Asile: L'étrange diagnostic d'Ueli Maurer

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AsileL'étrange diagnostic d'Ueli Maurer

Un document confidentiel émanant du conseiller fédéral éclaire la situation à la frontière sud avec l'Italie. Il montre surtout que la Suisse ne remet pas en cause ses pratiques.

par
Cléa Favre
Ueli Maurer explique que les gardes-frontière utilisent des pictogrammes pour communiquer avec les migrants.

Ueli Maurer explique que les gardes-frontière utilisent des pictogrammes pour communiquer avec les migrants.

Aucune remise en question. Voilà ce qu'il ressort d'un document rédigé par Ueli Maurer, chef du Département fédéral des finances (DFF), à propos de la situation migratoire à la frontière sud avec l'Italie. Un texte transmis à la Commission de la politique de sécurité du Conseil national et que «Le Matin» a pu consulter.

ACCUSATIONS VITE ÉVACUÉES

Des refoulements vers l'Italie ont été dénoncés concernant des migrants désirant pourtant déposer une demande d'asile en Suisse. Face à cette accusation, Ueli Maurer se contente d'écrire: «Je ne peux pas confirmer les affirmations selon lesquelles le Corps des gardes-frontière (Cgfr) empêche de telles personnes de déposer une demande d'asile.» Les assertions de l'Organisation suisse d'aide aux réfugiés (OSAR) sont aussi balayées. La faîtière accusait les gardes-frontière de refouler des personnes ayant déposé une demande d'asile en Europe, alors qu'elles auraient droit à un recours. Là, le conseiller fédéral répond: «Lors du passage de la frontière, la question de savoir si la personne a déjà demandé l'asile dans un autre Etat Dublin ne se pose pas; elle est éclaircie par le Secrétariat des migrations (SEM) à un stade ultérieur.» Donc seulement si la personne dépose une demande d'asile en Suisse, car dans le cas contraire, elle est refoulée, sans vérification préalable.

SYSTÈME D REVENDIQUÉ

L'asile n'est pas de la compétence des gardes-frontière, mais du SEM. Par conséquent, aux yeux des ONG, ceux-ci ne devraient pas effectuer eux-mêmes le «tri» des migrants. Quid de leur formation pour procéder à cette évaluation? Cette dernière se fait sur la base d'un entretien. «Le domaine spécialisé Migration du commandement Cgfr instruit les personnes qui mènent les entretiens et procède à des contrôles de qualité.» Ueli Maurer précise aussi que, «dans le cadre de leur formation de base comme de leur perfectionnement, les gardes-frontière abordent les sujets relevant du droit des étrangers». Et les problèmes de langues? «Le Cgfr dispose de formulaires en plus de 50 langues. De plus, on travaille avec des cartes et des pictogrammes pour déterminer le pays d'origine et la destination souhaitée (…) on trouve toujours quelqu'un pour aider en cas de problème de compréhension. Quelques-uns des migrants ont vécu un certain temps en Italie et peuvent s'exprimer en italien. D'autres ont des connaissances de français ou d'anglais.»

AUCUNE INFORMATION

Les craintes des défenseurs des droits humains se confirment. A la question de savoir si les personnes reçoivent des informations sur leurs droits et la possibilité de déposer une demande d'asile en Suisse, Ueli Maurer rétorque: «Les autorités suisses ne transmettent pas de telles informations aux migrants à Côme.»

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L'édito de Grégoire Nappey

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