France: L'ex-compagne d'un homme battu rejugée

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FranceL'ex-compagne d'un homme battu rejugée

Une quadragénaire, condamnée en première instance pour des violences sur son compagnon d'alors, comparaîtra vendredi.

(Photo d'illustration)

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Keystone

Elle l'avait battu, humilié: Z. M., 44 ans, comparaît vendredi devant la cour d'appel de Paris pour avoir exercé des violences durant 15 mois sur son ex-compagnon. En première instance, le tribunal l'avait condamnée en mai 2015 à trois ans de prison dont 18 mois ferme et plus de 200'000 euros (quelque 223'000 francs) d'indemnisation. Mais le parquet, qui avait requis cinq ans de prison ferme - soit le maximum encouru - et un mandat de dépôt, avait fait appel.

«Les actes reprochés à Z. M. vont au-delà de la violence», avait justifié la représentante du ministère public pour qui certains sévices subis par la victime - brûlures de cigarettes ou couteau chauffé à blanc, ingestion de force d'éponges ou de produit lave-vitres - s'apparentent à des actes de torture qui auraient pu la conduire devant une cour d'assises.

«A ces violences physiques s'est ajoutée une violence psychologique, avec brimade, isolement, contrôle total de l'autre, destruction de l'estime de soi», avait décrit la magistrate.

Un «esclave domestique»

L'homme, âgé de 38 ans, avait rencontré Z. M. en 2007 sur internet et avait emménagé sept mois plus tard dans le studio parisien où elle vivait avec ses deux enfants. Mais la romance a vite tourné au cauchemar.

Souvent absent de son travail, il est licencié. Il devient alors une sorte d'«esclave domestique» obligé à dormir sur le sol dans l'entrée, sans accès à la salle de bain. Privé de ses papiers et cartes de crédit, il est également dépouillé de ses économies et menacé d'être dénoncé comme pédophile s'il se rebelle. Les sévices qu'il a subis, coups de poings, de manche à balai, de tabouret et brûlures, lui vaudront deux hospitalisations. Mais il prétendra avoir été agressé dans la rue.

Une «emprise totale»

«J'étais sous l'emprise totale de mon ex-compagne», a raconté la victime. «Au début, il y avait les sentiments, puis la peur et la honte. C'est dur pour un homme d'admettre se faire battre par une femme. Je restais aussi pour protéger les enfants», a justifié le trentenaire à l'audience. C'est le propre frère de Z. M. qui finira par donner l'alerte, craignant que le compagnon de sa soeur ne finisse «dans une petite boîte».

A l'audience, les avocats de Z. M. avaient plaidé le parcours chaotique de leur cliente: son père s'est suicidé lorsqu'elle était enfant, elle a grandi dans des institutions de 14 à 18 ans, et a été mise enceinte par un homme qui l'a abandonnée, avant de sombrer dans une dépendance à l'alcool. Selon eux, Z. M. serait «bipolaire» et n'était pas dans son état normal à l'époque des faits.

7000 plaintes

«On estime qu'un homme meurt tous les treize jours sous les coups de celle avec qui il partage sa vie», explique Alain Legrand, psychanalyste et directeur du centre «SOS Violences Familiales». Par comparaison, une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son compagnon.

Environ 7000 plaintes d'hommes victimes de violences conjugales sont comptabilisées chaque année, «mais on estime que seuls 2% des faits sont déclarés, car les victimes ont trop honte de porter plainte», précise Sylviane Spitzer, fondatrice de «SOS Hommes Battus».

(AFP)

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