Actualisé

MaltraitanceL'enfant doit être au centre

Jean Zermatten, président du Comité des droits de l’enfant de l’ONU, estime que la Suisse devrait créer un département qui mettrait l’enfant au centre des décisions.

par
Eric Felley
Le président du Comité des droits de l’enfant à l’ONU s’érige contre l’idée d’autoriser les travaux dangereux au moins de 16 ans.

Le président du Comité des droits de l’enfant à l’ONU s’érige contre l’idée d’autoriser les travaux dangereux au moins de 16 ans.

Sébastien Feval

«La Suisse devrait se doter d’un département consacré aux enfants. Quand il y a des décisions à prendre, cela pourrait amener les politiques à considérer le bien de l’enfant, plutôt que celui du père, de la mère, du médecin ou de l’employeur…» Président du Comité des droits de l’enfant des Nations Unies depuis mai 2011, Jean Zermatten estime aujourd’hui que la Suisse manque d’une politique coordonnée dans l’intérêt des enfants: «Depuis que je travaille pour l’ONU, j’ai pu voir que de nombreux pays disposaient d’un Ministère de l’enfant. Mais je ne propose pas cela par imitation, mais parce que j’observe qu’en Suisse on agit sans coordination.»

La proposition du Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO) qui suggère d’abaisser l’âge de 16 à 14 ans pour les travaux dangereux l’a fait bondir: «La Suisse a signé et ratifié des conventions avec l’Organisation internationale du travail (OIT) pour interdire les travaux dangereux aux moins de 16 ans. Pourtant, tout à coup, les employeurs et certains directeurs d’instruction publique cantonaux veulent faire une exception. A-t-on pensé ici à l’intérêt de l’enfant?»

Tous les jours, Jean Zermatten repère des problèmes de ce genre, où l’enfant subit les conséquences de décisions qui sont prises sans que son intérêt soit pris en compte: «Lorsque l’on débat du travail du dimanche, les arguments tournent autour du tourisme, du franc fort, de la concurrence des pays limitrophes, mais peu de gens posent la question de ce que ça représente pour les familles et les enfants.» La même chose dans la législation sur le divorce: «On pose l’intérêt de la mère, du père. Là au milieu, l’enfant est considéré comme un «objet» et non un «sujet». C’est ce paradigme qui devrait être inversé.»

Enfin, il relève un «gros morceau» dans la politique vis-à-vis des migrants: «D’une part, le regroupement familial est très restrictif en Suisse, contrairement à ce que postule la Convention des droits de l’enfant. D’autre part, nous sommes préoccupés par le sort des mineurs non accompagnés, pour lesquels on devrait avoir une procédure claire. On les traite aujourd’hui de manière peu respectueuse. Cette situation doit être sensiblement améliorée.» La situation de la Suisse par rapport aux droits de l’enfant sera examinée en 2014 par son comité. Mais lui sera probablement à la retraite car, à 65 ans, il estime qu’il est temps d’avoir une activité moins accaparante.

Votre opinion