Suisse: L'armée redoute une pénurie de pilotes
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SuisseL'armée redoute une pénurie de pilotes

Les forces aériennes suisses savent qu'elles auront tôt ou tard de nouveaux avions de combats. Mais elles ne savent pas qui pourra les piloter.

par
Pascal Schmuck
Zurich
Le divisionnaire Bernhard Müller (à gauche) lance un avertissement. Le problème de la relève et de la formation est récurrent au sein des Forces aériennes suisses.

Le divisionnaire Bernhard Müller (à gauche) lance un avertissement. Le problème de la relève et de la formation est récurrent au sein des Forces aériennes suisses.

Keystone

L'acquisition des nouveaux avions de combats de la Confédération occupe aussi bien le Département fédéral de la défense de la protection de la population et des sports (DDPS) que le Parlement fédéral. Mais les Forces aériennes suisses (FAS) se demandent si elles auront assez de pilotes pour les faire voler.

Les pilotes de milices, homologués sur les Tiger F-5, ne sont pas autorisés à prendre les commandes des F/A-18. Il est donc peu probable qu'ils puissent s'asseoir dans le cockpit des futurs appareils, nettement plus modernes et complexes à piloter.

Le problème de la relève

Le problème n'a pas échappé au divisionnaire Bernhard Müller, chef de l’engagement des forces aériennes et remplaçant du commandant des FAS. «Pour le moment, nous pouvons recruter assez de pilotes militaires. Mais à l'horizon de 2022 ou de 2025, selon la disponibilité et la quantité des nouveaux avions, je me pose des questions», s'est-il interrogé dans un rapport d'Aerosuisse, la Fédération faîtière de l'aéronautique et de l'aérospatiale suisse

Le problème de la relève et de la formation est récurrent au sein des FAS. Bernhard Müller avait déjà dressé un portrait bien sombre dans les colonnes de la Luzerner Zeitung à la fin septembre 2013. Il expliquait que l'armée avait besoin de 16 nouveaux pilotes chaque année.

La question des salaires

Les défis des FAS sont résumés par Thomas Hurter, ex-pilote militaire, conseiller national UDC et président d'Aerosuisse. «Il y a tout d'abord les salaires, puisqu'un pilote civil démarre sa carrière avec 85'000 francs par an. Viennent ensuite le harcèlement incessant contre l'armée ou encore les incertitudes financières.»

La différence avec un pilote militaire n'est toutefois pas flagrante puisque ce dernier, une fois breveté et incorporé, perçoit une rémunération de base de 82'000 francs, a précisé à Tamedia Suisse Romande la porte-parole de l'armée Delphine Allemand. «Les conditions ne sont bien entendu pas les mêmes et dans l'armée, un pilote formé commence sa carrière à l'âge de 27 ans tandis qu'il la démarre plus tôt dans le civil», a-t-elle ajouté.

Six pilotes formés par an

Thomas Hurter ne croit pas que la série noire des FAS, endeuillées par une série d'accidents, joue le moindre rôle, contrairement aux nouvelles conditions de travail. Être de service 365 jours par an pour la police aérienne, puis dès 2020, être de piquet à toute heure, n'aide pas à séduire, a-t-il indiqué au Blick.

Les FAS forment encore chaque année six pilotes professionnels, bien loin donc des seize réclamés par Bernhard Müller mais le programme Sphair, qui est mandaté par le DDPS pour organiser régulièrement des tests d’aptitude pour pilotes, rappelle que le processus est particulièrement rigoureux. Des 700 jeunes intéressés par la carrière, il n'en reste qu'une poignée au final.

Interférences politiques

Les FAS ont pourtant fait des efforts. La formation a été réduite, passant de plus de cinq ans à trois ans et demi. Les aspirants n'ont plus besoin de subir trois ans de cours dans les sciences de l'aviation, ils sont désormais tout de suite formés au pilotage militaire sur PC-7, avec l'acrobatie et le vol en groupe. Ils suivent ensuite la formation de pilote de ligne durant un an. Il leur faut deux ans supplémentaires pour être homologués sur F/A-18.

Les débats politiques et le rejet par le peuple du Gripen n'ont pas arrangé la situation, comme l'explique le divisionnaire Bernhard Müller. «Si les jeunes désirant faire une carrière dans les forces aériennes se retrouvent coincés, ils rechercheront assurément une option plus sûre dans le secteur privé qui pourra assouvir leur passion pour la technique et l'électronique.»

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