Polémique: L'art tout nu est combattu

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PolémiqueL'art tout nu est combattu

Le festival de la nudité prévu dans l'espace public biennois a ses détracteurs, qui contestent la subvention municipale.

par
Vincent Donzé

Naked Slow Walk Zagreb (Image Vedran Grladinovic)

Ce ne sont pas une, ni deux, mais 18 troupes professionnelles qui ont annoncé leur participation au festival de la nudité «Body and Freedom», les 21 et 22 août prochains à Bienne. C'est beaucoup trop aux yeux de certains politiciens, qui contestent la subvention de 10'000 francs accordée par la Ville.

«Les passants se verront imposer la vue de ces nus sans rien avoir demandé», s'inquiète la section locale de l'UDC. Selon son vice-président, Mathias Müller, ce festival «tient plus de l'exhibitionnisme que d'un véritable événement artistique d'envergure» et risque de «nuire à la réputation» de Bienne.

«Nous ne cherchons pas la provocation», réagit l'organisateur, Thomas Zollinger. Mais pourquoi se déshabiller? Le directeur du festival retourne la question: «Pourquoi se sentir provoqué?» Dans une intervention, ce sont les passants habillés qui seront observés par des gens nus.

«Moi, je n'aime pas les hommes vêtus de noir, mais je vis avec…» sourit le directeur. Dans ses propres performances, Thomas Zollinger se contente souvent de marcher tout nu. «Mes spectacles se sont épurés. J'ai éliminé les accessoires, puis les vêtements», dit-il, en abordant le thème du corps dans l'espace public.

Un festival de performances entièrement dédié à la nudité dans l'espace public, c'est du jamais-vu. «Spécifiquement et avec autorisation officielle», c'est même une première mondiale, qui fait la fierté de Thomas Zollinger, après cinq ans de négociations avec les autorités.

Rue piétonne «habillée»

Deux galops d'essai sont passés inaperçus, ou presque: l'édition de 2011 était confidentielle et celle de 2014 était amateur. Mais cette année, place au professionnalisme qui autorise des subsides: selon le programme, les 18 projets retenus se veulent «représentatifs de la diversité des avis controversés» au sujet de la nudité.

La rue piétonne la plus commerçante de Bienne restera «habillée», mais dans les rues et la place adjacentes ainsi qu'en vieille ville, il y aura de tout. Un exemple? L'artiste new-yorkaise Miru Kim dormira deux fois pendant six heures, à la croisée de deux rues. La participation du public est souhaitée dans plusieurs projets. On pourra ainsi s'exposer dans un sauna équipé d'une fenêtre panoramique qui permet d'être vu mais pas de voir.

«Je n'irai pas me déshabiller: je suis pudique», indique le directeur de la Culture, Cédric Némitz. Que pense-t-il de la garantie de déficit de 10'000 francs attribuée par son service? «Ce projet répond à nos critères et il ne m'appartient pas de juger son contenu. Mais ce qui correspond à Bienne, c'est une culture alternative, audacieuse et décalée.» Précision de Thomas Zollinger: «Qui voudra éviter les nus pourra le faire», grâce à des affiches placées en bordure de la zone autorisée.

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