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AsieL'armée thaïlandaise décrète la loi martiale

L'armée thaïlandaise a décrété la loi martiale et déployé des soldats dans Bangkok après des mois de crise et de manifestations ayant fait 28 morts. Washington juge qu'il ne s'agit pas d'un coup d'Etat.

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L'ancien président déchu de Thaïlande a créé, depuis son exil à l'étranger, un groupe d'opposition à la junte miliaire en place depuis son coup d'Etat fin mai. (24 juin 2014)

L'ancien président déchu de Thaïlande a créé, depuis son exil à l'étranger, un groupe d'opposition à la junte miliaire en place depuis son coup d'Etat fin mai. (24 juin 2014)

Keystone
La police récompensera les gens qui prennent en photo les manifestants qui se livrent à toute action antijunte. (23 juin 2014)

La police récompensera les gens qui prennent en photo les manifestants qui se livrent à toute action antijunte. (23 juin 2014)

Keystone
Signe des restrictions de liberté depuis le coup d'Etat du 22 mai; un jeune homme a été interpellé dimanche pour avoir lu le livre «1984» de George Orwell devant un centre commercial de Bangkok. (23 juin 2014)

Signe des restrictions de liberté depuis le coup d'Etat du 22 mai; un jeune homme a été interpellé dimanche pour avoir lu le livre «1984» de George Orwell devant un centre commercial de Bangkok. (23 juin 2014)

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Malgré des craintes d'un nouveau putsch en Thaïlande, l'influente armée a annoncé à l'aube à la télévision que «déclarer la loi martiale n'était pas un coup d'Etat», mais visait «à rétablir la paix et l'ordre public».

Sur la même ligne, les Etats-Unis, alliés militaires de Bangkok, ont souligné que «la loi martiale était autorisée par la Constitution» thaïlandaise, le département d'Etat espérant toutefois que cette mesure d'exception soit «temporaire» et que l'armée «respecte les institutions démocratiques» du royaume.

Des soldats et véhicules militaires ont été déployés dans le centre de Bangkok, dans le quartier des hôtels et chaînes de télévision. Les militaires ont placé des dizaines d'hommes, des véhicules et des points de contrôle près d'une manifestation du groupe pro-gouvernemental des Chemises rouges dans une banlieue de Bangkok.

Pas encore un putsch

«Nous restons sur notre site. Nos positions restent inchangées», a déclaré à l'AFP Jatuporn Prompan, le meneur des Chemises rouges, martelant que son mouvement n'accepterait pas de coup d'Etat, tout en admettant qu'il ne s'agissait «pas encore» d'un putsch.

Les opposants, qui campent devant le siège du gouvernement, espèrent eux la nomination rapide d'un Premier ministre «neutre», qu'ils réclament depuis des mois. Mais le puissant chef de l'armée de terre, le général Prayut Chan-O-Cha, a invité les rivaux politiques à discuter, sans annoncer le renversement du gouvernement intérimaire.

Et le leader des manifestants antigouvernementaux a promis mardi soir de «continuer le combat» pour faire tomber le gouvernement. «Nous allons continuer à nous battre. Nous n'avons pas du tout gagné», a déclaré Suthep Thaugsuban devant ses partisans. «L'annonce de la loi martiale n'a pas d'effet, pas plus qu'elle n'est un obstacle, en ce qui concerne notre combat», a-t-il ajouté devant des centaines de personnes.

L'opposition assure être dans la dernière ligne droite dans son offensive contre le gouvernement, après la récente destitution de la Première ministre Yingluck Shinawatra. Ils l'accusaient d'être la marionnette de son frère, Thaksin Shinawatra, renversé par un coup d'Etat en septembre 2006 et qui reste malgré son exil le facteur de division du pays.

Thaksin s'exprime sur Twitter

Thaksin est sorti de son mutisme sur Twitter, espérant que la loi martiale ne «détruira pas la démocratie».

Le Premier ministre par intérim, Niwattumrong Boonsongpaisan, a appelé l'armée à agir «dans le respect de la Constitution» et a proposé des législatives le 3 août. Ses opposants refusent.

Les inquiétudes sont vives à Bangkok, qui garde en mémoire les quelque 90 morts de 2010, lorsque l'armée, sur ordre du gouvernement de l'époque, avait donné l'assaut contre les Chemises rouges qui occupaient le centre de la capitale.

L'armée a aussi décrété une censure des médias dans l'intérêt de la «sécurité nationale» et privé d'antenne dix chaînes de télévision, dont les très partisanes BlueSky (opposition) et, du côté des progouvernement, AsiaUpdate et UDD, au motif qu'elles risquent de «déformer l'information» et d'«aggraver le conflit».

Coups d'Etat en série

L'histoire de la Thaïlande est émaillée de coups d'Etat (18 réussis ou tentés depuis 1932, date de l'instauration de la monarchie constitutionnelle), le dernier contre Thaksin en 2006.

Mais même si le chef de l'armée de terre a soufflé le chaud et le froid ces derniers mois, l'armée avait refusé jusqu'ici de se laisser entraîner dans la spirale, même quand les manifestants semaient le chaos en occupant ministères et bâtiments publics. Le bilan est de 28 morts en six mois de crise, le plus souvent lors de tirs d'origine inconnue.

Le DFAE invite les voyageurs à la prudence

Le DFAE exhorte les voyageurs se rendant en Thaïlande à la prudence, après l'instauration de la loi martiale. Les visiteurs sont notamment invités à se tenir à l«écart des manifestations et rassemblements politiques. Ils risquent notamment d'être confrontés à des perturbations imprévisibles du trafic dans la région de Bangkok.

Malgré l'intervention de l'armée, il faut s'attendre dans les semaines et mois à venir à d'autres manifestations, attaques et affrontements violents dans tout le pays, et en particulier dans la région de Bangkok, estime le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) sur son site de conseils aux voyageurs.

Des mesures telles que l'interdiction de rassemblement et le couvre-feu pourraient également être imposées, écrit-il. Le DFAE conseille aux voyageurs de suivre les consignes des autorités thaïlandaises.

«Pour savoir si vos projets de voyage sont réalisables, renseignez-vous auprès de votre tour-opérateur et restez en contact avec lui. Renseignez-vous sur place auprès des médias, de vos connaissances, de vos partenaires d«affaires ou du personnel de l'hôtel de la situation et des conditions de déplacement, qui peuvent changer rapidement», ajoute-t-il.

(afp/ats)

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