Guerre en Syrie: L'humanitaire au coeur des discussions à Genève

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Guerre en SyrieL'humanitaire au coeur des discussions à Genève

La situation humanitaire catastrophique en Syrie, où les civils sont bombardés et meurent de faim, devrait dominer les discussions par l'ONU avec le régime et l'opposition syrienne.

Madaya est devenue le symbole de la souffrance des civils en Syrie.

Madaya est devenue le symbole de la souffrance des civils en Syrie.

Keystone

L'organisation MSF a annoncé que 16 personnes étaient mortes de faim depuis la mi-janvier à Madaya, près de Damas, où quelque 40'000 personnes sont assiégées par le régime. Médecins sans Frontières a accusé les forces du président Bachar el-Assad de «continuer à bloquer l'approvisionnement de la ville en matériel médical et médicaments indispensables».

Madaya est devenue le symbole de la souffrance des civils en Syrie, mais quelque 14 villes sont aussi assiégées dans le pays, par le régime, les rebelles ou les djihadistes de l'EI.

Les pourparlers, censés in fine enclencher un processus de transition politique, ont remis la Syrie sous le feu des projecteurs. Et particulièrement la souffrance d'une population exsangue après cinq ans de guerre.

Accusations de l'opposition

L'opposition syrienne, qui a finalement décidé de rejoindre les discussions après plusieurs jours d'hésitation, compte mettre la question humanitaire au centre des pourparlers. «Le régime de Bachar el-Assad et la Russie n'ont rien fait pour alléger la situation humanitaire et mettre fin aux attaques indiscriminées contre les civils, comme demandé par l'ONU», a accusé le Haut conseil des négociations (HCN), la principale plate-forme de l'opposition.

La résolution 2254 de l'ONU, adoptée en décembre, qui fixe un cadre aux négociations, demande l'accès aux populations assiégées et l'arrêt des attaques contre les civils. Les bombardements du régime de Damas et de leur allié russe font quasi quotidiennement des victimes, selon l'OSDH, une ONG syrienne qui estime à près de 1400 le nombre de civils tués par des frappes russes depuis le début de l'intervention de Moscou en Syrie, fin septembre.

Selon cette ONG, les forces du régime ont encore bombardé samedi un camp de déplacés dans le nord-est de Lattaquié (ouest), faisant un nombre inconnu de blessés.

Satisfaction occidentale

Les Occidentaux ont salué la décision de l'opposition de se joindre aux discussions. La délégation a quitté Ryad samedi pour aller assister à la conférence de Genève. Parmi ses 17 membres figurent Riad Hidjab, coordinateur du HCN, et Asaad al Zoubi, chef de la délégation, selon un représentant de l'organisation.

«Nous ne demandons pas de miracles ni une complète cessation des hostilités, mais l'arrêt des bombardements aveugles de marchés, d'hôpitaux et d'écoles par le régime et ses parrains russes», a déclaré ce représentant, Naasan Agha.

Les négociations doivent «aboutir à une transition politique sans Assad et mettre un terme à la souffrance des Syriens», a toutefois insisté dans un communiqué le chef de la diplomatie britannique Philip Hammond. La question du sort du président Assad, considéré par les Occidentaux comme le bourreau de son propre peuple, est une des plus épineuses, les alliés russe et iranien de Damas refusant sa mise à l'écart.

«Aucun aspect ne doit être laissé de côté», a également déclaré samedi son homologue français Laurent Fabius, pour qui les discussions doivent porter à la fois sur «le droit humanitaire» et «la transition politique». «Nous sommes au devant de négociations difficiles, il y aura des déceptions», a estimé le chef de la diplomatie allemande Frank-Walter Steinmeier, jugeant lui aussi «impératif qu'il y ait de vrais progrès dans le domaine humanitaire».

Rencontre ONU-Damas

L'ONU avait résolu d'ouvrir les discussions vendredi malgré l'absence du HCN. L'émissaire spécial de l'ONU pour la Syrie Staffan de Mistura a rencontré la délégation de Damas, menée par l'ambassadeur syrien à l'ONU, Bachar al-Jaafari.

Cette rencontre, qualifiée par l'envoyé des Nations unies de «réunion préparatoire», a marqué le coup d'envoi symbolique d'un dialogue inter-syrien, arraché au forceps sous la pression internationale et prévu pour durer six mois.

Des responsables kurdes, non invités aux discussions, ont eux quitté Genève samedi.

(ats)

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