Editorial: L'homophobie peut-elle être populaire en Suisse?
Actualisé

EditorialL'homophobie peut-elle être populaire en Suisse?

En lançant son référendum contre la communauté gay, l'UDF rappelle qu'elle existe en cette année électorale. En fait, pour cette formation, les homosexuels ne devraient pas exister. Leur référendum non plus.

par
Eric Felley
La Gay Pride de Zurich, ici en juin 2018, est un événement incontournable de l'année en Suisse alémanique. Preuve que la tolérance envers les milieux LGBT existe en Suisse, mais elle demeure fragile.

La Gay Pride de Zurich, ici en juin 2018, est un événement incontournable de l'année en Suisse alémanique. Preuve que la tolérance envers les milieux LGBT existe en Suisse, mais elle demeure fragile.

Keystone

L'annonce d'un référendum de l'UDF contre la norme punissant la discrimination de l’orientation sexuelle provoque un tollé depuis dimanche. Les représentants de l'Union démocratique fédérale (UDF), qui se sont exprimés sur la RTS ou sur Léman Bleu, ont récolté des volées de bois vert sur les réseaux sociaux. Pour un internaute: «L'idée même de ce référendum est un délit d'homophobie et d'appel à la haine...»

Un ressort facile

Effectivement, ce référendum ouvre un front dans une société helvétique où la tolérance est généralement la règle vis-à-vis de la communauté LGBT. Preuve en est, la gay pride de Zurich, ville où la présidente, Corine Mauch, est une lesbienne déclarée. Preuve en est, le procureur général de la Confédération Michael Lauber. Malgré tout, dans d'autres contextes, le respect dû aux personnes LGBT n'est pas gagné. La stigmatisation de ces milieux demeure un ressort facile pour mettre les mauvais rieurs de son côté.

Créée il y a une quarantaine d'années, l'UDF n'entend pas faire rire. Elle se décrit comme «le parti des valeurs éthiques». Cette petite formation est également opposée à l'avortement où «les personnes concernées devraient être encouragées vers le chemin du pardon, de la réconciliation et de la guérison.» Elle est contre le suicide assisté car la «Suisse est devenue la Mecque européenne du tourisme de la Mort ou de l’Euthanasie.»

L'UDF peut-elle gagner ou capoter ?

Le lancement de ce référendum s'intègre dans la perspective des élections 2019, où l'UDF annonce des candidats en Suisse alémanique. En Suisse romande, rien pour l'instant. Depuis 2011, les chantres de l'éthique n'ont plus de voix au Conseil national. Durant son histoire récente, l'UDF s'est battue contre les projets de partenariat pour les couples homosexuels ou contre l'adoption dans ce cadre-là. Autrement dit, pour l'UDF, les orientations sexuelles autres que celles de la famille traditionnelle sont contraire aux valeurs helvétiques. Peut-elle gagner dès lors devant le peuple avec cette vision ?

Les 50 000 signatures nécessaires au référendum, l'UDF doit les chercher dans l'électorat conservateur disséminé dans l'UDC, le PDC et parfois le PLR. Devant le peuple, ce sera une votation à haut risque de dérapage. Mais les milieux LGBT sont aujourd'hui assez solides pour assumer une campagne. L'idéal serait bien entendu que ce référendum capote au stade initial de la récolte des signatures.

Votre opinion