16.12.2016 à 16:53

FranceL'Etat va prêter 70 millions d'euros à William Saurin

Le géant agroalimentaire craint la liquidation judiciaire, après avoir découvert que ses comptes avaient été «embellis».

Quelques-unes des marques du groupe Financière Turenne Lafayette.

Quelques-unes des marques du groupe Financière Turenne Lafayette.

AFP

Le gouvernement va mettre à disposition 70 millions d'euros de prêt (76,1 millions de francs) pour tenir à flot le groupe Financière Turenne Lafayette, maison mère de William Saurin, Garbit et Madrange, au coeur d'un scandale de comptes truqués qui fragilise ses 3200 emplois.

L'Etat a décidé «pour rassurer l'entreprise, ses créanciers et ses 3200 salariés», de verser 70 millions d'euros sur une fiducie – un compte tiers – et qui pourront être prêtés à l'entreprise en fonction de ses besoins, a indiqué le ministère de l'Economie à l'AFP. En parallèle, les pouvoirs publics vont «assurer un versement immédiat d'une dizaine de millions d'euros d'ici à la fin de l'année», a-t-il précisé.

La somme, versée au titre du fonds de développement économique et social (FDES), sera débloquée «au plus tard le 31 décembre», puis mise «à disposition (d')une ou plusieurs sociétés du groupe Financière Turenne Lafayette», selon un arrêté publié vendredi au Journal officiel.

Le montant définitif du prêt dont le groupe aura besoin pour éviter une liquidation judiciaire reste encore à déterminer. C'est la raison pour laquelle l'Etat met à disposition ces 70 millions pour bien montrer son engagement sur la durée: «En cas de besoin, l'argent est là», souligne-t-on à Bercy.

Tromperie de longue date

La nouvelle direction de cette holding agroalimentaire a surpris tout le monde en révélant mercredi que ses comptes étaient truqués «depuis plusieurs années».

«Les premières constatations laissent apparaître une présentation trompeuse des comptes depuis plusieurs années», a annoncé Financière Turenne Lafayette, indiquant avoir diligenté un audit après le décès, fin novembre, de sa propriétaire Monique Piffaut à l'âge de 78 ans.

Le gouvernement avait aussitôt promis d'apporter «le soutien financier nécessaire», sans pour autant entrer au capital du groupe. Le secrétaire d'Etat à l'Industrie, Christophe Sirugue, avait expliqué privilégier une intervention «avec un prêt à côté des banques», comme lors du sauvetage du verrier Arc International, qui avait obtenu un prêt de 48,5 millions d'euros (52,75 millions de francs) du FDES en mars 2015.

Les créanciers de la Financière Turenne Lafayette ont par ailleurs été reçus dès mercredi à Bercy pour discuter de possibles abandons de dettes, selon Christophe Sirugue.

Enquête ouverte

De son côté, le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire, confiée à la brigade financière, pour déterminer l'ampleur du trucage des comptes et les responsabilités. Les comptes étaient «embellis» pour masquer les difficultés mais, selon plusieurs sources, il n'y a pas de preuve que la défunte Monique Piffaut ait cherché à s'enrichir personnellement.

L'audit suit toutefois toujours son cours.

Financière Turenne Lafayette est inconnu du grand public mais il rassemble pourtant de grandes marques de l'agroalimentaire qu'on retrouve dans toutes les cuisines de France. Une tranche de jambon sur trois vendues en grande surface provient d'une marque détenue par le groupe par exemple.

(AFP)

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