu une insulte pour moi», confie Albert Rösti au Tagi, entre deux bouchées de cordon-bleu au Café fédéral de la Bundesplatz de Berne. Mais il se justifie en expliquant qu'il suit clairement la ligne du premier parti du pays. Et qu'il n'y a pas besoin de crier sur ses adversaires politiques pour expliquer ses positions.

Le Tages-Anzeiger et le Bundsoulignent que son besoin de conciliation et d'harmonie est tel en cas de bataille, qu'il est allé jusqu'à présenter des excuses aux participants d'un débat de l'émission alémanique Arena.

Le naturel poli et aimable du Bernois sont à la fois ses principales forces et faiblesses. Cela facilite la recherche de compromis au sein d'un parti souvent intransigeant et aide souvent l'UDC à rallier la base de ses membres, des membres échaudés par les prises de positions parfois extrêmes de ses anciens dirigeants.

Un style opposé à celui de l'UDC

Voilà pour les aspects positifs. Car à contrario, le tempérament d'Albert Rösti ne suffit pas à maintenir l'UDC sur la voie du succès, estiment plusieurs quotidiens alémaniques. Qui rappellent que si le parti est devenu si puissant, c'est parce qu'il a su justement fustiger et provoquer, parfois au-delà des limites. Un style totalement opposé au caractère du Bernois.

Mais, Albert Rösti se défend: «C'est ma principale difficulté: j'ai reçu un héritage difficile. Après un 2e siège au Conseil fédéral, et 29,7% des votes, je ne peux pratiquement qu'être perdant en tant que président.» Il reconnaît aussi n'avoir jamais mesuré les conséquences d'avoir un Romand (ndlr: Guy Parmelin) au sein du Conseil fédéral. Et d'avoir sous-estimé la quantité du travail à accomplir au sein de la base dans les cantons francophones.

Et les critiques se font sentir de plus en plus à l'interne notamment sur le dossier de la Stratégie énergétique 2050 soumise au peuple le 21 mai prochain, un projet que combat l'UDC. Car Albert Rösti cumule les conflits d'intérêts. Il préside par exemple l'association suisse pour l'aménagement des eaux qui est en faveur du texte de Doris Leuthard. Mais il est aussi à la tête d'autres associations qui sont opposées au projet.

Ambitions fédérales

Or il est mal vu au sein de l'UDC de cumuler ainsi les mandats. Albert Rösti a les doigts dans trop de pots de miel, critique ainsi un collègue de fraction. Un autre se demande comment le Bernois arrive à tout gérer, puisqu'il est encore président de la commune de Uetendorf (BE) et possède plusieurs mandats dans divers conseils d'administration et fondations.

Et plusieurs de ses camarades de parti expliquent: Albert Rösti viserait le Conseil fédéral, selon eux. Mais il manque de mordant pour y arriver, estiment-ils. Pour l'un deux, le Parlement ne voudra en plus jamais encore un Bernois au sein du Collège. Pourtant le principal intéressé dément: la probabilité de devenir conseiller fédéral est si petite qu'un homme politique ne devrait jamais y songer. «Et je me sens à l'aise dans mon rôle de président de parti. »

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