Actualisé 09.05.2020 à 02:00

En Argentine, délai dépassé pour l'accord sur la dette

Amérique latine

Malgré l'expiration du délai, l'Argentine va négocier jusqu'au 22 mai avec ses créanciers pour éviter le défaut de paiement.

Martin Guzman, le ministre de l'Economie argentin.

Martin Guzman, le ministre de l'Economie argentin.

AFP

Le délai de l'Argentine pour trouver un accord sur la restructuration de la dette avec ses créanciers internationaux et s'éviter ainsi un défaut de paiement a expiré vendredi sans annonce officielle, mais les négociations se poursuivent jusqu'au 22 mai. Ce délai avait été fixé par le gouvernement de centre-gauche d'Alberto Fernandez à la mi-avril.

«Une partie de nos créanciers ont déjà accepté notre offre. L'Argentine maintient le dialogue», s'est contenté de déclarer à la presse vendredi son ministre de l'Economie, Martin Guzman. «La prochaine échéance des obligations est le 22 mai. C'est seulement à cette date, si l'Argentine n'honore pas le paiement, qu'elle peut être considérée en défaut», a expliqué à l'AFP Hernan Letcher, directeur du Centre d'économie politique argentin (CEPA).

«10 jours difficiles»

L'Argentine aura «10 jours difficiles», mais le gouvernement «est optimiste, car beaucoup dans le monde disent que l'offre est absolument rationnelle», a déclaré à l'AFP un haut responsable gouvernemental qui a requis l'anonymat. «Nous allons faire tout notre possible (pour trouver une solution) sans hypothéquer le présent et l'avenir des Argentins», a-t-il déclaré. De son côté, la directrice du Fonds monétaire international (FMI), Kristalina Georgieva, a déclaré qu'il y avait «encore du temps pour les négociations en cours», dans des déclarations à la presse.

L'Argentine avait manqué le 22 avril une échéance de 500 millions de dollars (485,5 millions de francs) liée à sa dette, invoquant un délai de grâce d'un mois dont elle s'est prévalue en attendant une réponse de ses créanciers à son offre. Les négociations portent sur une restructuration de 66 milliards de dollars (64,1 milliards de francs) en titres émis sous juridiction internationale. L'offre de Buenos Aires à ses créanciers comporte une décote de 62% sur les intérêts, soit 37,9 milliards de dollars (36,8 milliards de francs), et de 5,4% sur le capital, soit 3,6 milliards (3,5 milliards de francs).

Soutien d'économistes

L'Argentine demande également un moratoire de trois ans, ce qui impliquerait aucun paiement jusqu'en 2023. Trois groupes majeurs de détenteurs de titres argentins ont d'ores et déjà rejeté cette proposition, estimant qu'elle impliquait pour les créanciers internationaux «des pertes disproportionnées».

Malgré ce rejet, le gouvernement a maintenu son offre, mais Martin Guzman s'est montré ouvert à toute contre-proposition, à condition qu'elle respecte «les limites de ce qui est considéré comme viable». Les marchés financiers ont donné un signal positif: le Merval, principal indice de la Bourse de Buenos Aires, a clôturé en hausse de 0,93% vendredi et de 9% sur la semaine, les actions des sociétés locales cotées à Wall Street augmentant de 11%.

Les lauréats du prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz et Edmund Phelps soutenus par plus de 135 économistes prestigieux ont exhorté mercredi les créanciers de l'Argentine à accepter l'offre «responsable» du gouvernement. «L'allègement de la dette est le seul moyen de lutter contre la pandémie et de placer l'économie (argentine) sur une voie durable», ont-ils insisté.

L'Argentine, en récession depuis deux ans, est confinée depuis le 20 mars et subit, comme l'ensemble des pays touchés par le coronavirus, un lourd impact sur son économie. Le pays sud-américain avait connu en 2001 le plus grand défaut de paiement de l'histoire, portant sur 100 milliards de dollars.

(AFP)

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