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BDL'apocalypse sera tragicomique et bleue, selon Bilal

Dans sa série «Bug», l'auteur imagine un futur où tout ce qui est numérique disparaît. Et ça met un sacré bordel sur Terre!

par
Michel Pralong
Kameron Obb a un intrus dans son corps, toutes les données numériques du monde dans son cerveau et une tache bleue qui envahit son visage.

Kameron Obb a un intrus dans son corps, toutes les données numériques du monde dans son cerveau et une tache bleue qui envahit son visage.

Bilal/Casterman

Et si la technologie du numérique tombait en panne d'un coup, que tous les disques durs du monde se vidaient, que tous les dispositifs qui en dépendent s'arrêtaient? «Voilà, en une fraction de seconde, la pensée qui m'a traversé l'esprit», nous explique Enki Bilal pour évoquer la genèse de sa série «Bug», dont le livre 2 sort ce 17 avril. «Il faut imaginer ensuite les conséquences que cela peut avoir et c'est là que cela devient devient intéressant.»

En envahissant le corps du spationaute Kameron Obb de retour de Mars, une bestiole extraterrestre, sorte d'insecte (bug), provoque la plus grosse panne informatique de l'histoire de l'humanité. Et toutes les données disparues se retrouvent stockées dans le cerveau du héros. Qui hérite également au passage d'une tache bleue qui s'étend sur son visage. Autant dire que le retour du bonhomme est très attendu sur Terre: ce qu'il a dans la tête a une valeur inestimable, qui aiguise les appétits des plus nobles philantropes aux plus pitoyables mafieux.

Vieillards à la rescousse

La fille de Kameron Obb a été enlevée par des mafieux pathétiques. Bilal/Casterman

La fille de Kameron Obb a été enlevée par des mafieux pathétiques. Bilal/Casterman

Des futurs qui déchantent, Bilal en a déjà imaginé pas mal dans ses précédentes séries, de «La trilogie Nikopol» à celle de «Coup de sang». Mais même si son regard ne manquait pas alors d'une certaine ironie, jamais son ton n'a été aussi léger que dans «Bug». «Oui, c'est une tragicomédie, qui devrait se boucler en 5 actes. J'en connais déjà la fin, mais je me laisse emporter par les événements et les personnages. Je m'amuse beaucoup à imaginer des gangsters devoir faire appel à un vieillard incontinent, sourd et presque aveugle pour leur servir de chauffeur, car c'est le seul qu'ils ont trouvé qui sache encore conduire une voiture mécanique non numérique.» Les vieux seront-ils l'avenir de l'homme?

Humanité en panne de mémoire

Car sous couvert d'aventure trépidante, «Bug» pose aussi des questions essentielles. Qu'est devenue la mémoire dans une civilisation qui archive tout numériquement, que saurions-nous encore faire si nous n'avions plus accès à ces données? Bilal s'amuse de l'orthographe perdue des geeks et fait resurgir des idéologies disparues qui se mélangent entre elles. «L'humanité devrait profiter de cette table rase pour créer quelque chose de nouveau, mais elle a du mal. Même les femmes qui ont saisi l'occasion pour prendre les commandes semblent vouloir réessayer des recettes du passé. S'en sortiront-elles mieux que les hommes? On verra.»

Bilal explique que ces deux premiers tomes sont une mise en situation, un état des lieux. «Cela va se corser dans les suivants, Obb va devoir utiliser ses super pouvoirs. En bien, en mal?» Mais pourquoi l'auteur, qui réalise chaque dessin séparément, comme un tableau, puis les assemble numériquement (!), a-t-il choisi pour une fois un petit format d'album? «Parce que je trouve qu'il convient parfaitement à ce récit et la série est visuellement plus sobre que d'habitude. J'ai privilégié la fluidité narrative à l'esbrouffe graphique.»

Adaptée en série télé

Bilal travaille en parallèle avec le romancier et scénariste Dan Franck («Carlos», «Les hommes de l'ombre») à l'adaptation de «Bug» en série télé. La première saison de six épisodes devrait être diffusée par France Télévisions en 2020.

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