26.04.2015 à 12:03

JusticeL'Indonésie déterminée à exécuter huit étrangers

Malgré les pressions internationales, l'Indonésie est décidée à exécuter huit étrangers condamnés pour trafic de drogue. Le Français Serge Atlaoui y échappe provisoirement.

Des manifestations ont eu lieu à Paris pour protester contre l'exécution du Français condamné.

Des manifestations ont eu lieu à Paris pour protester contre l'exécution du Français condamné.

Keystone

L'Indonésie se montrait déterminée ce dimanche 26 avril à procéder à l'exécution imminente de huit condamnés à mort étrangers pour trafic de drogue, en dépit des condamnations internationales contre la peine capitale à laquelle un Français a provisoirement échappé.

Les autorités de ce pays d'Asie du Sud-Est ont formellement notifié aux huit détenus - d'Australie, du Brésil, des Philippines et du Nigeria - que leur exécution au côté d'un Indonésien était imminente.

Cependant, le Français Serge Atlaoui, condamné à mort en 2007 pour un trafic de drogue qu'il a toujours nié, a été retiré de la liste des exécutions au dernier moment, après d'intenses pressions diplomatiques de Paris.

Demande de grâce rejetée

Les neuf condamnés, qui vivent leurs dernières heures, ont été placés à l'isolement dans une prison du complexe pénitentiaire sur l'île isolée de Nusakambangan, «l'Alcatraz indonésien», où ils pourraient être exécutés dès mardi.

La législation indonésienne prévoit que l'exécution doit être notifiée aux condamnés au moins 72 heures au préalable.

Ces détenus ont récemment vu leur demande de grâce rejetée par le président indonésien, Joko Widodo, intransigeant sur l'exécution des condamnés à mort pour trafic de drogue, et resté sourd aux appels à la clémence de plusieurs pays, alors que les critiques internationales se multiplient.

Appel de Ban Ki-moon, de l'Australie et du Brésil

Ainsi, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a exhorté samedi le gouvernement indonésien à ne pas exécuter ces condamnés dans le couloir de la mort, rappelant l'opposition traditionnelle de l'ONU à la peine capitale.

«Selon la législation internationale, au cas où la peine de mort est en vigueur, elle ne devrait être appliquée que pour les crimes les plus graves comme les meurtres avec préméditation, et seulement en l'accompagnant des garanties appropriées», a-t-il déclaré. «Les infractions liées à la drogue ne sont pas considérées généralement comme entrant dans cette catégorie des crimes les plus graves», a souligné Ban Ki-moon.

De son côté, le gouvernement australien a indiqué avoir été informé samedi que l'exécution de ses deux ressortissants, Myuran Sukumaran et Andrew Chan, était «imminente».

«J'appelle à nouveau respectueusement le président indonésien à reconsidérer son refus d'accorder une grâce. Il n'est pas trop tard pour changer d'avis», a déclaré la ministre australienne des Affaires étrangères, Julie Bishop.

Le gouvernement brésilien a également assuré qu'il poursuivrait ses efforts diplomatiques pour tenter d'éviter l'exécution du Brésilien Rodrigo Muxfeldt Gularte.

Indonésie inflexible

En dépit de l'intensification des pressions diplomatiques, l'Indonésie se montre inflexible, à l'image des propos du ministère des Affaires étrangères qui a indiqué dimanche que les déclarations du secrétaire général des Nations unies n'allaient rien changer au projet d'exécution des condamnés.

«Nous avons pris note des déclarations de l'ONU, mais nous observons aussi qu'il n'y a eu aucune déclaration similaire lorsque deux Indonésiennes ont été exécutées récemment», a déclaré un porte-parole du ministère indonésien des Affaires étrangères, Arrmanatha Nasir, en référence aux deux domestiques indonésiennes décapitées en Arabie Saoudite.

Des exécutions ont eu lieu récemment «dans d'autres pays, et nous n'avons vu aucune déclaration de l'ONU», a-t-il ajouté.

Législation sévère

Les exécutions par arme à feu imminentes en Indonésie avaient été prévues initialement en février, mais les autorités ont ensuite indiqué qu'elles attendraient la fin des recours en justice, à la suite de critiques et pressions internationales.

Alors que Jakarta a invoqué une procédure en cours devant le tribunal administratif pour retirer le Français de la liste, l'Indonésien placé à l'isolement dans l'attente de son exécution avec les huit étrangers a lui aussi introduit un recours qui n'a pas encore été examiné par la Cour suprême, dont la décision est attendue lundi.

La législation indonésienne antidrogue est l'une des plus sévères au monde, la détention de faibles quantités de stupéfiants pouvant être passible de la peine de mort, comme dans d'autres pays d'Asie du Sud-Est, tels la Malaisie, la Thaïlande et le Vietnam.

(AFP)

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