Union européenne: L'Europe a rendu hommage à Helmut Kohl
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Union européenneL'Europe a rendu hommage à Helmut Kohl

Le cercueil, recouvert du drapeau européen et porté par huit militaires allemands, a été installé sur un catafalque érigé au centre du Parlement européen à Strasbourg.

L'Union européenne (UE) a rendu samedi matin un hommage inédit et chargé d'émotion à l'ex-chancelier allemand Helmut Kohl. Une cérémonie organisée dans l'hémicycle du Parlement européen à Strasbourg a réuni une vingtaine de dirigeants du monde entier avant ses funérailles à Spire (Rhénanie-Palatinat).

C'est la première fois que l'UE organisait une telle cérémonie pour honorer la mémoire d'un homme qui figure parmi les trois personnalités à avoir reçu le titre de «citoyen d'honneur de l'Europe», avec Jean Monnet, un des fondateurs du projet européen, et Jacques Delors, ancien président de la Commission européenne aujourd'hui âgé de 91 ans.

«Ce qui nous semble aujourd'hui une évidence, c'est à lui que nous le devons», a déclaré la chancelière allemande, Angela Merkel, en évoquant la réunification est-ouest, en 1990, la fin des frontières et la monnaie unique, avancées décisives du projet européen que M. Kohl a rendues possibles, même s'il n'en a pas été le seul artisan. «Sans Helmut Kohl, la vie de millions de personnes, dont la mienne, qui vivaient de l'autre côté du Mur, ne serait pas celle d'aujourd'hui», a ajouté la chancelière allemande, toute de noir vêtue et visiblement émue.

Une vision pour l'Europe

Plusieurs orateurs ont invoqué la «vision» d'Helmut Kohl pour mieux appeler les actuels dirigeants européens à raviver une flamme un peu affaiblie par le Brexit, les crises économiques ou migratoires et le retour des égoïsmes nationaux.

Le président du Parlement européen Antonio Tajani a ainsi rendu hommage à «un géant politique capable d'écouter les citoyens et de regarder au-delà de l'horizon». «Il appartenait à la dernière génération qui avait vécu l'enfer de la guerre» et pour laquelle «l'unité européenne, le dépassement des nationalismes, représentaient le rêve d'une société de paix qu'ils laisseraient à leurs enfants», a-t-il ajouté.

Le président français Emmanuel Macron a quant à lui salué «l'homme qui a, à plusieurs reprises, su prendre des décisions courageuses, parfois contre sa propre opinion publique». Selon lui, «Helmut Kohl fut, pour la France, un interlocuteur privilégié, un allié essentiel, mais il fut plus que cela, il fut un ami».

«Maison commune»

En l'absence, pour raisons de santé, de Mikhail Gorbatchev, ancien président de l'URSS, l'actuel Premier ministre russe Dmitri Medvedev a évoqué la «maison commune» européenne dont rêvait l'ancien chancelier.

«Il rêvait non seulement d'une Allemagne réunifiée, mais aussi d'une Europe unie dans laquelle la Russie était partie intégrante», a-t-il dit en invitant l'assistance à poursuivre sur cette voie, dans un contexte de net refroidissement des relations entre la Russie et l'UE.

La cérémonie a débuté par l'entrée du cercueil, porté par huit militaires allemands et recouvert du drapeau européen dans l'hémicycle où était dressé un portrait de l'ancien chancelier et trois couronnes de fleurs.

Parterre de dirigeants

Une vingtaine de chefs d'Etat ou de gouvernement, un ancien monarque, Juan Carlos d'Espagne, et plusieurs centaines d'autres personnalités avaient pris place dans l'hémicycle pour cette cérémonie.

Parmi les personnalités présentes, on pouvait remarquer la Première ministre britannique Theresa May, ses homologues hongrois Viktor Orban et israélien Benyamin Netanyahu, l'ancien président américain Bill Clinton, ainsi que le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker et ses prédécesseurs Romano Prodi et Jose Manuel Barroso.

La Suisse avait pour sa part délégué Markus Börlin, ambassadeur et représentant permanent de la Suisse auprès du Conseil de l'Europe.

A l'issue de la cérémonie, le corps de l'ancien chancelier a été transporté par hélicoptère jusqu'à Ludwigshafen, sa ville natale, dans le Palatinat, puis a effectué un court trajet sur le Rhin jusqu'à Spire, l'ancienne capitale du Saint Empire romain germanique. Il y a été inhumé à l'issue d'un Requiem pontifical dans la cathédrale auquel ont assisté quelque 1500 invités et d'un dernier hommage militaire.

Querelles de famille

L'hommage européen a été néanmoins assombri par les querelles au sein de la famille du «père de la réunification allemande». Selon la télévision publique allemande, les deux fils de Helmut Kohl ont boudé les funérailles de leur père.

Ils sont depuis des années en conflit avec la seconde épouse de leur père et lui ont publiquement reproché à la fois d'avoir refusé des funérailles nationales en Allemagne même et de faire enterrer l'ancien chancelier à Spire, et non dans le caveau familial situé à Ludwigshafen, où repose leur mère, première épouse de Helmut Kohl.

(ats)

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