Publié

JusticeL'hypothèse du don de Picasso mise à mal

Les témoins qui se sont succédé à la barre du procès de l'ancien électricien de Picasso ont exclu que le maître ait pu lui offrir 271 de ses œuvres.

Maya Ruiz-Picasso (à g.), fille de Pablo Picasso et son avocate (10 février).

Maya Ruiz-Picasso (à g.), fille de Pablo Picasso et son avocate (10 février).

AFP

Une cohorte de témoins a balayé mercredi la thèse selon laquelle Picasso ou son épouse Jacqueline auraient pu faire don de 271 œuvres du maître à leur ancien électricien. Ce septuagénaire est jugé pour «recel» devant le tribunal de Grasse, dans le sud-est de la France.

Pierre Le Guennec assure que les œuvres lui ont été données de manière informelle au début des années 70 par Jacqueline, la dernière épouse du peintre, avec l'accord de Picasso. Mais les témoins qui se sont succédé mercredi à la barre ont formellement exclu cette hypothèse, assurant que le maître dédicaçait ou signait toutes ses œuvres.

«J'ai toujours vu Picasso faire des dédicaces à des gens qu'il aimait», sur des dessins souvent créés sur place et immédiatement donnés, s'est ainsi souvenu Gérard Sassier, le fils d'Inès, femme de chambre de l'artiste durant 34 ans.

Faire don à son électricien de 180 œuvres et un carnet de 91 dessins non dédicacés ou signés, «c'est quelque chose d'inimaginable», affirme Gérard Sassier.

Grande prudence

Même témoignage du décorateur Dominique Sassi, qui travaillait dans l'atelier de céramique Madoura à Vallauris, près de Grasse, et qui a bien connu Picasso. Selon lui, le peintre n'aurait jamais pu donner ses œuvres préparatoires. «Même ses céramiques ratées, il les gardait», précise-t-il.

«Jacqueline avait un grand cœur», mais «elle était très prudente, ne donnait pas n'importe quoi à n'importe qui», ajoute celui qui a aidé Jacqueline à mettre de l'ordre dans la succession après le décès du maître en 1973, répertoriant les centaines d'œuvres entassées au mas provençal de Mougins.

Œuvres très rares

Christine Pinault, experte de l'authentification à la société Picasso Administration, a pour sa part relevé que la boîte de Pierre Le Guennec comprend huit papiers collés cubistes très rares élaborés avec Georges Braque au début du XXe siècle, ainsi que des «souvenirs intimes» comme un portrait de sa première épouse Olga, de Fernande (une compagne) ou un petit cheval découpé réalisé pour ses enfants. «On ne peut pas imaginer qu'il ait pu les donner à un tiers».

La découverte publique de ce trésor inédit remonte à 2010 quand Pierre Le Guennec a voulu faire authentifier les œuvres, après avoir remisé la boîte dans son garage pendant quatre décennies. Les héritiers de Pablo Picasso se sont alors portés partie civile, affirmant que les œuvres avaient été volées.

(ats)

Ton opinion