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IsraëlL'enquête sur Netanyahu, un défi à sa longévité

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a été auditionné lundi soir pour des «cadeaux illégaux».

Selon les médias, Benjamin Netanyahu aurait reçu des présents d'une valeur de plusieurs dizaines de milliers de dollars.

Selon les médias, Benjamin Netanyahu aurait reçu des présents d'une valeur de plusieurs dizaines de milliers de dollars.

AFP

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, soupçonné d'avoir reçu des cadeaux illégaux, fait l'objet d'une enquête criminelle qui pourrait mettre en péril sa carrière politique. Jusqu'ici, il s'est bien sorti d'affaires précédentes et il reste la figure de proue de la scène politique.

La police l'a interrogé lundi soir durant trois heures dans sa résidence de Jérusalem et indiqué qu'il était soupçonné d'avoir reçu des «cadeaux illégaux», sans donner de détails. Le procureur général Avishai Mandelblit a par ailleurs confirmé que Benjamin Netanyahu était «soupçonné d'avoir reçu des cadeaux d'hommes d'affaires».

Selon les médias, il s'agirait de présents d'une valeur de plusieurs dizaines de milliers de dollars, offerts par des partisans de Benjamin Netanyahu en Israël et à l'étranger.

Menace «plus sérieuse»

La police enquêtait sur cette affaire depuis plusieurs mois, qui n'a officiellement été requalifiée que lundi soir d'enquête criminelle par le procureur général. Cette requalification et l'annonce de l'interrogatoire de Benjamin Netanyahu ont secoué la scène politique, provoquant des spéculations sur la possible chute de celui qui dirige Israël depuis 2009.

Le Premier ministre a toutefois appelé lundi ses adversaires à ne pas se réjouir trop vite et d'«attendre pour les festivités». «Il n'y aura rien car il n'y a rien», a-t-il assuré.

Mais selon certains experts, la menace est plus sérieuse cette fois-ci. «Les dernières fois (...) il a essayé de dire 'Vous vous en prenez à ma femme, vous vous en prenez à ma vie privée, c'est une manière illégale de tenter de revenir sur des élections démocratiques'», note Gayil Talshir, professeur de science politique à l'université hébraïque de Jérusalem.

«Je pense que cela va être sa stratégie cette fois-ci aussi, mais ça a l'air plus sérieux», précise-t-elle à l'AFP.

Investigations secrètes

Pendant huit mois, les policiers ont mené des investigations en secret sur le dossier. Parmi les personnes interrogées figure Ronald Lauder, président du Congrès juif mondial (CJM) et membre de la famille de la fondatrice du groupe de cosmétique américain Estée Lauder. Il est considéré comme un allié de Benjamin Netanyahu.

Le Premier ministre a par ailleurs reconnu avoir reçu 40'000 dollars (40'740 francs) de contributions du magnat français Arnaud Mimran en 2001, alors qu'il n'occupait pas de fonction officielle. M. Mimran a écopé en juillet d'une peine de huit ans de prison pour une escroquerie à la taxe carbone de 283 millions d'euros.

Signes d'affaiblissements scrutés

Dans ce contexte, les opposants de Benjamin Netanyahu, à la fois à l'intérieur de son parti et dans l'opposition, sont en quête de signes d'affaiblissement du large soutien dont il bénéficie dans la population.

Selon les derniers sondages, celui que les Israéliens surnomment «Bibi» reste l'homme politique jugé le plus apte à diriger le pays et il n'a pour le moment aucun concurrent sérieux.

Le prédécesseur de M. Netanyahu, Ehud Olmert, avait été forcé de démissionner en raison d'affaires de corruption pour lesquelles il purge actuellement 27 mois de prison. Mais un tel scénario reste éloigné pour M. Netanyahu, estime Amotz Asa-El, ancien directeur du Jerusalem Post.

«Ehud Olmert avait été lâché par ses soutiens, pourtant substantiels, lorsque les soupçons pesant sur lui avaient commencé à apparaître solides, mais je ne pense pas que cela se produira maintenant avec Netanyahu,» explique-t-il, ajoutant toutefois que des révélations supplémentaires pourraient changer la donne.

Nombreux démêlés judiciaires

Benjamin Netanyahu et sa famille ont à plusieurs reprises été confrontés à des démêlés judiciaires. En 2000, lui et son épouse Sara avaient fait l'objet d'une enquête dans une affaire de corruption, alors qu'il était au pouvoir entre 1996 et 1999. La justice avait finalement renoncé à les inculper faute de preuves.

En 2015, Sara Netanyahu avait été interrogée sur des allégations accusant le couple d'avoir dépensé l'argent des contribuables pour des meubles de jardin et des réparations électriques dans leur villa personnelle de Césarée (ouest).

Benjamin Netanyahu dirige Israël depuis onze ans au total si on prend en compte son premier mandat, entre 1996 et 1999. Mais cette longévité politique pourrait tourner court si des détails sordides filtraient de l'enquête en cours.

De telles révélations pourraient «entacher son aura publique et le présenter comme un homme dans une quête désespérée et donc pathétique d'avantages», écrit ainsi Chemi Shalev dans Haaretz. «Lorsque cela arrivera, Benjamin Netanyahu pourrait entrer dans une spirale de mort politique et de nouvelles élections seront dans l'air».

(ats)

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