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GenèveL'homme qui avait poignardé un juif ne sera pas interné

L'homme de 23 ans qui avait en 2011 poignardé un Juif orthodoxe à Genève devant sa femme et ses cinq enfants a été reconnu coupable mercredi de tentative d'homicide volontaire par le tribunal correctionnel.

Considéré comme irresponsable, l'assassin d'un juif en 2011 ne sera pas interné mais devra suivre un traitement en institution.

Considéré comme irresponsable, l'assassin d'un juif en 2011 ne sera pas interné mais devra suivre un traitement en institution.

Keystone

Considéré comme irresponsable, l'accusé suivra un traitement en institution.

Les juges n'ont pas suivi le premier procureur Stéphane Grodecki qui avait requis l'internement du prévenu. Selon le magistrat, la médecine n'est en effet pas capable de dire aujourd'hui si l'accusé, qui est atteint de schizophrénie paranoïde, pourra guérir un jour de sa maladie.

Le Tribunal correctionnel a estimé que l'internement était une mesure de dernier recours qui ne se justifiait pas dans cette affaire. La cour a fait confiance à l'expert qui a examiné le jeune homme et qui considère qu'un traitement en institution a des chances de succès.

Valérie Lorenzi, l'avocate de l'accusé, est persuadée que son client est curable. Elle a plaidé pour un placement en milieu institutionnel fermé, une mesure moins dure que l'internement et qui permet un réexamen de la situation d'ici à cinq ans. Elle a insisté sur la volonté de son client de suivre un traitement.

«Antisémitisme profond et caractérisé»

«Mon client a été victime d'un acte abject et odieux», a de son côté souligné Philippe Grumbach, l'avocat du père de famille agressé. Pour lui, le mobile est à rechercher uniquement dans l'antisémitisme «profond et caractérisé» qui animait et anime peut-être encore le prévenu aujourd'hui.

Les faits se sont déroulés en décembre 2011, à proximité du Musée d'histoire naturelle. En excursion à Genève, le père de famille, qui porte une kippa, s'apprête à embarquer dans sa voiture avec sa femme, ses cinq enfants et sa belle-mère, pour rentrer en France, où il habite. Il est alors agressé par l'accusé.

Le malheureux reçoit plusieurs coups de couteau. L'affaire aurait pu connaître une issue fatale si l'épouse de la victime n'avait pas eu la présence d'esprit de dire à son mari de s'engouffrer dans la voiture et d'abandonner la poussette dans la rue. L'intervention rapide des secours a également permis d'éviter le pire.

Délires calqués sur l'actualité

«Mon client avait acheté ce couteau pour des cérémonies qu'il organisait. Il n'a pas prémédité son acte», a déclaré Mme Lorenzi. Selon l'avocate, le prévenu a alimenté ses délires avec des éléments de l'actualité. En l'occurrence, il n'avait pas supporté à l'époque l'arraisonnement par la marine israélienne d'un cargo turc.

L'agresseur, de nationalité britannique, a été arrêté dix mois plus tard aux Pays-Bas, dans un squat. Extradé, il a admis les faits, mais a souligné devant le tribunal qu'il n'a jamais eu l'intention de tuer. «Je suis désolé», a-t-il déclaré, affirmant qu'à l'époque des faits, il était «sous l'influence d'un groupe antisémite».

Le jeune homme, qui a un visage d'adolescent et un corps fluet, a été adopté à l'âge de trois mois. Il n'a connu sa mère biologique qu'à 18 ans. Son père adoptif est venu témoigner devant le tribunal correctionnel. Il a indiqué n'avoir pas remarqué que son fils était malade et a déclaré qu'il fera tout pour l'aider.

(ats)

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