Turkménistan: L'homme fort du pays brigue un 3e mandat
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TurkménistanL'homme fort du pays brigue un 3e mandat

Gourbangouly Berdymoukhamedov est bien placé pour régner sept années supplémentaires à la tête du pays d'Asie centrale.

Gourbangouly Berdymoukhamedov est au pouvoir depuis 2006.

Gourbangouly Berdymoukhamedov est au pouvoir depuis 2006.

AFP

Face à huit inconnus réduits à faire de la figuration, le président autocrate est candidat dimanche à sa propre succession. Il compte bien diriger sept ans de plus le Turkménistan, pays riche en gaz d'Asie centrale.

Les électeurs de ce pays extrêmement fermé auront le choix, parmi les opposants au président de 59 ans, entre des responsables régionaux, le directeur d'une raffinerie contrôlée par l'Etat ou encore le responsable d'un centre d'agro-business.

Des candidats méconnus qui devront se partager les miettes, soit «les 3 à 6% des votes» échappant à M. Berdymoukhamedov, en lice pour un troisième mandat, prédit Annette Bohr, une spécialiste de la région pour le centre d'analyse de politique étrangère londonien Chatham House.

Comme grand thème de campagne, l'ancien dentiste au pouvoir depuis 2006 a promis d'assurer «la prospérité dans le troisième millénaire d'un Turkménistan indépendant et neutre». La campagne électorale, qui s'achève samedi, a été très calme.

Règne à vie...?

Les télévisions du pays ont ainsi montré cette semaine un président particulièrement serein, jouant à la guitare, devant les ouvriers d'une usine, une chanson qu'il aurait écrite lui-même.

A Achkhabad, la capitale, les électeurs reconnaissaient en savoir peu sur les concurrents du chef de l'Etat. «Ce sont peut-être des gens bien mais seront-ils capable de diriger notre pays efficacement? Ce n'est pas très clair», s'interroge Nournepes Khodjamouradov, un retraité de 64 ans qui «votera pour le président actuel».

Le vote de dimanche dans ce pays riche en gaz de cinq millions d'habitants arrive quelques mois après une réforme constitutionnelle. En septembre, celle-ci a étendu de cinq à sept ans le mandat présidentiel et supprimé la contrainte d'âge maximal des candidats. Pour les analystes, ces changements sont le signe que le président Berdymoukhamedov se prépare à un règne à vie, à l'image de son excentrique prédécesseur Saparmourat Niazov.

Connu sous le nom de «Turkmenbachi» ou Père des Turkmènes, ce dernier était décédé après une attaque cardiaque en 2006, à 66 ans. Lui ayant succédé, M. Berdymoukhamedov a poursuivi le culte de la personnalité, rappelant celui de la Corée du Nord, que M. Niazov avait instauré.

Or, palais et... pauvreté

Des statues en or à l'effigie des deux hommes parsèment les rues de la capitale, où les revenus issus des hydrocarbures ont permis la construction d'immenses palais de marbre blanc qui contrastent avec la pauvreté pouvant toucher d'autres régions du pays.

Dans un récent rapport, l'ONG Human Rights Watch (HRW) a estimé que M. Berdymoukhamedov avait pris «quelques modestes mesures pour renverser certaines des décisions néfastes» de M. Niazov, conservant le caractère répressif qui caractérisait le régime de l'ancien président.

Bien que les Turkmènes aient désormais accès à Internet, interdit sous le règne de M. Niazov, celui-ci est sévèrement contrôlé et le gouvernement a mené une campagne pour couper les télévisions étrangères regardées via satellite par les Turkmènes, note HRW. «Les électeurs ne peuvent pas donner leur opinion sur les élections de façon ouverte et sans peur», poursuit l'ONG internationale.

Devise en chute libre

Assis sur les quatrièmes réserves mondiales de gaz, le Turkménistan cherche à donner une image prospère mais a pour le moment échoué à diversifier son économie et reste dépendant de ses exportations vers la Chine. La devise turkmène, le manat, a perdu plus de la moitié de sa valeur face au dollar depuis la chute des prix des hydrocarbures. Le pays a quand même inauguré un impressionnant aéroport en forme d'oiseau, estimé à 2,25 milliards de dollars.

Parallèlement, des quartiers résidentiels d'Achkhabad ont été rasés pour construire une cité des sports de 160 hectares en vue des Jeux asiatiques et d'art martiaux en salle, cette année.

Mais Annette Bohr, de Chatham House, met en garde contre toute conclusion hâtive sur le Turkménistan, un pays qui reste selon elle «opaque de l'extérieur». Néanmoins, explique-t-elle, le système turkmène consiste largement «à financer un petit cercle parmi les élites et les services de sécurité». «Cela ne change pas grand chose si l'homme en haut du système est M. Berdymoukhamedov ou un autre».

(ats)

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