Actualisé 19.05.2020 à 08:03

PolitiqueL'extrême droite allemande s'entredéchire

L'extrême droite allemande est aujourd'hui fragilisée par des règlements de compte internes entre modérés et proches de la mouvance néonazie.

Le parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne a exclu un de ses cadres, Andreas Kalbitz, le week-end dernier.

Le parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne a exclu un de ses cadres, Andreas Kalbitz, le week-end dernier.

AFP

Après avoir connu un essor spectaculaire, l'extrême droite allemande est aujourd'hui fragilisée par des règlements de compte internes entre modérés et proches de la mouvance néonazie. Et sa bête noire, la chancelière allemande Angela Merkel, regagne en popularité.

Le cap politique futur du parti Alternative pour l'Allemagne (AfD) est en jeu. Larvée depuis plusieurs mois, cette guerre de courants a éclaté au grand jour ce week-end avec la décision de la direction d'exclure un de ses cadres, Andreas Kalbitz.

Le motif officiel est que le président du mouvement dans le Brandebourg, la région qui entoure Berlin, avait dissimulé lors de son adhésion au parti son appartenance passée à un groupuscule néonazi, les «Jeunesses allemandes patriotes».

Ce renvoi a été obtenu sous l'impulsion du courant dit «modéré», des ultra-conservateurs mais issus généralement de la droite classique et soucieux de conserver une façade respectable à ce mouvement née à l'origine en 2013 des critiques anti-euro.

«Auschwitzer» ses rivaux

«Nous sommes un parti conservateur traditionnel. Nous devons faire preuve de cohésion, mais nous devons clairement nous dissocier des positions d'extrême droite», a déclaré leur chef de file Jörg Meuthen, un des deux présidents du parti, à la chaîne de télévision ARD.

Dimanche, il a aussi invité le responsable exclu à faire son «examen de conscience» après avoir récemment menacé d'«auschwitzer» ses rivaux en interne, en référence au camp d'extermination nazi.

Andreas Kalbitz a annoncé lui son intention de déposer un recours. «Si cette décision devait être motivée par l'espoir d'être accepté des partis établis et de nos rivaux politiques, alors cela échouera», a-t-il prévenu.

Son exclusion a provoqué une levée de boucliers de l'aile la plus radicale de l'AfD, autour de son héraut Björn Höcke, qui représente, selon les estimations, environ un tiers des adhérents et a le vent en poupe depuis plusieurs mois.

Recourant à un vocabulaire évoquant les heures les plus sombres de l'Allemagne, ce dernier a accusé dans un message vidéo ses adversaires au bureau politique de l'AfD de «trahison à l'égard du parti».

Sous surveillance policière

Plusieurs barons du mouvement ont aussi pris la défense de M. Kalbitz, augurant de lendemains houleux. L'un d'eux, le député Jürgen Pohl, est allé jusqu'à publier un photomontage des huit membres du bureau politique ayant prononcé l'éviction avec ces mots: «Nous sommes des diviseurs!».

Le conflit interne s'est aggravé suite à la décision en mars des autorités de placer cette frange radicale, appelée «L'Aile», sous surveillance policière en raison de sa proximité avec la mouvance néonazie et au motif qu'elle représente une «menace» pour la démocratie.

Depuis, craignant l'impact de ce marquage au fer rouge dans l'opinion, les «modérés» n'ont eu de cesse de chercher à l'affaiblir. Au début avril, M. Meuthen a même évoqué l'idée d'une scission du parti, avant de renoncer face au tollé provoqué en interne.

C'est qu'au plan national, l'extrême droite plafonne, voire s'effrite. Si elle a fait de l'est du pays, en retard économiquement, son fief, l'AfD peine ailleurs.

En baisse dans les sondages

Après son irruption spectaculaire lors des législatives de 2017 dans le sillage de la crise des migrants, où elle avait récolté 12,6% des voix, devenant ainsi la principale force d'opposition à la chambre des députés, le parti est crédité de seulement 10% dans un sondage de la chaîne ZDF paru vendredi.

La pandémie due au nouveau coronavirus a relégué un peu plus ses thèmes traditionnels contre l'immigration au second plan, tandis que sa cible politique de prédilection, Angela Merkel, voit sa popularité retrouver des niveaux record, car l'Allemagne a été moins touchée que ses voisins.

L'AfD cherche toutefois à regagner le terrain perdu en soutenant les rassemblements qui font florès dans le pays contre les restrictions de circulation. Plusieurs milliers de personnes ont encore défilé samedi. «Nous observons une tendance montrant que les extrémistes, et particulièrement ceux de droite, instrumentalisent les manifestations», a dit dimanche le patron du renseignement intérieur, Thomas Haldenwang, au quotidien «Die Welt».

(ats)

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