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Hockey sur glaceL'appel à l'aide du chef des arbitres

Suite aux deux erreurs de jugement qui ont influencé la lutte autour de la barre, «Le Matin» a contacté Reto Bertolotti. Qui relance un signal envers les clubs.

par
Thomas Dayer
Reto Bertolotti espère recevoir un écho positif de la part des clubs.

Reto Bertolotti espère recevoir un écho positif de la part des clubs.

Keystone

Un but non accordé, qui aurait pourtant dû l'être, lors du duel entre les Langnau Tigers et Bienne. Un but validé, qui n'aurait pourtant pas dû l'être, lors du match entre Bienne et GE Servette. Deux erreurs de jugement commises après consultation des images vidéo, par deux arbitres différents dont la bonne conscience ne peut être mise en doute. Deux erreurs qui influencent directement la lutte autour de la barre – autrement dit, le combat pour un sésame qualificatif en vue des play-off.

Logiquement, un lésé se plaint: GE Servette. Son manager, Chris McSorley, a envoyé un courrier électronique à la Ligue nationale. Il le confiait dans notre édition d'hier: «J'y fais savoir que j'exige, à l'avenir, qu'un arbitre soit sûr à 100% de la décision qu'il prend après avoir consulté la vidéo. Ce genre de cas ne doit plus se produire. C'est tellement dommageable pour l'image de notre sport.»

Contacté par «Le Matin», Reto Bertolotti ne se défile pas: «Il est vrai qu'un but peut influencer le cours d'un match et du championnat. Il faut donc donner les moyens aux arbitres de limiter leur risque d'erreur. Ils ne prennent pas de fausses décisions par pur plaisir. Leur objectif est de prendre des décisions justes.»

Le chef de la corporation arbitrale ne peut que rappeler que les deux zébrés ont suivi le protocole. Ils ont pris une première décision sur la glace, au plus près de leur jugement dans le feu de l'action. «Et comme les images ne leur permettaient pas avec une certitude absolue de se déjuger, ils en sont restés à leur première opinion», justifie Reto Bertolotti.

Raisons financières

La discussion ne date pas d'aujourd'hui; elle a débuté il y a plusieurs années déjà. Un premier pas dans la bonne direction consisterait à mettre à disposition du directeur de jeu toutes les images produites pour la télévision, et non seulement celles émanant de la caméra située derrière les buts. Les différents angles ainsi analysés amoindriraient la menace d'un mauvais jugement. Le hic? Les dirigeants des clubs ont balayé presque à l'unanimité un tel projet la dernière fois qu'il leur a été proposé. C'était lors de l'assemblée du 17 novembre 2010. Seul Ambri s'était abstenu. Guère étonnant: le club léventin venait tout juste d'être lésé par une telle erreur.

Le statu quo avait été préféré pour des raisons financières. Selon les variantes proposées, chaque club aurait dû investir de 15?000 à 20?000 francs par saison. Le montant, tributaire des droits télévisuels, a varié depuis cet épisode. «Mais tant que les clubs ne sont pas prêts à avancer, mes mains sont liées, regrette Reto Bertolotti. Tout ce que je peux faire, c'est remettre ça sur le tapis, encore et encore. Cela dit, je comprends bien que les prix élevés puissent dissuader les clubs.»

Et la présence d'un juge vidéo indépendant, comme sur les compétitions internationales de l'IIHF, aurait-elle pu changer quoi que ce soit en offrant un avis extérieur à la glace? Reto Bertolotti occupe cette fonction sur différents tournois. «Mais cela n'aurait rien changé dans les cas qui nous occupent, lâche-t-il. L'arbitre aurait fait appel au juge vidéo et lui aurait demandé si le puck avait franchi la ligne. Le juge vidéo aurait répondu être dans l'impossibilité de le déterminer avec une certitude absolue, car les impressions de l'esprit ne comptent pas, il faut être en mesure de le voir clairement. Seuls d'autres angles, ou une caméra au-dessus du but, voire une indication du temps de jeu (ndlr: à Langnau) auraient pu être efficaces.»

Une fois encore, il faut le rappeler: une Ligue est un tout vivant de ses parties, de ses clubs. Ce sont eux, démocratiquement, qui la dirigent. Ce sont leurs dirigeants qui doivent favoriser les réformes qui leur semblent primordiales.

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