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YémenL'EI revendique les attaques sanglantes à Sanaa

Un triple attentat-suicide contre deux mosquées à Sanaa a fait vendredi plus de 140 morts et au moins 351 blessés.

Un militaire houthi dans une des mosquées attaquées.

Un militaire houthi dans une des mosquées attaquées.

Mohamed Al-Sayaghi, Reuters

Le bilan des victimes ne cesse d'augmenter à Sanaa, après des attentats perpétrés ce vendredi matin 20 mars contre plusieurs mosquées. Ces attaques ont été revendiquées par l'organisation djihadiste Etat islamique dans un communiqué diffusé sur Twitter.

Un kamikaze s'est fait exploser pendant la prière hebdomadaire de midi, à la mosquée Badr, dans le sud de Sanaa, suivi d'un autre à l'entrée de ce même lieu de culte au moment où les fidèles prenaient la fuite, selon des témoins. Un troisième kamikaze a attaqué une mosquée du nord de la capitale. Les attentats se sont quasiment produits au même moment.

Un quatrième attentat-suicide a eu lieu à Saana, bastion des Houthis dans le Nord, où un kamikaze s'est fait exploser devant une mosquée. Mais il n'a pas fait de victime, les forces de sécurité ayant empêché le kamikaze d'y pénétrer, selon une source proche de la milice.

Les attaques ont tué vendredi au moins 142 personnes et blessé au moins 351 autres, a indiqué à l'AFP un responsable du ministère yéménite de la Santé.

Les Houthis prient dans ces mosquées. Parmi les morts figure l'imam de la mosquée Badr et important responsable religieux de la milice, Al-Mourtada ben Zayd al-Muhatwa, selon une source médicale également.

Signé EI

Le groupe Etat islamique (EI) a revendiqué ces attentats dans un communiqué diffusé sur Twitter. L'organisation djihadiste est concurrente d'Al Qaïda, dont la branche yéménite (Al Qaïda dans la péninsule arabique) est l'une des plus actives et contrôle des territoires dans le sud du Yémen. L'EI a également revendiqué l'attaque survenue il y a deux jours au musée du Bardo à Tunis.

Ces attentats se sont déroulés alors que le pays s'enfonce davantage dans la crise attisée par la milice chiite des Houthis et les djihadistes sunnites d'Al-Qaïda, deux groupes hostiles au pouvoir du président Abd Rabbo Mansour Hadi.

Attaques sanglantes

Les attaques sont les plus sanglantes depuis la prise du pouvoir de Sanaa par les Houthis début février. Le dernier attentat particulièrement sanglant dans la capitale remonte au 7 janvier (40 morts) et avait visé l'académie de police de Sanaa.

Depuis l'insurrection populaire de 2011, dans le sillage du Printemps arabe, qui a poussé au départ le président Ali Abdallah Saleh, le pouvoir central a été marginalisé par les Houthis et Aqpa qui ont accru leur influence, tout en se livrant une guerre sans merci.

Preuve de l'affaiblissement du pouvoir, M. Hadi, le président internationalement reconnu, a dû s'installer à Aden, principale ville du sud, après avoir fui en février Sanaa où il était assigné à résidence par la milice chiite.

Mais même là, il ne semblait guère en sécurité puisque son palais présidentiel a été visé jeudi par un raid aérien, selon une source de sécurité. M. Hadi a été évacué vers un «lieu sûr», mais il n'a pas quitté le pays«, a déclaré une source de la présidence.

Président menacé

La veille déjà, un avion non identifié avait attaqué le palais présidentiel à Aden, où M. Hadi a établi son gouvernement. Treize personnes ont été tuées le même jour dans de violents combats au sol dans le secteur de l'aéroport, repris par les forces de Hadi.

La situation était calme vendredi à Aden où les forces pro-Hadi ont renforcé leur contrôle, en multipliant les barrages routiers.

Le général Sakkaf, dont les liens sont avérés avec les Houthis et l'ex-président Saleh, a fui Aden après les affrontements. Mais son convoi est tombé dans la nuit dans une embuscade sur la route menant à Sanaa, selon un responsable militaire.

Il s'en est sorti indemne et quatre gardes du corps ont péri, a ajouté le responsable sans autre précision sur le lieu où se trouve désormais le général qui avait refusé un ordre de limogeage de M. Hadi.

Risque de guerre civile

Les espoirs suscités par l'ouverture d'un dialogue destiné à sortir le Yémen de la crise, parrainé par l'ONU, sont quasiment morts. Les observateurs évoquent un sérieux risque de guerre civile.

La France n'a pas confirmé pour sa part les informations faisant état de la libération d'une Française et d'une Yéménite enlevées le mois dernier à Sanaa.

«J'avais été délibérément prudent par rapport à des rumeurs qui circulaient. Aucune de ces rumeurs n'a été confirmée», a déclaré le président François Hollande lors d'une conférence de presse à Bruxelles en début d'après-midi.

(ats)

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