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KenyaL'opposant Odinga fait durer le suspense

La coalition d'opposition kényane a reporté à mercredi l'annonce de son leader sur sa stratégie pour contester la réélection du président Uhuru Kenyatta.

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Le président kényan Uhuru Kenyatta a été investi mardi. (Mardi 28 novembre 2017)

Le président kényan Uhuru Kenyatta a été investi mardi. (Mardi 28 novembre 2017)

AFP
Il a été élu pour un second et dernier mandat à la tête de son pays après saga électorale, marquée notamment par l'invalidation en justice de la présidentielle du 8 août. (Mardi 28 novembre 2017)

Il a été élu pour un second et dernier mandat à la tête de son pays après saga électorale, marquée notamment par l'invalidation en justice de la présidentielle du 8 août. (Mardi 28 novembre 2017)

Réélu à la présidentielle d'octobre, boycottée par l'opposition, Uhuru Kenyatta a prêté serment sous les vivats des 60'000 personnes rassemblées dans un stade du nord-est de la capitale Nairobi. (Mardi 28 novembre 2017)

Réélu à la présidentielle d'octobre, boycottée par l'opposition, Uhuru Kenyatta a prêté serment sous les vivats des 60'000 personnes rassemblées dans un stade du nord-est de la capitale Nairobi. (Mardi 28 novembre 2017)

AFP

Les Kényans devront attendre 24 heures de plus avant de connaître mercredi la stratégie du leader de l'opposition Raila Odinga pour contester la réélection du président Uhuru Kenyatta. Il estime que celle-ci est entachée de fraudes.

Déjà défait trois fois auparavant à la présidentielle (1997, 2007 et 2013), M. Odinga a décidé de ne pas s'incliner. Il va mener jusqu'au bout ce qui pourrait être sa dernière grande bataille politique, à 72 ans.

Mardi après-midi, le numéro 3 de la coalition d'opposition Nasa, Musalia Mudavadi, a annoncé dans un communiqué le report de l'adresse à la Nation de M. Odinga, prévue mardi. Il a argué de «l'urgence, la complexité et la nature délicate des questions que Nasa doit traiter. (...) Nasa fera une communication exhaustive à la Nation demain (mercredi)».

M. Odinga était resté silencieux pendant 48 heures après la réélection vendredi soir de M. Kenyatta. Des violences avaient immédiatement éclaté, faisant au moins seize morts - dont une fillette de neuf ans - dans les fiefs de l'opposition.

M. Odinga avait de nouveau dénoncé dimanche une élection «volée». «Nous n'avons pas encore perdu. Nous n'abandonnerons pas», avait-il promis à des milliers de ses partisans dans le bidonville de Kibera, un des hauts lieux de la contestation dans la capitale Nairobi.

Options limitées

Les options s'offrant à M. Odinga paraissent cependant limitées. Il pourrait céder aux pressions internationales et se tourner vers la justice. Cette éventualité a pourtant été écartée jusqu'ici par la coalition d'opposition.

Un recours en justice peut être déposé jusqu'au 18 août. Mais Raila Odinga se rappelle fort bien qu'il avait saisi en 2013 la Cour suprême pour déjà contester l'élection de M. Kenyatta, et que celle-ci lui avait donné tort. Il pourrait également laisser une tierce partie saisir la Cour Suprême.

Mais l'organisme du ministère de l'Intérieur qui supervise les ONG dans le pays (NGO Board) a révoqué lundi la licence de la Commission kényane des droits de l'Homme (KHRC), arguant d'irrégularités (impôts impayés, permis de travail absents). Il a également demandé mardi à la police de fermer Africog, une organisation de la société civile engagée dans la transparence de la vie publique, au motif qu'elle n'était pas dûment enregistrée comme ONG.

Ces deux organisations figurent parmi les plus susceptibles de déposer un tel recours. La KHCR a d'ailleurs confirmé qu'une réflexion était en cours à ce sujet. Evoquant une tentative d'intimidation, elle a émis des doutes sur la sincérité du gouvernement qui a appelé à recourir aux voies légales pour contester l'élection.

Paralyser la capitale

Une autre possibilité pour le leader d'opposition serait d'en appeler à des manifestations dans les rues de Nairobi, avec l'ambition de paralyser la capitale. Le président Kenyatta a semblé donner lundi son assentiment à une manifestation, pour peu qu'elle soit pacifique.

«Faites-le simplement de manière pacifique, ordonnée, ne perturbez pas la vie des autres Kényans, et exprimez votre opinion», a-t-il déclaré. Mais ce serait tout de même pour M. Odinga prendre le risque de mettre ses sympathisants en danger. La police est peu susceptible de laisser la population des bidonvilles déborder dans le centre de Nairobi sans exercer un contrôle musclé de la situation.

Retour à la normale

A Nairobi, la timide reprise de l'activité entrevue lundi se confirmait mardi, après une semaine où la capitale avait offert le spectacle d'une ville morte. Même dans ses bidonvilles - Kibera, Mathare et Kawangware - et dans la ville de Kisumu (ouest), foyers des principales violences, les gens avaient recommencé à s'atteler à leurs tâches quotidiennes.

La colère des partisans de l'opposition avait éclaté dès l'annonce de la victoire de M. Kenyatta, avec 54,27% des voix, contre 44,74% à M. Odinga, au terme d'un scrutin pourtant annoncé serré par les instituts de sondage.

(ats)

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