21.02.2013 à 11:33

AfSudL'avocat de Pistorius se joue des faiblesses de la police sud-africaine (PAPIER D'ANGLE)

JOHANNESBURG, 21 fév 2013 (AFP) - La réputation de la police sud-africaine a de nouveau été mise à mal jeudi, avec l'éviction du principal enquêteur de l'affaire Pistorius, lui-même accusé de tentatives de meurtre, et déjà déstabilisé la veille par l'avocat du sportif, qui avait pointé une par une les failles de l'enquête.

Jeudi matin, la police de Pretoria avait confirmé une information de presse, selon laquelle l'officier Hilton Botha est sous le coup d'une inculpation pour sept tentatives de meurtre, pour avoir tiré sur un taxi collectif en 2009, alors qu'il était ivre. L'affaire avait d'abord été classé, avant d'être récemment rouverte. Mais l'officier de police n'a pas été suspendu, et on lui a même confié cette affaire hyper-médiatique, où il avait en face de lui l'un des meilleurs avocats du pays. Le parquet a annoncé jeudi matin qu'il était dessaisi Mardi déjà, l'officier avait été bousculé par l'avocat Barry Roux, donnant l'impression au public de la salle d'audience que le dossier de l'accusation s'effondrait pan par pan. Botha avait dû admettre successivement que ses hommes avaient "oublié" de prélever une douille dans la cuvette des toilettes, et étaient entrés dans la maison sans chaussures de protection. Il avait aussi dû reconnaître la faiblesse de témoignages clés. Me Roux a eu beau jeu de noter qu'un témoin, affirmant avoir entendu des cris de dispute dans la nuit, habite à plus de 300 mètres de la maison de Pistorius. Et qu'un autre témoin, affirmant avoir entendu une femme crier entre deux séries de coups de feu, a fait état de cinq ou six tirs, alors que la police affirme que Pistorius n'a tiré que quatre fois. Cette affaire va porter un nouveau coup à l'image de marque de la police sud-africaine, qui passe pour corrompue et peu compétente. Le mauvais exemple est venu de haut, deux des récents chef de la police nationale ont été condamné ou suspendu pour faits de corruption, en 2010 puis 2012. Le massacre de 34 mineurs en grève à Marikana en août a encore terni cette réputation. Mais aucun policier ni responsable n'a démissionné ni été sanctionné à la suite de cet événement, qui a pourtant bouleversé le pays. Le manque de rigueur de la police "est un désastre pour ce procès, et soulève des questions", a commenté l'analyste Frans Cronje, de l'Institut sud-africain des relations entre les races. "Dans une affaire aussi importante, on verrouille tout pour être certain que rien ne peut mal tourner." "15.000 personnes sont assassinées chaque année dans ce pays, et le taux de résolution des enquêtes est de 10%, ce qui donne l'étendue du problème", souligne-t-il. Plusieurs de ses confrères notent en outre que l'affaire Pistorius, qui concerne des célébrités vivant dans un quartier huppé, bénéficie sans doute de beaucoup plus de moyens policiers que n'importe quelle enquête pour un meurtre dans une township. Pour le criminologue et auteur de livres à succès Anthony Altbeker, il faut cependant relativiser les critiques: "De bons avocats peuvent souvent ridiculiser la police", dit-il. "L'enquête n'est pas terminée, il y a encore beaucoup d'inconnues et il y a probablement des éléments que la police ne veut pas révéler" avant le procès, selon lui. L'audience qui se tient cette semaine à Pretoria n'est en effet pas le procès de Pistorius, mais seulement une procédure pour décider d'une éventuelle remise en liberté sous caution. sn-cpb/

(AFP)

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