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Consommation«L'huile de palme est partout!»

Le Français Adrien Gontier a décidé de vivre un an sans consommer une seule goutte d'huile de palme. Il a découvert une hallucinante jungle de «produits palmés».

par
Renaud Michiels
A force de scruter les étiquettes et dénicher l'huile de palme dissimulée sous des noms barbares, Adrien Gontier est devenu un spécialiste du sujet.

A force de scruter les étiquettes et dénicher l'huile de palme dissimulée sous des noms barbares, Adrien Gontier est devenu un spécialiste du sujet.

Frederick Florin/AFP

Peut-on ne jamais consommer d'huile de palme? C'est presque impossible, sauf si on est un brin fêlé comme Adrien Gontier. Cet Alsacien de 26 ans qui termine sa thèse en géochimie à Strasbourg s'était fixé comme défi de vivre un an sans huile de palme. «A l'origine, c'était un choix éthique, à cause de la déforestation dramatique que provoque la culture intensive de cette huile en Indonésie ou en Malaisie. Puis c'est aussi devenu un jeu, une enquête, car l'huile de palme est partout, c'est inimaginable!»

L'alimentaire, d'abord. On la trouve souvent présente dans les produits transformés et plats cuisinés. Comme dans les margarines, des pâtes à tartiner, chips, biscuits d'apéritifs, pâtes (feuilletées en tête), biscuits, biscottes, glaces. «Ce qui est compliqué, ce n'est pas de s'en passer, mais de savoir où il y en a, d'identifier le mal», sourit Adrien Gontier. Comme en Suisse, l'huile de palme peut se cacher sous le terme d'«huile végétale» dans l'Union européenne. «Mais surtout l'huile de palme, c'est comme le pétrole. Ça se transforme en tout: antioxydants, émulsifiants, épaississants, colorants, etc. Elle prend alors des dizaines de noms différents, note-t-il. J'en ai même trouvé dans des raisins secs. Mais ma découverte préférée ce sont les fromages analogues, des sortes de faux fromages sans lait allongés à l'huile de palme. Un produit purement industriel, utilisé par exemple pour des pizzas. Reste qu'au final, si on cuisine soi-même des produits frais, de base, il est assez facile de ne pas ingérer d'huile de palme.»

Savons, shampooings, mascaras

Beaucoup moins connu, le non-alimentaire. «Là, c'est un festival! Je n'ai eu que des surprises.» Adrien Gontier a découvert de l'huile de palme dans presque tous les savons solides, le carburant, les mousses à raser, dans des colles, tablettes pour lave-vaisselle, produits d'entretien, shampooings ou dentifrices. Dans ces produits, elle peut se dissimuler sous les jolis noms de sodium palmate, acide palmique, alcool cétéarylique, monoglycéride d'acide gras ou autres agents tensioactifs… «J'ai trouvé de l'acide stéarique dans le mascara de ma femme. Il peut être fait à partir d'huile de palme, de soja, de tournesol ou même de pétrole. La seule manière de le savoir est de contacter le fabricant. C'était de l'huile de palme.»

En juillet dernier, Adrien Gontier a bouclé son année sans «produits palmés». Depuis, il continue à alimenter son blog (Vivresanshuiledepalme.blogspot.fr) et est devenu un spécialiste du sujet que les médias s'arrachent. Mais a-t-il vraiment réussi à vivre sans huile de palme? «Je crois, mais je ne suis pas sûr, car j'ai été parfois invité par des amis. Ils jouaient le jeu, mais je ne suis pas allé vérifier dans leurs poubelles pour voir comment ils avaient fait leurs repas.»

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