Reportage: L'EMS qui fait bosser les aînés
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ReportageL'EMS qui fait bosser les aînés

La méthode Montessori ne se cantonne pas à la seule petite enfance. Visite à Lausanne, où l'Institution de Béthanie applique ce concept pour favoriser l'autonomie de ses résidents.

par
Alexandra Brutsch
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Madeleine Vodoz, 92 ans, est chargée de la mise en place du programme des animations dans les ascenseurs.

Madeleine Vodoz, 92 ans, est chargée de la mise en place du programme des animations dans les ascenseurs.

Laurent Crottet
Magali Vuillerat (92 ans) trie tous les matins le courrier reçu par l'EMS.

Magali Vuillerat (92 ans) trie tous les matins le courrier reçu par l'EMS.

Laurent Crottet
Pour la distribution, la résidente est guidée par le personnel administratif.

Pour la distribution, la résidente est guidée par le personnel administratif.

Laurent Crottet

Vendredi, 9 h 15, 3e étage d'un EMS lausannois. Sur la grande table de l'espace commun central attendent un pain et une tresse entamés, de la confiture, des carafes de thé et de café à moitié vides. Mais, pour Madeleine Vodoz, ce n'est pas encore l'heure du petit-déjeuner: comme tous les matins, la nonagénaire doit travailler.

«Ça me réveille»

On l'aperçoit au fond du couloir derrière son déambulateur. Après avoir mis en place ses aides auditives, elle s'approche à petits pas. «Je m'occupe d'afficher le programme des animations de la journée dans ces deux ascenseurs», explique-t-elle en saisissant des feuilles imprimées. «On est bien vendredi?» Après confirmation, la dame de 92 ans pénètre dans le premier ascenseur et ôte les punaises fixant les affiches de la veille pour mettre en place les nouvelles. Les gestes sont lents mais confiants. «Quand on m'a proposé cette tâche il y a quelques mois, j'ai dit non. Et puis on m'a dit qu'il n'y avait personne d'autre pour le faire, alors j'ai accepté. Maintenant, j'aime bien, ça me réveille.»

Depuis 2016, l'Institution de Béthanie applique la méthode Montessori, une démarche visant à préserver et à renforcer l'autonomie des personnes âgées. «Nous avons introduit de nouvelles activités afin de redonner un rôle social aux résidents, explique Frédéric Risse, directeur de l'EMS. On ne les force pas, bien sûr, ils sont chaque jour libres d'effectuer la tâche ou non.» Certains refusent d'ailleurs catégoriquement: ils ont déjà trimé toute leur vie, hors de question de travailler alors qu'ils sont à la retraite. «Mais la plupart sont plutôt partants lorsqu'on leur propose de donner un coup de main.»

Occupée à trier le courrier au rez-de-chaussée, Magali Vuillerat (92 ans) est en effet plus qu'enthousiaste à l'idée de contribuer au bon fonctionnement de l'EMS. «J'aime beaucoup faire ça. On m'appelle la postière ici», sourit avec un brin de fierté l'ancienne institutrice, attablée devant une montagne d'enveloppes. À gauche, la pile pour la cuisine. À droite, celle destinée à l'administration de l'institution. Au milieu, le courrier des résidents, que Mme Vuillerat ira ensuite distribuer dans les étages. Une activité qui occupe une bonne partie de ses matinées depuis une année. La réceptionniste a pu constater ses progrès: «Au début, ce n'était pas évident, elle était souvent hésitante. Depuis, elle a pris beaucoup d'assurance!» Une fois par semaine, une autre dame s'occupe de classer et de mettre sous pli le courrier sortant. «Cela me décharge un peu, mais il faut tout de même superviser ce qu'elles font. Pour le personnel administratif, c'est en fait surtout agréable d'être davantage en lien avec les résidents.»

Jardinage et cours de français

Au-delà des tâches de bureau, les pensionnaires de Béthanie ont l'embarras du choix. Rassemblés en comités, ils décident par exemple des fleurs qui seront plantées au jardin ce printemps, et des artistes dont les œuvres seront exposées dans la galerie centrale. «Nous leur faisons des propositions adaptées à leurs intérêts et à leurs capacités, en prenant en compte leur ancien métier et ce qu'ils aimaient faire avant. Cela implique de beaucoup mieux les connaître», souligne Frédéric Risse.

Pour certains résidents, pas besoin de chercher bien loin, la mise en place d'une activité se fait tout naturellement. C'est le cas de cette dame de 104 ans, ex-enseignante, quotidiennement en contact avec des aides-soignants non francophones. «Elle les reprenait régulièrement sur leur français et eux étaient ravis de se faire corriger. Alors nous avons facilité la mise sur pied de cours de lecture et d'écriture, qu'elle leur donnait une ou deux fois par semaine pendant une heure et demie.» Des leçons pour l'heure interrompues, la centenaire n'étant pas en grande forme ces jours-ci.

Il n'a pas non plus été nécessaire de chercher bien loin pour proposer une mission à Edouard Kammermann (86 ans), passionné de photo et de vidéo. «Il s'est chargé de filmer la dernière assemblée générale de l'institution et en a fait un joli montage avec un peu d'aide, raconte le directeur. Il immortalise parfois aussi les anniversaires des autres résidents et fait des cartes de vœux avec ses clichés.» L'octogénaire nous attend dans son fauteuil roulant dans un petit salon, son appareil photo autour du cou. Atteint de la maladie de Parkinson depuis une vingtaine d'années, il n'en exprime pas moins sa volubilité et son enthousiasme. «Je photographie tout ce qui est beau. Il a une option antitremblement, précise-t-il en pointant son appareil. Depuis cette pièce, on voit d'ailleurs de magnifiques couchers de soleil.» Pas aujourd'hui: il neige à gros flocons. Mais M. Kammermann a de toute façon déjà un programme chargé cet après-midi. Il présente un de ses films de voyage aux autres résidents, comme toutes les deux semaines.

L'importance de pouvoir choisir

Dans une pièce voisine, c'est l'heure du cours de gym. Avant l'introduction de la méthode Montessori, les participantes suivaient passivement les directives. Aujourd'hui, ce sont elles qui peuvent décider des exercices et qui distribuent les accessoires. «Qu'est-ce qu'on peut faire avec cette petite balle, madame Burtin?» demande l'animatrice. «On la passe d'une main à l'autre! Et puis on la malaxe», répond du tac au tac une petite dame en rouge qui joint le geste à la parole, imitée ensuite par les autres participantes. En amont de la séance, l'assistante socio-éducative avait pris soin de demander à Giselle Burtin si elle souhaitait proposer un exercice et lequel. «Nous prenons garde à ce que les résidentes participent à la mesure de leurs capacités. Il s'agit de ne surtout pas les mettre dans une situation d'échec, l'objectif étant de renforcer leur confiance en elles.»

La méthode Montessori n'implique pas uniquement la création de nouvelles activités, mais imprègne le quotidien de l'institution. Avant, le petit-déjeuner était servi à table. Aujourd'hui, les résidents viennent choisir leur pain, leur confiture et leur boisson à un buffet. Ils peuvent désormais aussi décider chaque jour de la tenue qu'ils vont porter, choix qui était jusqu'ici généralement effectué par les soignants.

«Cela peut prendre plus de temps, mais au final tout le monde y gagne, remarque Frédéric Risse. Retrouver un rôle social et garder un certain contrôle sur sa vie rend les personnes âgées plus satisfaites et apaisées, ce qui est aussi plus agréable pour le personnel.»

La méthode Montessori en bref

L'experte: Anne Kelly, formatrice Montessori pour les personnes âgées

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