27.03.2019 à 18:01

ChiliL'Eglise condamnée à indemniser des victimes

Trois victimes d'abus sexuels par un prêtre chilien vont recevoir une indemnité. Ainsi en a décidé la justice, mercredi.

De gauche à droite, Jose Andres Murillo et Juan Carlos Cruz, victimes d'abus sexuels de la part d'un prêtre, au Chili.

De gauche à droite, Jose Andres Murillo et Juan Carlos Cruz, victimes d'abus sexuels de la part d'un prêtre, au Chili.

Photo d'archives, AFP

L'Eglise catholique du Chili a été condamnée mercredi pour la première fois à indemniser des victimes du prêtre Fernando Karadima, accusé d'agressions sexuelles multiples sur des mineurs et au centre du scandale qui secoue l'institution dans ce pays. «Affaire Karadima : la cour (d'appel) de Santiago accepte la plainte contre l'Eglise catholique et ordonne le paiement de 100 millions de pesos chiliens (quelque 145'000 francs) à chacun des plaignants», a annoncé la justice chilienne sur Twitter.

Les trois victimes - Juan Carlos Cruz, José Andrés Murillo et James Hamilton-, qui avaient été reçues en mai 2018 par le pape au Vatican, accusent l'Eglise catholique chilienne d'avoir couvert les agissements du prêtre.

Affaires prescrites

Cette indemnisation au civil intervient alors que ces affaires sont prescrites au pénal. L'octogénaire Fernando Karadima, un ancien formateur charismatique de prêtres, a été reconnu coupable en 2011 par un tribunal du Vatican d'actes pédophiles multiples dans les années 1980 et 1990. Il a été contraint de se retirer pour une vie de pénitence, puis rendu à l'état laïc en septembre 2018 par le Vatican à l'âge de 88 ans, peine maximale au sein de l'Eglise.

Le Chili est agité depuis plus d'un an par une série de scandales de pédophilie au sein de l'Eglise catholique, dans la foulée de la visite très controversée du pape François en janvier 2018, au cours de laquelle il avait été accusé de ne pas avoir pris la mesure du problème.

Depuis, les enquêtes judiciaires pour agressions sexuelles présumées commises par des membres de l'Eglise sur des mineurs et des adultes, ou pour avoir couvert de tels actes, se multiplient dans le pays. Elles sont actuellement au nombre de 158 pour 241 victimes.

Eclaboussé

Dernier épisode en date : samedi, le pape a accepté la démission de l'archevêque de Santiago du Chili, le cardinal italien Ricardo Ezzati, 77 ans, accusé d'avoir couvert des prêtres pédophiles.

Mgr Ezzati avait présenté sa démission en mai 2018, comme l'ensemble des 34 évêques chiliens après les révélations sur de nombreux scandales d'agressions sexuelles. Jusqu'à présent, le pape avait accepté sept de ces démissions. Celle de Ricardo Ezzati est la huitième.

Dans la foulée, le Vatican a nommé l'Espagnol Celestino Aos Braco, jusqu'alors évêque de Copiapo (800 km au nord de Santiago) - qui avait lui aussi présenté sa démission - comme administrateur apostolique de l'archidiocèse de Santiago.

Mais il a lui aussi été éclaboussé par ces scandales dès le lendemain de sa nomination : Mauricio Pulgar, un ancien séminariste du diocèse de Valparaiso, l'accuse d'avoir classé sans suite sa plainte contre un curé en 2012.

«Il n'existe pas de preuve»

A cette époque, le nouveau plus haut prélat chilien, qui nie catégoriquement avoir couvert ces faits, occupait les fonctions de «promoteur de justice» (procureur) du tribunal ecclésiastique de Valparaiso.

La justice a estimé mercredi que l'Eglise n'avait pas enquêté sur les plaintes des trois victimes de Fernando Karadima, mais a jugé en revanche qu'il «n'existe pas de preuve quelconque qui accrédite l'hypothèse d'une complicité» de l'ex-archevêque de Santiago Ricardo Ezzati, ni son prédécesseur Francisco Javier Errazuriz.

«Ni M. Ezzati, ni M. Errazuriz n'ont eu connaissance des agressions commises», indique la décision de justice consultée par l'AFP. Les trois victimes doivent tenir une conférence de presse à 20 heures GMT.

(ats)

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