Syrie: L'opposition plus divisée que jamais avant Astana
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SyrieL'opposition plus divisée que jamais avant Astana

Lundi, des négociations où régime syrien et opposants se feront face s'ouvrent au Kazakhstan. Les Etats-Unis seront discrets.

Soutenu par Moscou et Téhéran, Bachar al-Assad se retrouve en position de force auréolé de sa victoire à Alep.

Soutenu par Moscou et Téhéran, Bachar al-Assad se retrouve en position de force auréolé de sa victoire à Alep.

Keystone

L'opposition au président syrien Bachar el-Assad apparaît plus divisée que jamais alors que s'ouvre lundi à Astana des négociations où régime et oppossants se feront face. Les Etats-Unis seront discrets au Kazakhstan.

Soutenu politiquement et militairement par Moscou et Téhéran, Bachar el-Assad se retrouve en position de force, auréolé de sa victoire à Alep sur l'opposition modérée et les djihadistes. La délégation syrienne sera conduite par l'ambassadeur à l'ONU Bachar Jaafari.

Les discussions doivent durer plusieurs jours à l'hôtel Rixos d'Astana. L'objectif pour le régime de Damas est de faire avancer une solution politique «globale». Le président syrien a appelé jeudi les rebelles à livrer leurs armes en échange d'une amnistie.

L'émissaire des Nations unies pour la Syrie Staffan de Mistura, qui sera présent à Astana, espère lui aussi que ces pourparlers servent de base pour une solution politique à même d'être approfondie lors des négociations sous les auspices de l'ONU le 8 février à Genève.

Allouche à la baguette

Les rebelles qui seront à Astana ne représenteront qu'une partie de l'opposition, celle qui combat le régime au sein d'une alliance composite, l'Armée syrienne libre (ASL). La plupart de ses membres combattent dans le nord, souvent avec le soutien de la Turquie. Quant aux groupes jugés proches des Etats-Unis ou de l'Arabie saoudite, ils n'ont pas été invités.

La délégation rebelle sera conduite par Mohammad Allouche, chef de la branche politique du groupe Jaich al-Islam, appartenant à l'aile modérée de la mouvance islamiste sunnite et dont le bastion se situe près de Damas. Mohammad Allouche, qui ne vit pas en Syrie, ne doit pas sa désignation à son poids au sein de la rébellion mais à son appartenance au Haut comité pour les négociations (HCN), organe d'opposition formé fin 2015 à Ryad et soutenu par l'Arabie saoudite.

Ambiguïté cultivée

Si le HCN dit son espoir de voir cette conférence contribuer aux discussions de paix, l'opposition redoute que le processus enclenché par Moscou et Ankara serve à contourner les initiatives soutenues par l'ONU et à creuser encore les divisions entre les rebelles.

«Aller à Astana, c'est encore plus dangereux que se rendre à Genève», a commenté Mohamed Aboud, membre du HCN. «La polarisation pourrait s'accentuer» au sein de l'opposition. «C'est peut être l'un des véritables objectifs des Russes», affirme-t-il.

«A Genève, un front politique de l'opposition s'est dessiné et a obtenu une reconnaissance internationale, tandis qu'on cultive l'ambiguïté à Astana, d'autant que la conférence est soutenue par la Russie qui est une force d'occupation et pas une médiatrice».

Samedi, le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a estimé à la télévision russe «improbable» de parvenir à des accords à Astana car «beaucoup trop de parties sont impliquées dans le processus».

Risque de marginalisation

Les initiatives russes ont déjà creusé le fossé entre les ailes modérées et islamistes, alimentant les tensions entre les factions comme à Idlib, à l'ouest d'Alep, où elles se sont affrontées.

«Si Astana est simplement un instrument servant à l'instauration d'un cessez-le-feu, à l'accès humanitaire, il s'agit alors d'une bonne chose. Mais s'ils discutent des aspects politiques, cela contribuera à la marginalisation des autres forces politiques», souligne de son côté un commandant de l'Armée syrienne libre.

La Russie présente cette conférence comme un moyen de faire progresser la paix en discutant directement avec les rebelles. Pour Moscou, l'objectif est de consolider la trêve en place depuis fin décembre.

Présence américaine discrète

La Turquie, qui soutient certains groupes d'opposition, est également à l'origine du processus d'Astana et des sources diplomatiques affirment qu'Ankara a exercé des pressions sur des groupes rebelles pour qu'ils se rendent dans la capitale kazakhe.

Les perspectives pour les rebelles modérés sont encore plus incertaines du fait de l'arrivée au pouvoir à Washington de Donald Trump, qui a laissé entendre qu'il pourrait revoir à la baisse le soutien américain. Les Etats-Unis n'enverront aucune délégation à Astana. Seul leur ambassadeur en poste au Kazakhstan sera présent comme observateur. Aucune invitation n'a été adressée par ailleurs à l'Arabie saoudite et au Qatar.

(ats)

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