22.06.2018 à 23:40

MigrantsL'Italie maintient sa ligne dure envers les ONG

Avant le mini-sommet européen sur les migrations, l'Italie n'a pas changé sa position à l'encontre des ONG aidant les migrants.

Le ministre italien de l'Intérieur, Matteo Salvini, n'a pas compris pour Malte n'avait pas ouvert ses portes au bateau d'une ONG allemande, Lifeline.

Le ministre italien de l'Intérieur, Matteo Salvini, n'a pas compris pour Malte n'avait pas ouvert ses portes au bateau d'une ONG allemande, Lifeline.

AFP

L'Italie maintenait vendredi sa ligne dure à l'encontre des ONG aidant les migrants en Méditerranée, à quelques heures d'un mini-sommet européen sur les migrations qui s'annonce tendu, tant le sujet divise désormais les Européens.

Menace de mise sous séquestre des navires, refus d'ouvrir ses ports, le nouveau gouvernement italien, au pouvoir depuis trois semaines, veut réduire les arrivées de migrants sur ses côtes.

Cette fois, c'est une ONG allemande, Lifeline, qui se retrouve dans son collimateur. «Le bateau illégal Lifeline est maintenant dans les eaux maltaises avec son chargement de 239 migrants. Pour la sécurité de l'équipage et des passagers nous avons demandé que Malte ouvre ses ports», a affirmé sur Twitter le ministre italien de l'Intérieur, Matteo Salvini. «Evidemment, ce bateau devra ensuite être mis sous séquestre et son équipage arrêté», a ajouté le chef du parti d'extrême droite La Ligue.

Mais une source proche du gouvernement maltais, citée par le quotidien Times of Malta, a indiqué vendredi soir que «Malte n'était ni l'autorité coordinatrice, ni celle compétente pour les secours» car, selon cette source, «l'opération a été initialement gérée par le Centre (de coordination des secours maritimes) de Rome et l'autorité libyenne».

Un refus de Malte d'accueillir le navire humanitaire auquel M. Salvini a vivement réagi dans la soirée. «Si une seule personne devait se faire mal à bord de ce bateau, par ailleurs géré par des gens qui auront affaire à la justice, nous demanderons des comptes à Malte car ils sont devant leurs ports, aux Allemands parce que l'association est allemande, et aux Néerlandais parce le pavillon est le leur», a-t-il prévenu lors d'une réunion en Toscane.

«Si les Maltais se comportent de la sorte nous saurons comment réagir», a ajouté M. Salvini, qui est aussi vice-Premier ministre, en réaffirmant que le Lifeline n'arriverait «pas dans un port italien».

Hausser le ton

Ce nouvel épisode de la bataille engagée par l'Italie contre les ONG intervient moins d'une semaine après l'odyssée d'un autre navire humanitaire, l'Aquarius, contraint de rallier l'Espagne après le refus des Italiens et des Maltais d'ouvrir leurs ports aux 630 migrants qu'il transportait. La nouvelle coalition entre la Ligue et le Mouvement Cinq Etoiles (M5S, antisystème) a également décidé de hausser le ton en Europe.

«L'Italie n'est plus un pays à vendre, occupé, un peu français, un peu allemand», avait lancé plus tôt dans la journée depuis Sienne, Matteo Salvini, omniprésent dans les médias et qui s'est imposé comme l'homme fort du nouveau gouvernement.

A deux jours d'un mini-sommet à Bruxelles centré sur la question des migrations en Europe, le gouvernement populiste à Rome veut faire «entendre sa musique». Avec ce gouvernement, «l'Italie n'a jamais été aussi au centre» des discussions, a encore dit M. Salvini, citant le coup de téléphone jeudi de la chancelière allemande Angela Merkel au président du Conseil italien Giuseppe Conte.

Tentée par un boycott de ce mini-sommet, l'Italie a finalement confirmé sa participation après avoir été rassurée par Mme Merkel. «Si nous y allons pour recevoir un petit devoir déjà préparé par les Français et les Allemands, mieux vaut économiser l'argent du voyage», avait déclaré jeudi Matteo Salvini.

«Accords multilatéraux»

Mme Merkel a toutefois «éclairci les choses» en parlant de «malentendu»: le projet de conclusions de ce sommet, dont le contenu avait fuité mercredi dans la presse, sera écarté, avait alors assuré M. Conte. L'agacement de Rome tient au fait que le texte aborde insuffisamment la question de la protection des frontières européennes pour se concentrer sur le redéploiement des migrants dès lors qu'ils sont déjà arrivés en Europe.

Vendredi, Mme Merkel a toutefois relativisé l'importance de ce rendez-vous, où au moins seize pays seront présents, affirmant qu'aucune décision impliquant les 28 de l'Union européenne n'était à attendre. Il faudra plutôt viser des «accords bilatéraux, trilatéraux et multilatéraux», a-t-elle expliqué.

La polémique entre Rome et ses partenaires européens, loin d'être close, a rebondi vendredi après les déclarations du président français Emmanuel Macron dénonçant la «lèpre» nationaliste en Europe.

«Un jour il dit qu'il ne veut pas faire offense à l'Italie et un autre jour il parle de lèpre», s'est ainsi étonné vendredi Luigi Di Maio, l'autre vice-Premier ministre italien et chef de file du M5S. «Nous sommes peut-être des populistes lépreux, mais moi les leçons je les prends de qui ouvre ses ports. Accueillez les milliers de migrants et après on en reparlera», a lancé vendredi M. Salvini à l'adresse du président français.

(AFP)

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