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TensionsL'armée égyptienne dépendante de Washington

Des dizaines de milliards de dollars d'aide, des générations d'officiers formés outre-Atlantique... Avec la proximité établie en plus de trente ans avec l'armée égyptienne, les Etats-Unis espèrent aujourd'hui faire entendre leur voix.

L'armée égyptienne.

L'armée égyptienne.

AFP

«Depuis 1979, l'Egypte est le plus gros bénéficiaire, après Israël, de l'aide bilatérale américaine», rappelle le Service de recherche du Congrès (CRS) dans un rapport, qui chiffre à plus de 68 milliards de dollars (plus de 65 milliards de francs suisses) le soutien américain.

Cette aide est essentiellement militaire: 1,3 milliard de dollars pour 250 millions d'aide économique en 2013. Elle est destinée à ancrer l'Egypte dans la paix avec Israël et à faire du Caire un pivot de la politique arabe des Etats-Unis tout en garantissant les droits de passage pour les navires de l'US Navy dans le stratégique canal de Suez.

La loi américaine oblige le gouvernement à cesser son aide en cas de coup d'Etat, mais la Maison Blanche, qui évite d'employer ce terme, a annoncé lundi que «cela ne serait pas dans (l')intérêt» américain de la suspendre à court terme.

L'aide américaine vitale à l'armée

L'importance du soutien américain est telle qu'il couvre près de 80% des dépenses d'équipement de l'armée égyptienne et près du tiers de son budget, selon le CRS.

Un autre levier utilisé par Washington provient de la formation d'officiers égyptiens dans les écoles américaines. A commencer par l'homme fort du Caire, le général Abdel Fattah al-Sissi, et le chef d'état-major de l'armée Sedki Sobhi, qui ont passé un an, respectivement en 2006 et 2004, à l'US Army War College.

«Les deux plus hauts responsables militaires en Egypte en ce moment ont des liens avec l'armée américaine», observe Stephen Gerras, qui fut le professeur du général al-Sissi.

Discussions «très franches»

Près d'une centaine d'officiers sont envoyés chaque année dans les diverses écoles militaires américaines. Entre 2000 et 2009, ils ont ainsi été plus de 11'500, soit 2,5% du corps des officiers égyptiens, affirme Gregory Aftandilan dans une étude de l'Institut d'études stratégiques (SSI), dépendant du War College.

Le Pentagone n'a pas manqué de faire savoir que le secrétaire à la Défense Chuck Hagel s'est entretenu pas moins de quatre fois par téléphone avec le général al-Sissi, entre vendredi et dimanche après-midi et eu de «longues et très franches» conversations avec lui.

Le plus haut gradé américain, le général Martin Dempsey a cependant reconnu dans un entretien à CNN n'avoir que peu de visibilité: «Je ne sais pas exactement ce qu'ils vont faire».

«Des conséquences»

Le chef d'état-major interarmées américain s'est entretenu à plusieurs reprises avec ses collègues égyptiens. «J'ai confiance dans le fait que nous avons une relation suffisamment étroite pour qu'ils écoutent».

«Au bout du compte, c'est leur pays et ils trouveront leur chemin, mais il y aura des conséquences si c'est mal géré».

(ats)

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