23.03.2012 à 18:34

Crise de la detteL'Italie démarre une difficile réforme du marché du travail

L'Italie a emprunté vendredi le chemin d'une difficile réforme du marché du travail qui devrait notamment rendre plus facile le licenciement économique, une réforme fortement contestée par certains syndicats.

Le gouvernement de Mario Monti a adopté le plan de réforme du marché du travail.

Le gouvernement de Mario Monti a adopté le plan de réforme du marché du travail.

AFP

Le gouvernement a adopté en conseil des ministres, après plus de cinq heures de débat, les grandes lignes de ce projet «avec l'intention de créer un marché du travail dynamique, flexible, (...) capable de contribuer à la croissance et à la création de postes de travail».

Après avoir avoir redressé les comptes publics, réformé les régimes retraites et fait adopter des libéralisations, le chef du gouvernement Mario Monti a tenu sa promesse de présenter une réforme du marché du travail d'ici la fin mars, avant de partir dimanche pour une tournée en Asie.

«Il s'agit d'une réforme longuement attendue par le pays et fortement souhaitée par l'Union européenne», a souligné le gouvernement dans un communiqué, alors que la principale confédération italienne, CGIL (gauche), a déjà annoncé une grève générale de huit heures.

Profondes résistances au changement

Le texte sera transformé en projet de loi et est susceptible de subir des modifications au Parlement avant son adoption définitive, qui n'interviendra pas avant plusieurs mois.«

La réforme ambitieuse des retraites était un bon début mais le succès éventuel de la réforme du marché du travail permettra de voir si le gouvernement Monti est en mesure de surmonter les profondes résistances au changement», a commenté vendredi Christian Schulz, économiste sénior de la banque Berenberg.

De l'avis du gouvernement, le projet de loi devrait à terme «favoriser une répartition plus juste des différentes protections entourant le poste de travail», actuellement fortes pour les emplois à durée indéterminée et très faibles pour les autres.

«Sans juste cause»

Mais en dépit de deux mois de négociations, l'exécutif n'est pas parvenu à un accord avec les partenaires sociaux, rencontrant l'opposition de la CGIL (5 millions d'adhérents), farouchement opposée à la modification de l'article 18 du statut des travailleurs sur les licenciements.

Actuellement, cet article qui ne s'applique qu'aux entreprises de plus de 15 salariés interdit les licenciements «sans juste cause». Mais la réforme le modifie de fond en comble afin de rendre plus facile le licenciement économique: s'il s'avère abusif, «l'employeur ne peut être condamné qu'au paiement d'une indemnisation» et non à la réintégration du travailleur, contrairement à ce qui passe actuellement.

Afin de réduire la durée et les coûts des contentieux entre employeur et employé, le gouvernement a aussi décidé d'introduire «une procédure abrégée» pour les affaires de licenciements.

La CGIL, qui redoute une vague de licenciements massifs alors que l'Italie vient d'entrer en récession, a prédit une dure bataille et annoncé, pour une date encore non fixée, une grève générale de 8 heures.

Jeunes mieux protégés

Les autres syndicats ont annoncé un «lobbying» intensif auprès des parlementaires pour obtenir des modifications.

«Maintenant la discussion se déplace au Parlement et nous serons probablement plus écoutés que nous ne l'avions été en parlant avec le gouvernement», a commenté Luigi Angeletti, secrétaire général de la confédération UIL (modérée).

La réforme prévoit aussi une nouvelle «assurance sociale pour l'emploi» (Aspi) qui remplacera et généralisera les actuelles indemnités chômage, étendues aux CDD du privé et du public. Pour lutter contre la précarité, les CDD ne pourront pas être prorogés au-delà de 36 mois. La réforme devrait aussi protéger davantage les jeunes qui entrent sur le marché du travail, avec l'abolition des stages gratuits et la généralisation de contrats d'apprentissage de six mois.

Le gouvernement a aussi prévu des mesures favorisant l'égalité des sexes, notamment un «congé de paternité obligatoire» et l'introduction dans les firmes publiques d'un quota minimum pour les femmes aux postes de direction

(AFP)

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