Actualisé 25.07.2012 à 20:56

Guerre civileL'isolement de la Syrie s'accentue

La Turquie a fermé trois postes- frontières avec son voisin, face à la dégradation des conditions de sécurité. Le régime de Damas a également des relations tendues avec le Liban.

Un poster vandalisé de Bachar al-Assad.

Un poster vandalisé de Bachar al-Assad.

AFP

L’isolement de la Syrie a été accentué mercredi par la fermeture par la Turquie de trois postes- frontières avec son voisin, face à la dégradation des conditions de sécurité. Damas et Beyrouth se sont par ailleurs accusés mutuellement de violations de leur frontière commune.

«Les sorties de citoyens turcs par les postes-frontières de Karkamis, Cilvegözü et Öncüpinar sont interrompues, suspendues, la sécurité n’étant plus assurée en face», a dit le ministre des Douanes et du Commerce Hayati Yazici. Idem pour le passage par ces postes des véhicules de commerce international de pays tiers.

Ces trois postes-frontières sont situés face aux postes syriens de Jarablus, Bab al-Hawa et Al-Salama, investis la semaine dernière par les rebelles syriens. A Bab al-Hawa (à 50 km à l’ouest d’Alep), une trentaine de camions turcs ont été pillés et neuf d’entre eux brûlés jeudi et vendredi, selon des sources officielles turques.

Tout ressortissant étranger souhaitant quitter la Syrie par la Turquie pourra toutefois le faire, a précisé M. Yazici. A Genève, le Haut Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR) a précisé que la frontière restait ouverte aux réfugiés syriens, dont 300 sont passés en Turquie dans la seule nuit de mardi à mercredi.

Les deux autres postes-frontières avec la Syrie encore actifs, Yayladagi et Akçakale (sud), continuent de fonctionner normalement, a ajouté M. Yazici, même si leur activité est extrêmement réduite en raison des violences en Syrie.

Tensions avec le Liban

Le régime de Damas a également des relations tendues avec le Liban. Les deux pays se sont accusés mutuellement mercredi de violations de leur frontière commune, un événement inédit dans les relations entre deux pays puisque la Syrie avait occupé durant trente ans son petit voisin.

Le chef de la diplomatie libanaise Adnane Mansour a annoncé avoir remis à Damas «un mémorandum par la voie diplomatique portant sur des violations aux frontières et demandant qu’elles ne se répètent pas». Il a reçu le jour même un mémorandum syrien portant sur «les violations à la frontière libanaise contre la Syrie depuis cinq mois», a indiqué une source au sein de ses services. Les accrochages et les tirs d’obus à partir de la Syrie vers le pays du Cèdre se sont multipliés ces dernières semaines.

Damas accuse des «terroristes» de s’infiltrer sur son territoire à partir du Liban et accuse des parties libanaises d’introduire en contrebande des armes destinées aux rebelles.

La bataille d’Alep se prépare

Ces tensions diplomatiques sont intervenues alors que l’armée syrienne et les rebelles acheminaient mercredi des troupes vers Alep, deuxième ville de Syrie où se joue désormais une bataille décisive. Des milliers de soldats à bord de chars d’assaut et de véhicules blindés sont partis de la province d’Idleb, près de la Turquie, pour rejoindre Alep, selon des militants de la région.

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), des accrochages ont éclaté dans plusieurs quartiers et des hélicoptères de l’armée ont mitraillé le secteur. Si Alep tombe, «le régime est fini et les deux adversaires le savent», a souligné le président de cette ONG basée à Londres, Rami Abdel Rahmane.

A Damas même, l’armée régulière, qui a repris lundi le contrôle de la plus grande partie de la capitale selon l’OSDH, bombardait Hajar el-Aswad, un des derniers bastions rebelles de la ville, faisant usage d’hélicoptères et de mitrailleuses lourdes, selon l’OSDH.

Embargo européen

Face à la poursuite des violences, l’Union européenne a renforcé des contrôles de son embargo sur les armes à la Syrie. La Russie a condamné ces mesures, y voyant «un blocus». Elle a aussi accusé Washington de «justifier le terrorisme» en refusant de condamner l’attentat du 18 juillet à Damas.

Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon a exhorté mercredi «le monde entier» à agir pour faire cesser le «massacre» en Syrie, dans un discours devant le Parlement de Bosnie. Mais, dans le même temps, le chef des opérations de maintien de la paix de l’ONU, Hervé Ladsous, a indiqué que la moitié des 300 observateurs des Nations unies avait quitté le pays.

Washington condamne

La Maison Blanche a estimé mercredi que le recours à des moyens aériens d’attaque par le régime du président Bachar al-Assad démontrait sa «perversité». Elle a condamné l’assaut en cours à Alep, la deuxième ville de Syrie.

«Un assaut est en cours à Alep en Syrie. Le gouvernement Assad, selon des informations, est en train d’utiliser ds hélicoptères, des avions et des chars pour perpétrer des violences haïssables contre les Syriens et des civils sans armes. Nous condamnons cela», a affirmé le porte-parole du président américain Barack Obama, Jay Carney.

«Cela constitue un autre indice de l’étendue de la perversité dont Assad et son gouvernement ont démontré qu’ils étaient capables», a ajouté M. Carney face aux journalistes dans l’avion Air Force One qui transportait M. Obama de Seattle à La Nouvelle-Orléans.

(ats)

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