Cold case: L'Amérique replonge dans le mystère du «Pizza Bomber»

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Cold caseL'Amérique replonge dans le mystère du «Pizza Bomber»

Un documentaire rouvre le dossier sur le braquage de banque le plus étranges des annales judiciaires américaines.

C'est le braquage de banque le plus étrange des annales judiciaires américaines: le 28 août 2003, une succursale de la PNC en Pennsylvanie est attaquée par un livreur de pizza portant une bombe cadenassée autour de son cou. Interpellé peu après, l'homme meurt dans l'explosion de l'engin.

Sortie ce mois-ci, une série documentaire de Netflix repose une question brûlante qui hante depuis 15 ans les Etats-Unis: Brian Wells, qu'on a surnommé «Pizza Bomber», était-il complice dans ce vol armé, ou a-t-il agi sous la contrainte selon un scénario machiavélique?

Les quatre épisodes de «Evil Genius», réalisés par Barbara Schroeder et Trey Borzillieri, se dévorent comme un polar. Ils décortiquent l'incroyable série d'énigmes survenue il y a 15 ans à Erie, une ville de la région des Grands Lacs.

Collier métallique

Il y a d'abord ce braquage aux caractéristiques inédites: Brian Wells fait irruption dans l'agence de la PNC en s'appuyant sur une canne, en fait une arme à feu artisanale: du jamais vu. Son cou est entouré d'un collier métallique doté de cadenas et d'un minuteur. Là aussi, il est rarissime d'utiliser des explosifs pour braquer une banque.

L'homme de 46 ans exige 250'000 dollars, mais les employés ne lui en remettent que 8000. Dans sa main, il tient des instructions manuscrites lui ordonnant de se rendre à divers endroits pour collecter les clés ouvrant les cadenas cernant son cou.

Mort téléguidée

Mais la diabolique chasse au trésor n'a pas lieu: le braqueur est interpellé près de la banque, puis menotté. Découvrant son collier piégé, les policiers s'écartent, le tenant en joue. La scène a été filmée et diffusée ensuite par les télévisions du monde entier. «J'ignore le temps qu'il me reste», déclare aux agents Brian Wells, qui affirme être tombé dans un guet-apens en livrant ses pizzas.

«Je ne mens pas», ajoute l'homme assis sur la chaussée. «Cela va exploser». Le collier infernal se met à biper, aggravant sa nervosité. Puis se produit la détonation fatale. Afin de récupérer l'engin létal, les policiers se résoudront à décapiter la victime. Dans les jours suivants, des faits inquiétants se produisent à Erie: Robert Pinetti, un ex-collègue de Wells, est retrouvé mort à son domicile, apparemment d'une surdose. Puis un homme, Bill Rothstein, prévient la police de la présence d'un corps dans son réfrigérateur.

Ce cadavre est celui de James Roden, le petit ami de Marjorie Diehl-Armstrong, une femme qui «manipule les gens», avertit Rothstein.

Celle-ci, qui fut une étudiante belle et brillante, souffre de troubles bipolaires. Deux décennies auparavant, elle avait déjà assassiné son compagnon d'alors, obtenant ensuite son acquittement au tribunal.

Selon un toxicomane nommé Kenneth Barnes, elle a cette fois planifié le braquage pour réunir des fonds devant servir à financer un tueur à gages chargé d'éliminer son propre père, à qui elle reprochait de dilapider son héritage. Rothstein aurait lui conçu la bombe.

Marjorie Diehl-Armstrong est donc le «génie maléfique» du docu-série de Netflix. Obsédé par sa personnalité, le co-réalisateur Trey Borzillieri a durant plus de dix ans communiqué par écrit et par téléphone avec Marjorie, pour comprendre la mort de Brian Wells.

«Au début, tout comme les habitants d'Erie et la police, je pensais qu'il était impliqué dans l'affaire. Je l'ai longtemps cru», confie-t-il à l'AFP. «Mais au final je crois en son innocence».

La très longue enquête de la police fédérale a elle conclu à une association de malfaiteurs dans laquelle Wells avait un rôle secondaire.

«Jeu diabolique»

«Je crois que l'objectif pour eux était d'abord de se faire de l'argent», explique dans «Evil Genius» l'agent spécial du FBI Jerry Clark. «Mais c'est devenu un jeu diabolique, insensé».

Décédée en détention d'un cancer le 4 avril 2017, Marjorie Diehl-Armstrong a également captivé la journaliste Barbara Schroeder.

«Elle est parfois agressive et peu engageante», explique à l'AFP la réalisatrice, mais «jamais je n'ai été autant fascinée par une femme».

Le dernier épisode de «Evil Genius» livre une clé vraisemblable au mystère du «Pizza Bomber», sous la forme d'un témoignage inédit d'une prostituée, Jessica Hoopsick. Cette ancienne amie de Brian Wells, disant souhaiter réhabiliter sa mémoire, confesse avoir été payée par le clan Marjorie afin de recruter une personne suffisamment influençable pour commettre le braquage. Elle a suggéré le nom du livreur de pizza. «Il n'avait aucune idée de ce qui allait lui arriver», avoue-t-elle.

(AFP)

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