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SénégalL'opposition appelle à «résister» à Abdoulaye Wade

Les opposants au président sénégalais sortant Abdoulaye Wade, 85 ans, ont appelé samedi à la «résistance» après une nuit d'émeutes.

Des émeutes ont eu lieu dans la nuit de vendredi à samedi.

Des émeutes ont eu lieu dans la nuit de vendredi à samedi.

Le ministère sénégalais de l'Intérieur a confirmé samedi qu'un policier était mort durant les émeutes, qui ont vu des manifestants jeter des pierres, renverser des voitures et brûler des pneus face à des forces de sécurité usant de gaz lacrymogènes. Une enquête a été ouverte pour identifier «les auteurs de ce crime odieux», a indiqué samedi un communiqué du ministère de l'Intérieur.

Dans la nuit de vendredi à samedi, un commissariat de la ville de Kaolack, dans le centre du pays, a été mis à sac, selon un témoin, et la radio publique a par ailleurs rapporté que l'antenne locale du Parti démocratique sénégalais (PDS), la formation de M. Wade, avait été détruite par les flammes. Des manifestations ont également été signalées dans les localités de Thies et de Mbour.

Le calme est cependant revenu samedi à Dakar, où le dispositif de sécurité a été renforcé autour du palais présidentiel. Armés de grenades lacrymogènes, des policiers en tenue anti-émeutes patrouillaient à bord de camions, selon un journaliste de Reuters.

Opposition active

«Nous demandons à la population de rester vigilante et de résister à M. Wade», a déclaré Abdoul Aziz Diop, porte-parole du M23, un front d'opposants au chef de l'Etat, interrogé par Reuters. «Si Wade tente de s'imposer à nous (...) nous résisterons», a-t-il précisé.

Des dirigeants de l'opposition et des représentants de la société civile avaient prévu de se rencontrer samedi pour se concerter sur la marche à suivre. Le M23 a estimé que la décision de valider la candidature de M. Wade pour le premier tour de la présidentielle du 26 février est un putsch constitutionnel, et le prélude à ce qui sera un «putsch électoral».

Un défenseur des droits humains et adversaire déclaré de M. Wade, Alioune Tine, a fait savoir qu'il avait été arrêté samedi par des hommes de la brigade criminelle, information confirmée en fin de journée par sa formation, le Mouvement du 23 juin, qui a également fait état d'autres arrestations, sans préciser leur nombre.

L'un des responsables du groupement, Amath Dansokho a indiqué de son côté avoir appris «qu'il y a à travers le Sénégal des dizaines de citoyens arrêtés».

Premier mandat caduc

Les adversaires du chef de l'Etat ne lui reconnaissent pas le droit de se représenter et renvoient à la Constitution, qui interdit d'effectuer plus de deux mandats présidentiels consécutifs.

Pour se défendre, M. Wade, arrivé au pouvoir en 2000 puis réélu en 2007, répond que son premier mandat ne compte pas, car il a été entamé avant l'introduction d'un amendement constitutionnel, en 2001.

Le président est intervenu tard vendredi soir à la télévision publique sénégalaise pour lancer un appel au calme, en promettant un scrutin libre et juste. «Arrêtez ces manifestations d'humeur qui ne conduisent à rien», a-t-il déclamé. «La campagne électorale sera ouverte, il n'y aura pas de restrictions à la liberté.»

Youssou N'Dour recalé

Le Conseil constitutionnel a parallèlement écarté la candidature du musicien internationalement connu Youssou N'Dour au motif que la vedette n'avait pas recueilli les 10'000 signatures nécessaires pour se présenter. L'institution a indiqué que 4000 des 12'000 soutiens revendiqués par le musicien n'avaient pu être vérifiés.

En réaction, Youssou N'Dour a appelé ses partisans à s'opposer à la tenue du scrutin. «Nous n'autoriserons jamais M. Wade à participer à cette élection», a-t-il affirmé sur sa chaîne de télévision TFM.

«La décision de me tenir à l'écart n'a rien à voir avec le droit. C'est une décision politique, à laquelle nous répondrons par une décision politique», a-t-il ajouté, sans donner plus de détails.

La volonté du chef de l'Etat de se maintenir au pouvoir suscite aussi des réserves à l'étranger. La France attend du Conseil constitutionnel du Sénégal qu'il «statue de manière claire et impartiale sur les réclamations» émises par les candidats exclus de la présidentielle, a déclaré le ministère français des affaires étrangères.

(ats)

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