Actualisé 28.02.2016 à 17:59

Votations du 28 févrierL'initiative sur les denrées alimentaires rejetée

Le texte proposé par la Jeunesse socialiste a été refusé à la majorité des cantons.

Le texte veut combattre les famines en proscrivant les investissements dans certains produits alimentaires.

Le texte veut combattre les famines en proscrivant les investissements dans certains produits alimentaires.

Les traders pourront continuer de spéculer sur les denrées alimentaires. L'initiative populaire de la Jeunesse socialiste a été rejetée dimanche par 59,9%% des votants. Seuls le Jura et Bâle-Ville l'ont soutenue.

Le texte «Pas de spéculation sur les denrées alimentaires» voulait proscrire les opérations spéculatives sur des denrées comme le maïs, le blé ou le riz. Cette interdiction aurait frappé les sociétés implantées en Suisse. Seuls des contrats portant sur la garantie des délais ou des prix fixés auraient été autorisés. But affiché: combattre les famines.

Les partisans du texte ont pointé du doigt l'extrême volatilité des prix induite par la spéculation. Des fonds d'investissements étrangers opérant en Suisse sont les acteurs d'un «marché détestable» qui influe même sur l'agriculture helvétique. En stabilisant le marché, l'initiative apporterait davantage de sécurité aux consommateurs, producteurs et commerçants.

Hostilité de Nidwald

Les Nidwaldiens ont été les plus hostiles avec 69,2% de vetos devant les Obwaldiens (68,5%) et les citoyens de Appenzell Rhodes-Intérieures (67,4%). Seuls deux cantons ont accepté le texte: le Jura à 50,5% et Bâle-Ville à 50,4%.

Le rejet a été d'intensité variable en Suisse romande. Les Valaisans ont repoussé le texte le plus fortement (63,9%) devant les Fribourgeois (59,9%), les Vaudois (56,5%), les Genevois (54,5%) et les Neuchâtelois (54,4%). Berne a dit «non» à 58,4%.

Le score national de l'initiative est néanmoins honorable. Les initiants ont peut-être profité de la forte mobilisation des opposants à l'initiative de l'UDC pour le renvoi effectif des criminels étrangers.

«Succès d'estime»

Malgré le rejet assez net dimanche de l'initiative des Jeunes socialistes (JS) contre la spéculation sur les denrées alimentaires, le camp des perdants évoque un «succès d'estime». La droite est pour sa part soulagée pour l'économie, qui aurait pâti des conséquences du texte.

Pour Josef Lang, le vice-président des Verts, le résultat est un succès d'estime. «Un tel score, pour une initiative de gauche avec un contenu idéaliste, est un bon résultat», s'est réjoui l'ancien conseiller national zougois. Cette question était soumise pour la première fois, et la première fois, c'est toujours difficile, souligne l'écologiste.

A ses yeux, le bon résultat s'explique aussi par la mobilisation de la jeunesse critique envers l'initiative de l'UDC pour le renvoi des étrangers criminels. S'agissant des denrées alimentaires, la lutte doit continuer, estime Josef Lang. Il la voit surtout dans l'initiative «Pour des multinationales responsables»: moins radicale, elle a le potentiel, selon lui, de dépasser les 50%.

«Nous prenons maintenant les opposants au mot», a réagi pour sa part Fabian Molina, président des JS. Il exige du Conseil fédéral qu'il ne réduise pas l'aide au développement. «Une réduction serait une marque de mépris».

Au Conseil fédéral d'agir

Le président demande aussi au gouvernement d'activer les limites de positions nettes qu'une personne peut détenir sur les matières premières. Cette mesure est prévue par la nouvelle loi sur l'infrastructure des marchés financiers. But: éviter que des acteurs indésirables contournent des réglementations étrangères en passant par la Suisse.

«En outre, l'Agenda 2030 de l'ONU doit être appliqué», a dit Fabian Molina. Ce texte en faveur du développement durable exige expressément des mesures visant à réduire l'extrême volatilité des prix des denrées alimentaires. Celles-ci doivent maintenant être appliquées, a conclu le président des JS.

Alliance sud, qui regroupe six organisations d'entraide, partage la position et les revendications de la Jeunesse socialiste, notamment pour ce qui est des limites de positions. Pain pour le prochain estime en sus que le nombre de «oui» montre que pour beaucoup de citoyens, il est important d'assurer le droit à l'alimentation pour tous.

L'initiative ratait sa cible

Dans le camp des opposants, le PLR et le PDC, très satisfaits du net rejet, ont souligné que le texte des Jeunes socialistes ne permettait pas d'atteindre l'objectif visé. Et il aurait eu des conséquences négatives pour la Suisse.

«L'objectif était louable, soit éviter la hausse des prix des denrées, un bien qui doit être accessible à tous dans le monde», a relevé le conseiller national Dominique de Buman (PDC/FR). Mais l'augmentation des prix a d'autres causes, telles que la météorologie, les conflits ou la situation politique.

De «bonnes intentions»

Même son de cloche de la part du PLR Philippe Nantermod, qui parle d'un texte «plein de bonnes intentions», mais qui était mauvais pour la Suisse et inutile pour l'objectif recherché, soit la lutte contre la faim dans le monde». Selon le conseiller national valaisan, l'initiative aurait eu des effets collatéraux pour les producteurs, grands et petits, et pour la place économique suisse.

En résumé, Philippe Nantermod estime que «c'est la victoire du pragmatisme contre l'idéologie». L'UDC est aussi très contente du rejet, car elle craignait fortement les conséquences d'un «oui» pour l'économie suisse, et en particulier celle de l'Arc lémanique, qui abrite nombre de sociétés de négoce, a réagi le conseiller national Jean-Pierre Grin.

«Quelque peu suicidaire»

Selon le Vaudois, la Suisse en fait déjà beaucoup pour aller vers davantage d'éthique, et aller plus loin aurait été «quelque peu suicidaire pour notre économie». Et d'ajouter que faire cavalier seul n'allait pas dans le bon sens.

Pour la Fédération des industries alimentaires suisses (fial), il n'était pas clair si l'initiative aurait eu une influence sur la faim dans le monde. «Elle aurait en revanche apporté beaucoup de frais et d'incertitudes aux entreprises», estime son coprésident Urs Reinhard. GastroSuisse et l'Association suisse des banquiers craignaient aussi que ce texte nuise à l'économie.

(ats)

Votre opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!